Meubles renversés, porte cassée : la manière dont la perquisition a été menée par la police lundi soir dans une mosquée d’Aubervilliers a suscité l’indignation des riverains.

Les policiers ont investi la salle de prière de la Fraternité, boulevard Félix Faure à Aubervilliers, dans la nuit de lundi peu après minuit et a duré près d’une heure et demi.

Sofienne Karroumi, maire adjoint d’Aubervilliers et membre de l’Association AMA (Association des musulmans d’Aubervilliers) qui gère cette mosquée, a été l’une des premières personnes à pénétrer dans la mosquée après la perquisition. Il a posté des images des locaux sur sa page Facebook, accompagnées d’un commentaire indigné.

"Je suis scandalisé par l'état des lieux après la perquisition qui vient d'avoir lieu ce soir. Je ne comprends pas cet acharnement contre un lieu sacré. Les musulmans n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé vendredi soir et sont autant choqués que le reste de la France", écrit-il.

Ses photos, et d’autres qui circulent sur les réseaux sociaux, montrent notamment des étagères et des livres renversés, un faux plafond défoncé à plusieurs endroits, la vitre d’une porte cassée, la tour d’un ordinateur éventrée.


"On avait proposé aux policiers d’utiliser les clefs de la mosquée, ils ont refusé"

Fethi Chouder, qui est également adjoint à la mairie d’Aubervilliers, était présent lors de la perquisition mais est resté à l’extérieur de la mosquée.

Quand j’ai appris ce qui se passait, je me suis rendu sur place, mais la police ne m’a pas laissé accéder à la mosquée car le boulevard Félix Faure était bouclé. La police avait fermé ce boulevard dès 20h30. Le préfet, qui a ordonné cette perquisition, était présent sur les lieux.

J’ai pu rencontrer l'un des responsables de la mosquée et il m’a dit qu’il était allé voir les policiers pour leur donner les clés de la mosquée. Mais ils ont refusé, préférant forcer la porte. Les responsables de la mosquée ont été très coopératifs. Je ne comprends pas cette manière de procéder. Comme le montrent ces photos, la mosquée a subi des dégradations.

Evidemment, personne ne peut s’opposer à ce que la police fasse des perquisitions. C’est son travail et tout citoyen doit coopérer. Mais je déplore ce manque de tact envers la population musulmane. Dans le même temps, en tant qu’élus locaux nous avons lancé des appels au calme à l’attention de la communauté musulmane. Nous ne voulons surtout pas que la situation s’envenime en ces temps difficiles. Par contre, nous envisageons une action en justice.

À l’issue de la perquisition, Chiheb Harar, le président d’AMA a été convoqué à la préfecture de Seine-Saint-Denis où il a été entendu mardi. Nous avons contacté la préfecture pour en savoir en savoir plus, pour l’instant sans succès. La préfecture de Seine-Saint-Denis a néanmoins déclaré à l’AFP que cette perquisition "n'a rien à voir avec l'enquête concernant les attentats" de vendredi 13 novembre.

Un avocat pénaliste a toutefois expliqué à France 24 que les méthodes employées lors de cette perquisition n’ont rien d’illégales.

Martine Moscovici :

Malheureusement, rien n’est dit dans la loi s’agissant des éventuelles dégradations lors d’une perquisition. Si la police détériore des biens, elle n’enfreint pas la loi. Et si la perquisition en temps normal ne peut se faire qu’entre 6 heures du matin et 21 heures, elle peut être effectuée à n’importe quel moment dans le cadre de l’état d’urgence. Par contre, les personnes qui s’estiment lésées suite aux dégradations ont la possibilité de porter plainte devant un tribunal administratif.

Depuis les attaques meurtrières du 13 novembre, près de 300 perquisitions ont été menées partout en France dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

Présenté par certains médias comme salafiste, ce lieu de culte avait fait couler beaucoup d’encre en janvier 2013. L’un des imams qui y officie, Hassan Bounamcha, avait été menacé d’expulsion car il était accusé d’avoir tenu des propos homophobes.

Cette mosquée est également connue pour encourager ses fidèles à voter et à participer à la vie politique.

Et l’association AMA, en charge des lieux, se dit soucieuse de "donner une bonne image de l’islam". Elle a par exemple à organisé un défilé de mode, en avril 2015, pour collecter des fonds pour la construction d’une nouvelle mosquée.