Le site du quotidien britannique "Daily Mirror" rapporte, vidéo à l’appui, que l'organisation de l'État islamique (EI) aurait exécuté 200 enfants syriens. Une information qui ne s'appuie sur aucune enquête et qui est très probablement fausse. Explications.

Le site Mirror.co.uk a publié lundi une vidéo floutée, précisant qu'elle était choquante. Le journaliste explique que la scène date d’au moins un an, mais indique à plusieurs reprises dans l’article que les images montreraient une "exécution de masse de 200 enfants syriens". L'article mentionne que la vidéo circule abondamment depuis le week-end dernier sur les réseaux sociaux et qu’elle viendrait d'un activiste anti-EI au Yémen.

Capture d'écran de l'article consultable sur Mirror.co.uk. Le site fait plusieurs fois référence, dans le titre comme dans l'article, à "l'exécution massive d'enfants".

Contacté par France 24, l’auteur de l’article du "Daily Mirror" explique que la mention d'"enfants" exécutés est basée sur les propos d’un seul internaute, qui a relayé ces images le 4 novembre. Le journaliste reconnaît que cet internaute est "sa seule source d’information" et qu’il ne le connaît pas. Il explique avoir essayé de le contacter, sans succès. N’ayant aucun retour ni information supplémentaire pour étayer cette version des faits, sa "rédaction en chef a décidé de publier tout de même l’article".

Le journaliste dit avoir fait "toutes les recherches pour retrouver la vidéo originale", s’étonnant même de nos questions : "Savez-vous à quel point il est difficile de vérifier ce genre de choses ?" Selon lui, les précautions ont été prises pour signifier au lecteur que les informations étaient "incertaines", notamment l'emploi du conditionnel.

La source originelle du "Daily Mirror" a posté la même vidéo sur Facebook le 4 novembre. Dans la légende, en arabe, cette source indique que la vidéo est "l'exécution de 200 enfants par l'EI". Une information reprise sans vérification dans l'article.

L’article erroné du "Mirror" a été repris par plusieurs sites britanniques comme le "Daily Star", le "Daily Mail" (modifié depuis), ou encore en Inde par le "Dainik Bahskar", sans vérification supplémentaire.

Quelle est l'origine à cette vidéo ?

L’équipe des Observateurs de France 24, avec l’aide de Wassim Nasr, spécialiste des réseaux jihadistes de la chaîne, a enquêté sur ces images. Nous avons retrouvé la vidéo originale, non floutée. Elle a été publiée le 29 août 2014, quelques jours après la bataille de Tabqa, dans le nord de la Syrie, perdue par l’armée face aux jihadistes de l’EI. À l’époque, cette vidéo avait été publiée par une chaîne YouTube syrienne, qui expliquait qu’il s’agissait de l’exécution de soldats de l’armée régulière. Nous avions d’ailleurs documenté la capture de ces soldats sur le site des Observateurs, publiant des images des prisonniers paradés en caleçon, comme dans la vidéo du "Daily Mirror".

La vidéo reprise par le "Daily Mirror" a été publiée le 29 août 2014 sur une chaine YouTube recensant les combats en Syrie. Le titre indique qu'il s'agit de l'exécution par l'EI de 250 soldats du régime syrien.

Une autre vidéo amateur, publiée cette fois sur le site de la chaîne d’information al-Arabiya farsi le 28 août 2014, montre la même scène d’exécution sous un autre angle. Sur ces images, il est clair que les victimes ne sont pas des enfants, certaines portent même la barbe. Là encore, il est précisé par la chaîne arabe qu’il s’agit de l’exécution de militaires syriens. C’est d’ailleurs la version donnée par le groupe État islamique, qui n’a en général aucun scrupule à revendiquer ses crimes.

Capture d'écran de la vidéo publiée dans un article de Al-Arabiya en farsi le 28 septembre 2014 montrant la scène d'exécution de soldats syriens. On peut voir dans le cercle rouge qu'un homme executé porte une barbe fournie, et ne peut donc être un enfant.

D’où vient par conséquent cette version d’un "massacre d’enfants" que des internautes font circuler et qu’a reprise le "Daily Mirror" ? D’après nos recherches, la première occurrence de cette fausse information est apparue sur la télévision iranienne Al-alam, qui diffuse en arabe. C’est vraisemblablement cette interprétation erronée de la vidéo d’exécution qui, deux mois plus tard, a atterri sur les réseaux sociaux puis dans la presse britannique.

Si vous voulez en savoir davantage sur la vérification des images sur Internet, vous pouvez consulter notre guide.