RUSSIE

Galère quotidienne dans une Crimée sans électricité

Des Criméens se font à manger avec un feu. Photo postée par Ilya Varlamov sur Twitter.
Des Criméens se font à manger avec un feu. Photo postée par Ilya Varlamov sur Twitter.

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Depuis une semaine, la péninsule annexée en 2014 par la Russie fait face à une pénurie d’électricité massive. En cause : des explosions qui ont mis à terre quatre pylônes en Ukraine acheminant l’électricité en Crimée. Elles seraient le fait de pro-Ukrainiens souhaitant le retour de la province désormais russe vers son pays d’origine. Mais selon notre Observateur, cette coupure était prévisible et les autorités auraient dû s’y préparer.

La première explosion, dans la nuit du 20 au 21 novembre, a mis à bas deux pylônes, avant que deux autres ne soient également mis hors de service la nuit suivante. Le Kremlin soupçonne des membres du parti nationaliste extrémiste ukrainien Pravy Sektor et des activistes tatars d’être responsables de ce sabotage. Des ingénieurs ukrainiens ont entrepris de réparer les dégâts, mais plusieurs sources estiment que des Tatars les empêchent de travailler, ce que Moscou interprète comme une volonté du gouvernement ukrainien d’handicaper la Crimée, dont plus des deux tiers de la fourniture électrique vient d’Ukraine.

Conséquence, les 1,9 million d’habitants de la péninsule vivent au ralenti : les écoles et les crèches sont fermées, il faut s’éclairer à la bougie, les trolleybus ne circulent plus, les feux de signalisation sont éteints et remplacés par des agents de circulation, le réseau téléphonique est instable, et il faut compter sur la disponibilité des habitants des quartiers les moins touchés pour recharger ses batteries. Une situation complexe documentée en images sur Twitter, notamment par le photographe Ilya Varlamov, qui a également publié d’autres photos sur son blog.

Les générateurs permettent à ceux qui en disposent d'avoir accès à l'électrcité, mais ils sont rares en Crimée.

Plus possible de regarder la télévision chez soi. Photo postée par Ilya Varlamov sur Twitter.

Dans les magasins, l'éclairage se fait à la bougie.

Les bâtiments officiels restent néanmoins éclairés la nuit.

Mais ce n'est pas le cas des immeubles de logement. Photo postée par Ilya Varlamov sur Twitter.

Ni des rues passantes.

Ou plus périphériques.

“Je présente mes excuses à mes compatriotes pour la gêne occasionnée. Je veux rassurer les Criméens, la situation est sous le contrôle total des autorités”, a déclaré Sergueï Axionov, le chef du gouvernement de Crimée. Ce n’est pas l’avis du journaliste russe Ilia Azar, qui était en reportage en Crimée pendant cette semaine.

"Cette situation était prévisible, mais les autorités locales ne s’y sont pas assez préparées"

Comme la Crimée reçoit environ 70 % de son électricité d’Ukraine, la coupure a été nettement ressentie et a concerné beaucoup de monde. La fourniture est très inégale : à Sébastopol, en milieu de semaine, il y avait accès à l’électricité, environ six heures par jour ; à Simféropol, c’était plus variable. Globalement, les administrations et les hôpitaux ont continué à fonctionner.

Ça pose évidemment des problèmes au quotidien : plusieurs boulangeries ont cessé leur activité, les magasins et les appartements sont dans le noir et les gens doivent tout faire à la bougie ou à la lampe à pétrole… Du coup, les fournisseurs de pétrole ont voulu augmenter les prix, mais le gouvernement est intervenu pour empêcher ça.

Globalement, j’ai trouvé que les Criméens prenaient la situation avec philosophie. En fait, beaucoup s’y attendaient : la Russie a annexé la Crimée l’an dernier et vu que l’Ukraine lui fournit toujours la majorité de son électricité, ils se doutaient qu’à un moment, cela allait s’arrêter.

De mon point de vue néanmoins, les autorités locales ne se sont pas assez préparées à cette situation. La région manque clairment de générateurs éléctriques. Cela fait un an et demi que la Russie a repris la Crimée, mais le projet de câble sous-marin reliant le territoire russe à la péninsule et que Moscou s’est engagé a construire n’a toujours pas vu le jour. Du coup les gens se préparent à passer l’hiver dans ces conditions difficiles, car tant que la Russie ne sera pas en mesure de fournir la Crimée, la situation ne devrait pas s’arranger. Après, il faut relativiser, l’hiver en Crimée n’est pas aussi rude qu’en Sibérie.