France 24 a pu récupérer plusieurs documents et témoignages qui permettent de dessiner une première ébauche de la vie de Bilal Hadfi, l’un des kamikazes qui s’est fait sauter près du stade de France le 13 novembre.

Bilal Hadfi, 20 ans, était de nationalité française mais résidait en Belgique. Il fait partie des trois kamikazes qui se sont fait exploser près du Stade de France, faisant un mort.

Nous avons pu récupérer sa photo de classe 2009-2010 au collège néerlandophone San Peter de Jette, près de Bruxelles, en 2e année du secondaire. Le directeur-adjoint de l’école a confirmé que Bilal Hadfi a bien étudié dans son établissement pendant un an, avant de partir dans un autre collège. Le garçon parlait donc néerlandais et, selon le directeur-adjoint, avait probablement intégré son collège parce que les établissements néerlandophones "ont la réputation d’avoir un meilleur niveau ".

Nous avons pu également échanger avec l'un de ses camarades de l'époque. D’après son ami, Bilal Hadfi était à l’époque un garçon "très petit" "qui saluait toujours tout le monde". Il aurait , selon lui, perdu son père et vivait avec sa mère et ses frères. Il jouait beaucoup aux jeux vidéos, notamment le jeu de rôle Dofus, et s’était mis sérieusement au taekwendo. "Il avait la ceinture rouge et était proche de passer la noire ", explique notre contact.


Sa page Facebook : hashish, rap et Real Madrid

Le groupe d’enquêteurs citoyens @Bellingcat a retrouvé la page Facebook du terroriste. La page a été retirée du site, mais nous avons pu y accéder en version archivée. (Nous ne publions que des captures d'écran flouttées afin de préserver l'anonymat de ses "amis" Facebook). Notre contact, ami avec Bilal Harfi sur Facebook, confirme qu’il s’agit bien de sa page. Les dernières photos profils y ont été postées en août 2015.



Sa page Facebook ressemble à celle d’un adolescent qui joue au gangster. Parmi ses photos profils, des images de presse récupérées sur Internet qui montrent des stocks d’armes à feu ou des liasses de billets.




En février dernier, c’est un dessin de vieil homme fumant un joint qu’il avait postée – coupant toutefois la partie de l’image où l’on voit une feuille de cannabis.


Version originale :



Sur d’autres clichés, il pose avec son jeune frère, le majeur relevé en doigt d’honneur, ou poste une photo de tag "Nick la police ".



La seule photo où l’on le voit avec une arme est datée d’août 2014. En maillot de bain, au bord d'une piscine de ce qui ressemble à un hôtel, il prend la pose avec un fusil. À quelques mètres de lui, un petit enfant. En commentaires, des amis se moquent de lui, ne semblant pas le prendre au sérieux.


Une autre photo prise au même endroit. Il pose devant son repas et ce qu’il décrit comme un "cocktail ".



Ses "amis" Facebook ont des profils diverses, mais la plupart sont des jeunes de Bruxelles. Pas de barbus aux allures guerrières. Et parmi les filles, beaucoup posent pour des selfies, très apprêtées et maquillées ; l’une d’entres-elles pose même en maillot de bain. Sur sa photo de profil, une de ses "amies" s’affiche même avec le slogan "Proud Lesbian". Parmi les garçons, plusieurs ont des clichés de femmes nues ou en sous-vêtements en guise de photo profil. L’intégrisme religieux paraît très loin. D’ailleurs, de nombreux "amis" Facebook de Bilal ont mis leur photo profil aux couleurs de la France, en symbole de solidarité avec les victimes des attentats de Paris.

En regardant ses centres d’intérêts, on apprend qu’il était fan du Real Madrid, de rap (Tupac, Lacrim), de cinéma (le film sur les banlieues françaises "La Haine", "Fast and Furious", "Taxi") et de dessins animés japonais. Pour les jeux vidéos, encore des classiques : "Call of Duty", "Grand Theft Auto".



Enquête : Gaëlle Faure, Julien Pain, journalistes à France 24, les Observateurs.