Togo

Un policier lynché dans une flambée de violences à Mango, au Togo

Manifestation à Mango jeudi 26 Novembre 2015
Manifestation à Mango jeudi 26 Novembre 2015

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Un commissaire de police a été lynché, jeudi, par des manifestants à Mango, dans le nord du Togo. Le dernier épisode d’une flambée de violences, déclenchée au début du mois par un projet de réserve naturelle qui conduirait à des expropriations.

Le projet qui crée les remous à Mango, à 500 km au nord de Lomé, prévoit de réhabiliter des aires protégées de la préfecture de l’Oti. La mesure, parrainée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui concerne plusieurs pays comme le Bénin, le Ghana ou le Burkina Faso, a pour objectif de borner les espaces où la faune et la flore sont protégés. Au Togo, trois préfectures sont concernées pour un total de 179 000 hectares : Kpendjal, Kéran et Oti.

"On est dans l’inquiétude, les militaires sont déployés partout"

 

Touré Aziz, cultivateur, a participé aux manifestations jeudi 26 novembre.

La manifestation pacifique avait été organisée pour demander la libération de nos trois frères emprisonnés. Tôt le matin, nous sommes allés exposer le problème à notre régent [chef traditionnel], mais il n’était pas là. Car le maire de la ville est parti. Alors, nous sommes allés au niveau de la route nationale 1 pour installer des barricades. La police nous a lancé des gaz lacrymogènes, nous avons riposté avec des pierres.

Ensuite, j’ai vu qu’il y avait un mort parmi les forces de l’ordre, il était en treillis. C’était le commissaire, il avait tenté de fuir avec sa voiture quand un groupe l’a battu avec des pierres.

Ils nous ont poursuivis jusqu’au fleuve, des personnes ont mis le feu à des véhicules. Ils ont alors fait appel aux bérets rouges. Il y a eu plusieurs blessés, certains sont toujours à l’hôpital. Lors des précédents affrontements, nous avons perdu cinq vies humaines et le gouvernement n’a pas puni les responsables.

Le projet de réserve naturelle aura des conséquences désastreuses sur mon activité de cultivateur. Comment allons-nous pouvoir nourrir nos enfants ? Même avec ces terres, nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts…

En ce moment, les femmes et les enfants quittent la ville. On est dans l’inquiétude, les militaires sont déployés partout.

"Ils ont tiré à balles réelles"

Les miltaires dits "bérets rouges" déployés à Mango

Selon un autre témoignage à Mango, les militaires ont démoli les barricades vendredi 27 novembre au matin. Les habitants se terrent chez eux et plusieurs témoins ont rapporté que les forces de l’ordre pénètrent dans les maisons pour intimider la population et retrouver les auteurs du lynchage du commissaire. Un bilan provisoire des dernières 48 heures fait état d'une trentaine de blessés. Il pourrait s'aggraver, les policiers sont accusés par les manifestants d'avoir tiré à balles réelles.

Des douilles retrouvées à Mango vendredi 27 Novembre

Un projet de réserve qui réveille des peurs anciennes

Dans la préfecture d’Oti, le projet de réserve naturelle a réveillé de vieux démons : dans les années 1980, une politique de protection de la faune avait en effet engendré des expropriations et des abus de la part des autorités. Toute personne suspectée de chasser ou de cultiver dans la zone était alors systématiquement emprisonnée et parfois violentée par les forces de l’ordre.

De peur que cette situation se reproduise, des habitants ont commencé à manifester le 6 novembre, sans autorisation, attaquant même la préfecture. En deux jours, au moins cinq personnes avaient été tuées et une vingtaine d’autres blessées dans les affrontements avec la police.

Informé des heurts dans la région de l’Ori, le président Faure Gnassingbé avait réagi dès le début du mois en suspendant le projet et demandant à ce que des négociations soient menées avec les chefs locaux. Les auteurs présumés des tirs meurtriers parmi les forces de l’ordre avaient également été suspendus à titre provisoire. Une vingtaine de personnes avaient été interpellées, dont 3 sont toujours détenues. C’est notamment pour demander leur libération que les manifestants étaient descendus dans la rue jeudi.