GRÈCE

La police grecque expulse des migrants et s’assure que les journalistes ne voient rien

La police grecque oblige les migrants à monter dans des bus pour Athènes. Photo prise par Tracy @pixiecottage.
La police grecque oblige les migrants à monter dans des bus pour Athènes. Photo prise par Tracy @pixiecottage.

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Lorsque la police grecque a démantelé un grand camp de migrants à la frontière avec la Macédoine, les journalistes et les ONG se sont dépêchés sur les lieux pour témoigner de l’intervention. Mais ils ont été repoussés à plusieurs kilomètres de là, pour qu’aucune image ne vienne illustrer cette opération. Le symbole, selon notre observatrice, d’une politique européenne qui cherche aujourd’hui à rendre les migrants "invisibles".

Depuis trois semaines, et la décision des autorités macédoniennes de filtrer les migrants en fonction de leur nationalité, des centaines de migrants s’étaient entassés près du village grec d’Idomeni. En effet, comme d’autres pays baltes, la Macédoine n’accepte plus sur son sol que les migrants syriens, irakiens et afghans. Près de 1 200 étrangers, principalement iraniens, pakistanais et marocains, étaient donc bloqués dans ce camp grec. Et la situation se tend chaque jour un peu plus, avec des migrants rejetés qui organisaient régulièrement des manifestations – certains étaient allés jusqu’à se coudre les lèvres en signe de protestation.

Mercredi matin, la police grecque a investi le camp. Elle a sorti les migrants de leurs tentes pour les mettre dans des bus, direction Athènes où ils seront placés dans des camps gérés par l’État.

Une famille marche vers le bus pour Athènes. Photo : Médecins Sans Frontières. 

Les policiers ont demandé aux journalistes qui tentaient de se rapprocher du camp d’effacer leurs images. Ils ont ensuite été parqués à 2 km de là jusqu’à la fin de l’opération. Les employés d’ONG ont subi le même sort, sauf les médecins et des infirmières de Médecins sans Frontières, qui ont pu accéder au camp peu après son démantèlement.

Le tweet d'un journaliste de Vice. 

“Ils essaient de rendre ces gens invisibles, comme des fantômes"

Julia Serdarow est une activiste allemande membre de l’association The Moving Europe bus. Ces militants voyagent dans les régions frontalières pour rendre compte des conditions de vie des migrants et les aider. Ils travaillaient à Idomeni depuis 10 jours.

“Nous ne dormons pas dans le camp. Ce matin nous étions dans le village voisin quand nous avons entendu dire que la police était arrivée. Quand nous sommes arrivés à 500 mètres du camp, nous avons vu de nombreux policiers. Ils formaient une chaîne humaine tout autour. Ils sont rapidement venus nous voir et nous ont demandé de faire demi-tour.

Police encircling the camp. Photo courtesy of @pixiecottage. 

Depuis quelques jours, la rumeur disait que le camp allait être évacué alors nous n’avons pas été étonnés. La semaine dernière, nous avions remarqué un véritable renforcement du dispositif de sécurité. Mardi, la police ne laissait même plus les occupants du camp entrer dans le village pour s’acheter de quoi manger. Une voiture de police était stationnée à l’entrée du village et les forces de l’ordre vérifiaient toutes les cartes d’identité.

“Fermer les frontières ne va faire que renforcer le business des passeurs"

Nous avons également vu la police arrêter un car de migrants venu d’Athènes. Comme le bus semblait se diriger vers le camp, la police est montée à bord et a contrôlé les papiers des voyageurs. Tous ceux qui n’étaient pas syriens, irakiens ou afghans ont été contraints de sortir du bus. C’était la nuit et il faisait froid, mais ils ont quand même été laissés sur le bord de la route. J’ai entendu un policier dire : "Ce ne sont pas des hommes, mais des fantômes".

Une des familles à laquelle nous avons parlé venait pourtant bien de Syrie, mais ses membres n’avaient pas de carte d’identité syrienne. Ils s’étaient installés en Syrie après avoir fui la Palestine. Ces dernières semaines, à cause du froid et du manque de nourriture, de nombreux migrants désespérés étaient déjà retournés à Athènes pour trouver une autre solution. Mais ils vont à nouveau essayer de rejoindre l’Europe du Nord. Fermer la frontière ne va faire que renforcer le business des passeurs.

Un message laissé sur une des tentes du camp. Photo prise par Medico International.

Je n’arrête pas de penser au policier qui comparaît les migrants à des fantômes. Et je pense que c’est pour cette raison que les autorités ont voulu tenir à l’écart les journalistes et les observateurs internationaux quand ils ont démantelé le camp : pour rendre ces gens invisibles.

Dans le camp : des tentes vides et des affaires éparpillées. Photo prise par Médecins sans Frontières.