Quatre jeunes Français sont partis pour un an et demi autour du monde dans un but : sensibiliser à la navigation propre et au changement climatique au cours de leurs escales, ralliées sur leur voilier autosuffisant et à zéro émission. Leur "Eco Sailing Project "est aussi l’occasion de voir comment les habitants des îles de la planète luttent contre le changement climatique.

C’est à la sortie de leurs études, en école d’ingénieur ou de commerce, que Martin, Bérenger, Pierre et François, copains de longue date, se sont lancés dans leur aventure à bord d’Amasia, leur voilier écolo. Le bateau est équipé de deux moteurs électriques. Lorsque le voilier avance avec le vent, le mouvement de l’hélice des moteurs permet de les recharger. Amasia compte également des panneaux solaires et une éolienne, qui permettent d’assurer la consommation quotidienne des matelots et du bateau.


Du Cap Vert à la Réunion, en passant par le canal de Panama, la Polynésie ou la Papouasie Nouvelle Guinée, les membres de l’Eco Sailing ont multiplié les escales, le plus souvent sur des îles, pour y promouvoir leur déplacement écologique mais aussi voir la réalité du changement climatique, alors que la montée des eaux affecte déjà plusieurs archipels. Le tout est documenté sur leur site, notamment avec des vidéos qu’ils montent après chaque escale. Après un an de navigation et à six mois de leur retour, ils font un premier point sur leur projet.


"Il y a de vraies initiatives à travers le monde, mais elles sont contrebalancées par les effets de la mondialisation"

Notre bateau n’utilise aucune énergie polluante. Le moteur n’a que deux jours d’autonomie, sur un long trajet entre deux ports c’est peu, de sorte qu’on peut parfois attendre plusieurs jours en pleine mer que le vent se lève. À chacune de nos escales, nous essayons de sensibiliser les locaux et les plaisanciers que nous croisons à ce type de moteur. Et franchement, nous constatons un vrai intérêt de la part des gens pour ce moteur écologique, inodore et silencieux. On nous écrit pour savoir comment faire, et certains nous assurent s’être lancés dans la construction de leur bateau électrique depuis notre rencontre.

Le voilier Amasia, avec ses panneaux solaires et son éolienne. Photo : Eco Sailing Project.

Récolter du plancton, "indicateur de la santé des océans"

Ensuite, à chacunes de nos étapes, nous passons du temps dans les écoles primaires et les collèges, pour expliquer aux élèves notre projet, parler de la montée des eaux et du changement climatique en général. Les jeunes sont globalement réceptifs à nos explications. Ils savent en général ce qu’est un panneau solaire, une éolienne, et pourquoi c’est utile de s’en servir. En parallèle, nous sommes en contact avec plusieurs écoles primaires en France, pour qui nous réalisons des vidéos pédagogiques sur notre voyage.

Notre démarche écologique, c’est aussi de collecter du plancton. En fait, les scientifiques manquent de données sur le plancton, notamment celui se trouvant en plein océan. Or c’est essentiel : c’est le premier maillon de la chaîne alimentaire, dont se nourrissent les poissons. Nous l’expédions à l’'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) à Brest, où son analyse donne de très bonnes indications sur la santé des océans, et qui sont des indicateurs du changement climatique.

"Un cartographe nous expliquait qu’il rayait des îlots de ses cartes"

Au cours de nos escales, nous avons repéré différentes initiatives qui visent à lutter contre le changement climatique. Certaines sont menées par des individus ou des petites associations locales. Ainsi aux îles Gambier en Polynésie française, plusieurs habitants débrouillards ont élaboré des systèmes de récupération d‘eau de pluie qui leur permettent d’être autonome en énergie. L'un d'eux a convaincu plusieurs de ses voisins d’installer un système similaire. À Moorea, des tortues de mer sont victimes du braconnage ou de pêche illégale et sont blessées. Une association les recueille et les soigne dans une clinique dédiée, afin de protéger la biodiversité.


Nous avons également remarqué une vraie volonté des autorités, sur plusieurs îles, de passer à 100 % d’énergies renouvelables rapidement, en développant l’éolien ou le solaire. C’est à la fois pour ne plus être dépendant des approvisionnements en pétrole transformé mais aussi parce que ça va dans le sens de la lutte contre le changement climatique.

Car il faut bien réaliser que dans beaucoup des îles où nous avons fait escale, la montée des eaux est une réalité. C’était particulièrement visible aux îles San Blas, au large du Panama (voir la vidéo ci-dessous àp partir de 4'36). C’est un ensemble d’îlots au ras de la mer. Un cartographe nous expliquait qu’il rayait régulièrement des îlots de ses cartes… Nous avons nous-mêmes vu l’eau rogner le pourtour des îlots et les cocotiers tomber.


"Le recyclage n’est pas du tout développé"

Globalement, il y a de vraies initiatives à travers le monde, mais elles sont contrebalancées par les effets de la mondialisation et de la consommation à l’Occidentale : aux îles Marquises, il y a vingt ans, on circulait à cheval, aujourd’hui il y a des 4x4 partout. Partout, les enseignes de fast-food sont présentes. Dans plusieurs de nos escales, nous avons remarqué un gros problème de traitement des déchets. Les sacs plastiques sont surutilisés, et le recyclage pas du tout développé : on jette ses ordures en bord de route, aucun tri n’est organisé…Il y a encore du travail pour faire comprendre que consommer du fast-food, agit indirectement sur la montée des eaux et donc sur le quotidien des habitants.

Article écrit en collaboration avec
Corentin Bainier

Corentin Bainier , Journalist