Dans la nuit, deux camps militaires de la capitale burundaise ont été attaqués, entraînant vendredi 11 décembre au matin le déploiement massif de forces de l’ordre dans tous les quartiers de Bujumbura. Apeurés, nos Observateurs sur place nous disent être terrés chez eux. Et pourtant, selon la communication officielle sur les réseaux sociaux, la vie suivrait normalement son cours dans la capitale…

Selon plusieurs sources, aux environs de 4 h du matin, le camp de Ngaraga, situé au nord de la ville, et le camp de l’Iscam (Institut supérieur des Cadres militaires), au sud, ont été pris d’assaut par des hommes lourdement armés. Les affrontements ont duré pendant trois heures. Dans la matinée, le porte-parole du ministère de la Défense a déclaré que 12 assaillants avaient été tués et 21 capturés, alors que cinq militaires ont été blessés. Selon lui, "l’ennemi aurait [eu] l’intention de récupérer des armes afin de libérer des prisonniers dans différentes prisons".

Deux heures après la fin des combats, l’un des responsables de la communication de la présidence burundaise, Willy Niamitwe, assurait sur Twitter que tout était en ordre à Bujumbura : "La situation est en train de revenir à la normale, alors que des armes ont été saisies, beaucoup de Sindujuma [nom désignant des opposants au gouvernement qui signifie "je en suis pas esclave "en kirundi, NDLR] tués ou arrêtés" peut-on lire dans l’un de ses posts.



À l’appui de sa déclaration, il postait deux photos montrant des scènes de la vie quotidienne dans les rues, des personnes circulant à pied ou vélo. Willy Nyamitwe retweetait un peu plus tard une vidéo, postée par le compte Steve de Cliff - lequel affiche sa sympathie pour le président burundais Pierre Nkurunziza. La vidéo montre des gens circulant dans les rues de la capitale. Willy Nyamitwe s’abstenait toutefois de retweeter une autre vidéo postée par Steve de Cliff sur laquelle des bruits de tirs se font entendre.


Pourtant, nos Observateurs et plusieurs sources à Bujumbura sont catégoriques : les rues de la ville étaient désertes ce matin, seulement investies par les forces de l’ordre, car la tension est extrême vendredi dans la capitale burundaise.

Les rues de Bujumbura désertes. Photo : SOS Media Burundi.

"Évidemment les gens sont plus que jamais terrés chez eux"

Eric Buja (pseudonyme) vit à Bujumbura.

J’habite au centre-ville entre les deux camps qui ont été attaqués cette nuit. Vers 4 h du matin, j’ai entendu des tirs venant du sud mais surtout du nord. Ça a duré jusqu’à 6 h, puis ça s’est clamé, mais vers 7 h, ça a commencé à tirer dans le centre.

Depuis, il y a des policiers partout, jusque sur le pas de ma porte. On entend à des fréquences variables des échanges de tirs, des explosions et des tirs à l’arme lourde. Je ne suis pas en mesure de dire exactement qui affronte les forces de l’ordre car je ne veux et ne peux pas sortir de chez moi. Vu la situation évidemment, les gens sont plus que jamais terrés chez eux. Certaines personnes ont tenté de sortir vers 6 h du matin, pour commencer leur journée. Elles ont été bloquées à des barrages policiers et sont obligées de rester dans leur voiture.

C’est la première fois depuis la tentative de coup d’État que les axes principaux de Bujumbura sont paralysés de la sorte et qu’il y a des échanges de tirs aussi nourris au centre-ville. Même si la situation est tendue au quotidien, je ne pensais franchement pas que ça dégénérerait de nouveau à ce point. Les forces de l’ordre devant chez moi m’ont demandé de couper le courant, car une maison à proximité a pris feu. Je n’ai reçu aucune autre instruction, pas plus que mes voisins, mais tout incite à rester chez soi.

Photo : SOS Media Burundi.

RUMEURS ET FAUSSES INFROMATIONS

Un autre de nos Observateurs qui vit à proximité du camp militaire de Ngaraga a confirmé, à la mi-journée, que dans son quartier "la vie n’avait pas du tout repris son cours, au contraire, beaucoup de gens pensent que cette situation de tension va durer plusieurs jours et restent chez eux".

Il n’a pas été possible de vérifier si les photos et vidéos postées par Willy Ntiamitwe et Steve de Cliff datent effectivement de ce matin. Mais en commentaires sous leurs posts, des utilisateurs de Twitter ont réagi : certains ont publié des photos des rues de la capitale désertes ; d’autres ont rappelé qu’à cette heure de la matinée, les avenues filmées devraient être normalement pleines de monde et embouteillées.

La communication présidentielle cherche en tout cas à minimiser l’état d’alerte dans lequel se trouvait Bujumbura.
Contacté par France 24, Willy Nyamitwe n’a pas donné suite à nos sollicitations. Nous publierons sa réaction si nous la recevons.

Les violences que connait le Burundi depuis plus de six mois donnent également lieu à diverses rumeurs et fausses informations. Ce vendredi matin encore, un compte Facebook utilisant le logo de la RPA, l'une des principales radios burundaises, prétendait qu’un "coup d’État militaire était en préparation" au Burundi.



Article écrit en collaboration avec
Corentin Bainier

Corentin Bainier , Journalist