MONDE

Retour sur les intox les plus marquantes de l’année 2015

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L’attaque de "Charlie Hebdo" est un complot judéo-maçonnique, les migrants sont des extrémistes religieux et ils saccagent et brûlent tout sur leur passage, la terroriste de Paris aimait les bains moussants, l’Arabie saoudite ramasse des cadavres au bulldozer… De nombreuses tentatives de désinformation ont circulé sur les réseaux sociaux cette année, et certaines ont même été reprises par des médias. Avec l'aide de nos Observateurs, notre équipe de journalistes en a repéré certaines, et les a décryptées.

Les théories du complot autour des attaques de "Charlie Hebdo"

Au lendemain des attaques de "Charlie Hebdo" et de l’Hyper-Cacher survenues, entre les 7 et 9 janvier à Paris, les théories du complot s’étaient multipliées sur les réseaux sociaux. Le but : démontrer que la vérité nous est cachée.

Quelques heures après que les premières images amateurs de l’attaque de "Charlie Hebdo" ont été diffusées, les adeptes des théories du complot les reprenaient à leur compte pour poster leurs "analyses".

Parmi les différents indices censés prouver un complot, un détail a fait couler beaucoup d’encre : la couleur des rétroviseurs de la voiture des assaillants, les frères Kouachi. Alors qu’ils prennent la fuite, plusieurs amateurs vont réussir à filmer leur véhicule, une Citroën C3 noire modèle "Sélection".

Sur la photo du haut, elle est à l’arrêt au moment où les terroristes vont abattre un policier. Les rétroviseurs apparaissent de couleur clair. Tandis que sur celle du bas, elle est photographiée dans le XIXe après avoir été abandonnée par les deux frères, mais les rétroviseurs apparaissent noirs. Partant de ces deux images, plusieurs internautes ont affirmé qu’il s’agissait de deux voitures et non d’une seule comme l’indiquaient les médias. La réalité est qu’il s’agit de rétroviseurs chromés qui changent donc de ton en fonction de la lumière réfléchie. Pour preuve, ces deux photos de la voiture au même endroit, mais photographiée sous deux angles différents.

Les intox autour des migrants

Au terme d’un périple harassant et dangereux, des dizaines de milliers de migrants fuyant notamment la Syrie et l’Irak en guerre sont arrivés cette année en Europe. Les sympathisants de groupuscules d’extrême droite étaient nombreux à s’emparer de ce phénomène pour relayer de fausses informations. Le but : convaincre l’opinion qu’il ne faut pas accueillir ces nouveaux arrivants.

Filmée à la frontière entre la Macédoine et la Grèce, cette vidéo avait été relayée par le site francophone "RiposteLaique" au mois d’août dernier. Ce site proche de l’extrême droite française avait présenté ces images comme une preuve que les migrants avaient refusé de recevoir de la nourriture non-halal. Si la vidéo est authentique, l’information qui l’accompagne s’est avérée totalement fausse.

Interrogée par le journal "Libération", le porte-parole de la Croix-Rouge, John Engendal Nilssen avait en effet expliqué que le refus des réfugiés n’avait rien à voir avec le fait que la nourriture soit halal ou non. Bloqués par les forces de l’ordre et après avoir passé la nuit sous la pluie, les migrants avaient en fait refusé que la police leur distribue de la nourriture, en signe de protestation.

Cette autre tentative d’intox vient de la page Facebook de Pegida UK, branche autoproclamée du parti "Pegida" allemand ouvertement anti-immigration. Ce photomontage montre des hommes très musclés arrivant par bateau avec une légende : "J’ai entendu qu’on pouvait avoir des stéroïdes gratuits en Angleterre / s’il vous plaît, logez et nourrissez ces pauvres réfugiés sans défense".

Photo publiée sur le Facebook de Pegida UK.

Sauf que l’image a été prise en 2013 en Australie, sur l’île Christmas, comme en attestent les uniformes bleus de la police des frontières où on peut lire "Australian Customs and Border Protection".

Sur cette autre photo ci-dessous, le flux de migrants est présenté comme une invasion irréversible en Italie, où "6 000 clandestins seraient arrivés en 48 heures". La photo a en fait été prise en 1991 lors de l’arrivée du bateau "La Vlora" avec 20 000 migrants albanais au port de Bari en Italie.

 

La photo a été relayée par de nombreux internautes pour illustrer l'arrivée de migrants en Europe en 2015, et a même été reprise par une députée belge.

Rumeurs et fausses images au Burundi

Cela se passe le 13 mai 2015 au Burundi. Le général Godefroid Niyombare orchestre une tentative de coup d'État contre le président Pierre Nkurunziza, qui veut briguer un troisième mandat, candidature jugée inconstitutionnelle par une partie de la population.

Mais la tentative de coup se solde par un échec. Et alors que les manifestations font rage dans les rues de la capitale Bujumbura, les soldats loyalistes attaquent les radios privées et les empêchent d’émettre. L’absence d’information et d’images laisse le champ libre aux rumeurs. De nombreux internautes vont par exemple relayer cette soi-disant photo du général putchiste Ndayirukiye, pour affirmer qu’il avait été tabassé en détention.

À droite, le général Ndayirukiye, un des putschites au Burundi. À gauche, une présumée photo du général au visage tuméfié.

Contacté par la rédaction, son avocat avait alors démenti : "Il s’agit de quelqu’un qui lui ressemble, mais ce n’est pas lui. Les gens croient bien faire en montrant qu’il a été maltraité, mais il n’y a aucun intérêt pour mon client à diffuser ce genre d’images qui ne correspondent pas à la réalité."

Intox sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran

La bousculade meurtrière survenue près de La Mecque, le 25 septembre 2015, avait provoqué une véritable guerre médiatique entre l’Arabie saoudite et l’Iran, dont plus de 400 ressortissants ont péri dans l’incident. Alors que les journaux iraniens ne cessaient d’accuser les autorités saoudiennes d’incompétence, des médias du royaume avaient trouvé le moyen de faire de même.

Ils avaient relayé ces images de la chute d’une grue à Téhéran, affirmant qu’il s’agissait d’un incident récent. Un des journaux saoudiens qui a posté ces images a indiqué que l’accident avait fait plusieurs morts et des blessés. Il a en outre accusé les autorités iraniennes d’avoir imposé un black-out médiatique sur les faits.

En réalité, ces images datent de juin 2013 et juin 2014. C’est un compte Twitter saoudien spécialisé dans la vérification de l'information qui a été le premier à signaler cette intox.

Les victimes de la bousculade du hajj ramassées à la pelleteuse ?

Cette photo avait émergé sur les réseaux sociaux, notamment en Iran, quelques semaines après la bousculade. Sur Twitter et Facebook, elle est présentée comme une photo montrant des "bulldozers ramassant les corps des victimes"...

Les internautes qui relayaient l’image s’indignaient d’un tel traitement, incriminant pour certains le pouvoir saoudien "satanique".

Il s’est en fait avéré que cette photo faisait partie d’une série publiée par un internaute après une autre bousculade, en 2004.

En outre, rien ne permet d'affirmer que les pelleteuses étaient en train de ramasser des cadavres sur cette image qui est de mauvaise qualité.

Les attaques du 13 novembre et les faux terroristes

Au lendemain des attentats tragiques du 13 novembre, de nombreux médias s’étaient lancés dans la chasse au scoop pour dénicher des infos, notamment sur les suspects.

C’est dans ce contexte qu’un média belge publie la photo d’un habitant de Molenbeek, en le présentant à tort comme l’un des kamikazes des attentats de Paris, Brahim Abdeslam.

Sous le choc, Brahim Ouanda, la victime, avait rapidement publié une vidéo sur Facebook pour révéler la bourde. Et annoncé son intension de porter plainte.

PARTAGER: Voilà encore une fois ..on tape au hasard dans la jeunesse..l’identité d'un jeune du quartier usurpé par les médias .Un SCANDALE... mais nous saluons l accueil des policiers qui ont essayer de faire le nécessaire malgré un accueil virulent. On lâchera pas. bienvenue dans le monde de la stigmatisation au 1080

Posted by Tchen Brahim on Monday, November 16, 2015

Autre victime de la frénésie médiatique, une citoyenne marocaine originaire de Beni Mellal qui découvre avec stupeur, le 19 novembre, sa photo dans un bain moussant sur le site du Daily Mail.

Elle est présentée par ce journal comme l’une des complices des attaques de Paris, Hasna Aït Boulahcen, qui vient d’être tuée dans un assaut de la police à Saint-Denis . Comme la photo est très partagée sur les réseaux sociaux, la victime s’insurge contre cette méprise. Dans une vidéo YouTube, elle explique que cette photo dans le bain avait été vendue par une ancienne amie à un journaliste…

- Pour apprendre à repérer les Intox qui circulent sur les réseaux, vous pouvez lire notre guide de vérification des images.

- Regardez aussi notre émission sur les pires photomontages de l’année.