Iran

Danses en couple dans les rues de Rasht en Iran : "Un carnaval du pêché"

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Des hommes et des femmes dansant en tenue traditionnelle dans la rue lors d’un carnaval : la scène peut paraître banale, mais en Iran, elle a fait polémique. Plusieurs groupes religieux et conservateurs ont durement critiqué le carnaval de Rasht, organisé le 3 janvier dernier par la mairie de cette ville, capitale de la province du Gilan, dans le nord-ouest de l’Iran.

Habituellement, en Iran, les fêtes sont organisées par les habitants eux-mêmes, et sont tolérées par les autorités à l’exemple de la fête du feu.

Cette année, la mairie de Rasht a pris l’initiative d’organiser un grand carnaval, le 3 Janvier. Il réunissait plusieurs disciplines artistiques, une première depuis la Révolution iranienne.

Mêlant théâtre, "Parkour" et danses folkloriques, cette fête n’a pas plu aux conservateurs et à certains groupes religieux qui ont dénoncé un "carnaval du pêché" dans une lettre ouverte.

"Ce qui a le plus choqué, c’est que des hommes et des femmes aient dansé ensemble"

Farhad est notre Observateur à Rasht.

C’est la première fois qu’un tel événement était organisé de façon officielle dans notre ville. J’ai été très étonné de savoir que la mairie n’a pas seulement autorisé la tenue de ce festival, mais qu’elle en a été l’initiatrice !

Ce carnaval, à l’occasion du "Rasht Day", a été organisé en partenariat avec plusieurs associations artistiques et sportives de la ville. Il s’est déroulé sur toute une journée, jusqu’à la tombée de la nuit.

La programmation du festival était très diversifiée : il y avait des spectacles de Parkour [art du déplacement], de Tazieh [théâtre populaire iranien] mais aussi de la musique et du théâtre folklorique. Il y avait même un spectacle sur le tri des déchets.

Il y avait aussi des représentations de danses folkloriques. Ces danses font partie de la culture du nord de l’Iran, mais certains groupes religieux et conservateurs se sont plaints. En effet, des femmes ont dansé dans la rue… Or c’est interdit en Iran. Mais ce qui a le plus choqué, c’est que des femmes et des hommes aient dansé ensemble.

"Pour les fondamentalistes, il n’est pas normal de faire la fête en cette période de deuil du chef religieux Nimr al-Nimr"

Malgré le mauvais temps, les rues étaient pleines à Rasht. Le carnaval a été très bien accueilli et les gens ont beaucoup aimé les spectacles notamment ceux de danse folklorique… De nombreuses critiques venaient des conservateurs de l’opposition qui cherchent à affaiblir le maire, un centriste.

Pourtant, ce genre de représentations a lieu tous les jours dans les salles de spectacle de Rasht. Mais cette fois-ci, les danseurs se sont produits dans la rue et de nombreuses photos et vidéos de l’événement ont circulé sur les réseaux sociaux. Du coup, cela a suscité plus d’attention et donc plus de critiques.

Heureusement, les groupes religieux ne s’en sont pas pris directement aux artistes et aux danseuses. Lors de la prière de vendredi, l’imam de la ville n’en a pas parlé.

En revanche, ils ont publié une lettre ouverte sur leur site dans laquelle ils attaquent durement le maire de la ville. Pour les fondamentalistes, il n’est pas normal de faire une fête en cette période de deuil du chef religieux Nimr al-Nimr. Or, c’est absurde : ici les gens ne se soucient pas vraiment de sa mort. Je pense que ces critiques pourront conduire à moins de souplesse de la part du maire pour l’édition de l’année prochaine.

En Iran, de nombreux loisirs sont officiellement proscrits par les autorités islamiques. C’est le cas de la pratique du tatouage ou encore de certaines danses comme le ballet ou le hip-hop. De même, les femmes n’ont pas le droit de chanter en public, du moins en soliste devant un parterre composé d’hommes. Des interdictions souvent contournées par les Iraniens et difficiles à contrôler pour les autorités.

Suite à ce carnaval, l'adjoint au maire délégué à la culture de la ville de Rasht a été arrêté mardi 12 janvier, selon la presse locale.