Allemagne

À Cologne, des agressions sexuelles ravivent le discours anti-migrants

Mardi, une manifestation pour dénoncer les attaques du Nouvel An et les amalgames a été organisée.
Mardi, une manifestation pour dénoncer les attaques du Nouvel An et les amalgames a été organisée.

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Selon notre Observateur à Cologne, le sentiment anti-migrants s’est accentué après que des agressions sexuelles le soir du Nouvel An menées par des groupes d’hommes "d’origine arabe ou nord-africaine" ont été signalées à la police.

Pour l’heure, aucune arrestation n’a eu lieu dans la ville. La maire a d’ailleurs souligné qu’aucune preuve ne permettait de dire si les agresseurs étaient des migrants. Pourtant, l’hypothèse a très vite été mise en avant par certains médias ainsi que par des personnalités politiques, qui utilisent cet incident pour dénoncer la politique d’accueil des refugiés menée par le gouvernement allemand alors que 10 000 réfugiés ont été accueillis à Cologne l’an dernier.

Selon le récit de la police, près d’un millier d’hommes se sont rassemblés en face de la gare de Cologne dans la nuit de la Saint-Sylvestre et ont tiré des feux d’artifice, certains dirigés contre la foule. Plusieurs groupes d’hommes auraient ensuite harcelé, sexuellement agressé et volé des femmes. Près de 106 plaintes ont été déposées depuis la semaine dernière à Cologne. Environ trois-quarts concernent des agressions à caractère sexuel et deux concernent des viols.

Les forces de l’ordre sont sous le feu des critiques pour ne pas avoir su empêcher la série d’agressions dans le centre-ville. La police avait d’abord indiqué une nuit "globalement calme "avant de reconnaître une erreur de jugement quand, dans les jours qui ont suivi, de nombreuses plaintes ont été déposées. Mercredi, elle a annoncé avoir identifié trois suspects, sans donner plus de détails.

La presse commence à publier de nombreux témoignages de victimes entraînant une vague d’hostilité envers les réfugiés. Le parti populiste de droite Alternative pour l'Allemagne a de son côté dénoncé la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel. Et la récupération ne s’est pas arrêtée aux frontières de l’Allemagne. En France, le Front national s’est empressé d’emboîter le pas à l’extrême droite allemande et un journal britannique a titré mercredi "Le choc après des crimes sexuels perpétrés par des migrants ".

Sur la défensive, Angela Merkel a dû affronter, en Bavière, les critiques de la branche locale de sa famille politique, la CSU.

Spontandemonstration durch den Kölner Hauptbahnhof. Gegen Gewalt an Frauen! #wirhabendieschnauzevoll#köln

Posted by Rote Antifa [Essen] on Tuesday, January 5, 2016
Des jeunes femmes manifestent contre les attaques - et contre le racisme - près de la gare de Cologne mardi soir.

"Le problème des agressions sur les femmes est récurrent et il existe lors de toutes grandes célébrations dans les rues de Cologne"

Salen Hema est une étudiante allemande, membre d’une association d’aide aux jeunes à Cologne. Mardi soir, elle a pris part à une manifestation pour dénoncer les violences faites aux femmes. Au total, plus d’une centaine de personnes y ont participé.

Nous avons organisé cette manifestation avec plusieurs associations de défense des droits des femmes puis nous l’avons annoncé sur Internet. Nous avions pour slogan "Le silence cache la violence". Les violences faites aux femmes sont un problème quotidien dans notre pays, mais on en parle très peu.

Notre but était également de porter un message anti-raciste parce que ces incidents concernent toute notre société et pas seulement les réfugiés. Ces derniers jours, le discours se concentre sur la question des migrants et plusieurs voix s’élèvent pour demander de renvoyer les agresseurs dans leur pays d’origine. Nous ne voulons pas que les racistes faussent le débat : lors de notre rassemblement mardi, il y avait aussi des réfugiés, hommes et femmes, mobilisés pour dénoncer les violences sexuelles.

Renvoyer les migrants chez eux ne sera pas une solution. Le soir du Nouvel An, j’étais dans une autre partie de la ville et plusieurs hommes éméchés, des allemands blancs, ont tenté de s’en prendre à moi. Plusieurs femmes présentes à la manifestation ou en face de la gare le 31 décembre au soir racontent également qu’elles ont vu des hommes blancs tripoter des filles.

Le problème des agressions sur les femmes est récurrent et il existe lors de toutes grandes célébrations dans les rues de Cologne. C’est souvent le cas lors du carnaval [en février], mais on en parle très peu dans les médias.

Mardi soir, la manifestation a rassemblé une centaine de personnes.

“Les statistiques de la police ne montrent pas d’augmentation de la criminalité depuis leur arrivée ”

Thomas Zitmann est le directeur du Conseil des réfugiés à Cologne, une association qui aide les réfugiés dans leurs démarches administratives et dans l’apprentissage de l’allemand.

La police n’a jamais dit qu’elle suspectait des demandeurs d’asile. Mais la rumeur d’une "bande de migrants" a été très relayée par la droite et par une partie des médias. Ce n’est pas très surprenant. On avait aussi déjà entendu : "ils veulent nous voler nos femmes allemandes, ce sont des criminels qui détruisent notre pays, etc." Pourtant, les statistiques de la police ne montrent pas d’augmentation de la criminalité depuis leur arrivée.

Personnellement, je n’exclus pas la possibilité que des migrants aient fait partie des agresseurs la nuit du Nouvel An. Dans les camps surpeuplés et mal surveillés de Cologne, des violences ont été signalées. Mais même si certains réfugiés sont responsables des attaques, ces individus ne reflètent en aucun cas une généralité.

Jeudi, c’est la maire de Cologne qui a lancé une nouvelle polémique en conseillant aux femmes d’adapter leur comportement pour que ces incidents ne se reproduisent plus.