SYRIE

Dans Madaya frappée par la famine, "les enfants se sont jetés sur les biscuits"

Capture d'écran d'une vidéo montrant la distribution de l'aide humanitaire à Madaya, postée sur la page Facebook du bureau humanitaire de la ville.
Capture d'écran d'une vidéo montrant la distribution de l'aide humanitaire à Madaya, postée sur la page Facebook du bureau humanitaire de la ville.

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Pour la première fois depuis trois mois, le régime syrien a enfin autorisé des convois humanitaires à entrer lundi dans la ville de Madaya, en Syrie. Confrontés à des cas de famine et de malnutrition de plus en plus nombreux, les habitants ne cessaient d’appeler à l’aide ces dernières semaines. Témoignage.

La localité de Madaya, 40 000 habitants, est située entre Damas et la frontière libanaise. En dépit d'une trêve conclue avec les combattants de l’opposition il y a plus de trois mois, la ville est toujours assiégée par les forces loyales à Bachar El Assad et par le Hezbollah libanais. Et depuis début octobre, les ONG humanitaires n’avaient pu y acheminer aucune denrée alimentaire.

Plusieurs témoignages concordants ont fait état d’une situation effroyable dans cette ville, où les habitants en sont réduits à manger des feuilles et à boire de l’eau salée pour survivre. D’après l'ONG Médecins sans frontières (MSF), 28 personne sont mortes de faim dans la ville depuis le 1er décembre. L'ONU ne disposait toutefois pas mardi d'un bilan officiel, indiquant qu'il fallait encore du temps pour confirmer les décès.

L’autorisation de faire parvenir l’aide humanitaire à Madaya fait partie d’un accord plus large, prévoyant également une aide similaire pour les villes de Foua et Kefraya (entre 20 000 et 30 000 habitants) où la situation est aussi préoccupante - les habitants ne disposent ni d'eau potable ni d'électricité. Ces deux localités sont assiégées par le groupe d’opposition l’Armée de la conquête.

Posted by ‎الهيئة الطبية في مضايا‎ on Tuesday, January 12, 2016

La personne qui filme explique que des membres du Croissant-Rouge syrien ont visité lundi le centre de santé de Madaya pour évaluer les besoins.Vidéo diffusée par la page Facebook du centre de santé de Madaya.

"Avec cette aide, les habitants tiendront une vingtaine de jours au mieux".

Housam Alyatime est membre du Conseil révolutionnaire local de Madaya.

Pour l’instant, on a surtout distribué des boîtes de biscuits, de lait et de sucre pour les enfants et les bébés. Ils sont prioritaires. Les enfants se sont jetés sur les biscuits comme des fous. Une quarantaine d’entre eux ont été admis au centre de santé car ils on mangé beaucoup de biscuits d’un coup alors qu’ils sont pratiquement en situation de malnutrition. Cela leur a causé des troubles de la coagulation du sang.

Ces dernières semaines les enfants étaient essentiellement nourris d’eau salée bouillie avec des épices. C’était pour compenser le lait pour les tout-petits. Certaines familles ont nourri leurs enfants avec ce qu’elles trouvaient, par exemple de la confiture, ou de l’herbe et des feuilles. La ville est assiégée et entourée de barbelés et de mines. Les habitants prennent de grands risques pour aller chercher de l’herbe sur la ligne de démarcation. Plusieurs personnes ont été blessées dans des explosions.

Nous sommes nombreux à distribuer de l’aide alimentaire. L’agence humanitaire de Madaya a acheminé l’aide dans différentes zones de la ville. Dans chacune d'elles, des volontaires distribuent les paniers aux chefs de famille. Un panier de nourriture est à partager entre deux personnes. [Chaque panier contient notamment 1 kg de pois chiche, 5 kg de sucre, 2 kg de haricots, 6 boîtes de fèves en conserve, 4 kg de semoule, ainsi que des boîtes de concentré de tomates, du sel, de l'huile...]

Un activiste de Madaya a filmé mardi cette vidéo montrant des volontaires dans un bureau de distribution de l’aide alimentaire.

Avec cette aide, les habitants tiendront une vingtaine de jours au mieux selon nos estimations. L’Organisation mondiale de la Santé a d’ailleurs demandé au régime syrien d’accéder à nouveau à la ville ce jeudi, et a obtenu son accord. [L’Organisation souhaite faire entrer des cliniques mobiles pour venir en aide aux plus vulnérables].

Des volontaires acheminent des denrées alimentaires à bord d'un tracteur à des habitants de Madaya.

 

Depuis que les convois humanitaires sont arrivés, aucune famille de Madaya n’a pu quitter la ville. Les médias ont évoqué des négociations pour l’évacuation de 400 personnes malades, mais ici on n’en a pas entendu parler.