Brésil

Un tsunami de boue dévaste la côte sud du Brésil

Pollution à grande échelle du littoral de Linhares.
Pollution à grande échelle du littoral de Linhares.

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Le Brésil doit faire face à la plus importante catastrophe écologique de son histoire. Un mélange de boue et de résidus d’exploitation minière se déverse dans l’océan Atlantique après avoir pollué l’un des plus importants fleuves du pays. Notre Observateur, un habitant de la ville côtière de Linhares, ne décolère pas : la faune et la flore sont déjà impactées et la saison touristique est menacée.

Le 5 novembre dernier, deux barrages de la petite ville de Mariana, dans l’État du Minas Gerais, cèdent et déclenchent une avalanche de boue. Derrière cet accident, l’entreprise concessionnaire de la mine de fer Samarco, propriétaire des barrages. Détenue par le groupe minier brésilien Vale et la multinationale BHP Biliton, la compagnie aurait sous-estimé les risques de rupture.

Près de 60 millions de litres de boue constituée de terre et de résidus de fer, d’aluminium et de manganèse se sont déversés dans le Rio Doce. Douze personnes ont alors perdu la vie, plusieurs autres sont toujours portées disparues et un village a été rayé de la carte. Après avoir dévalé deux États, soit près de 600 km, ce torrent toxique a rejoint l’océan Atlantique dans l’après-midi du 22 novembre. Résultat, plus de 500 000 personnes sont actuellement privées d’approvisionnement domestique et agricole en eau entre le lieu de l’accident, Mariana, et le littoral.

"La rivière morte"

La faune et la flore ont également été sévèrement impactées par ce "tsunami de boue". Les poissons morts d’asphyxie se comptent par millions et l’on craint que les sols recouverts de cette terre orangée ne restent infertiles pendant plusieurs années. Les habitants ont même renommé ce fleuve, le "Rio Morto", la rivière morte.

La population a rebaptisé le fleuve "la rivière morte".

De nombreuses espèces de crustacés et tortues n’ont pas survécu à l’arrivée de cette vague polluée dans les eaux maritimes. Une telle catastrophe en pleine période de reproduction fait même craindre aux scientifiques la disparition de plusieurs spécimens. Sur sa page Facebook, un internaute a publié plusieurs images de poissons et d’oiseaux retrouvés morts sur la plage à Linhares, municipalité située à l’embouchure du fleuve. La légende : "La mer commence déjà à mourir. Samarco n’a pas idée du mal qu’elle nous fait".

Les riverains retrouvent des animaux morts et blessés sur les plages.

Les habitants de Linhares s’inquiètent également pour leur avenir. Ici, la population vit de la pêche et du tourisme. Des activités au point mort alors que la saison estivale commence dans l'hémisphère sud.

"Ce qui nous inquiète le plus ce sont les conséquences sur le tourisme, principale source de revenus"

Des analyses prouvent la présence de métaux lourds dans l’eau, ce qui entraîne la mort des poissons. À Regência, dans le district de Linhares, environ 80 familles vivent de la pêche. L’été arrive, c’est habituellement une bonne période pour les pêcheurs, qui voient le prix des poissons augmenter grâce à la fréquentation touristique. À cause des risques de contamination et de l’impact visuel de la coulée de boue, de nombreuses réservations ont été annulées dans les hôtels de la ville. Ce qui nous inquiète le plus ce sont les conséquences sur le tourisme, principale source de revenus sur le littoral. L’entreprise Samarco [qui détient le barrage] ne s’est pas préoccupée des répercussions que pouvait avoir son exploitation minière dans le Minas Gerais sur les populations qui, elles aussi, vivent du fleuve.

Les pêcheurs ont cessé leur activité à Linhares.

"Toutes les informations que nous recevons sont contradictoires"

Heureusement, nous n’avons pas souffert de coupure d’eau, mais nous ne savons pas vraiment comment faire face à la situation. Toutes les informations que nous recevons sont contradictoires. D’un côté, on nous dit que l’eau est impropre à la consommation, de l’autre, que le niveau de contamination n’est pas alarmant. Personne ne nous a expliqué les mesures de sécurité à prendre. Nous ne sommes pas sereins.

Il est interdit de se baigner sur les plages de Linhares depuis le 22 novembre.

Face à la catastrophe, la population tente de se mobiliser. Samedi après-midi, les habitants de Linhares ont manifesté pour faire entendre leur mécontentement. Lundi encore, les pêcheurs de la ville se sont réunis dans le district de Povoaçao. Sur leurs banderoles on pouvait lire : "Ce n’était pas un accident mais un crime".

Manifestation à Povoacao, un district de Linhares, lundi 24 novembre.

Selon la ministre de l’environnement, Izabella Teixeira, il faudra 30 ans au Brésil pour se remettre de cette catastrophe. Samarco s’est engagé à réparer les dégâts à hauteur de 253 millions d’euros. L'entreprise devra aussi s’acquitter d’amendes, 90 millions d’euros au total, à verser à l’agence environnementale brésilienne et à l’État du Minas Gerais. Et la tension reste vive : la semaine dernière, la compagnie a confirmé le risque de rupture de deux autres barrages au même endroit.