BURUNDI

À Bujumbura, des habitants fuient par crainte d’un carnage ce week-end

Des habitants du quartier de Mukatura au nord de Bujumbura fuient face aux violences entre forces de l'ordre et oppsants armés. Photo: SOS Media Burundi
Des habitants du quartier de Mukatura au nord de Bujumbura fuient face aux violences entre forces de l'ordre et oppsants armés. Photo: SOS Media Burundi

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Des images amateurs tournées ce jeudi matin dans le quartier de Mutakura, au nord Bujumbura, montrent des habitants fuyant leurs maisons, valises et effets personnels à la main. Une première dans la capitale, conséquence des violents affrontements qui s’y sont tenus mercredi soir, mais aussi de déclarations du pouvoir promettant de s’attaquer sous peu à l’opposition armée qui se terre dans ce quartier.

Selon plusieurs témoignages, les violences ont éclaté mercredi 4 novembre après qu’une grenade a été lancée sur un véhicule de police qui patrouillait dans le quartier de Mutakura. En représailles, des forces de police ont pris à partie des habitants de ce quartier qui avait été parmi les plus actifs, au printemps dernier, lors des manifestations contre le troisième mandat du chef de l’État. Les forces de l'ordre sont aussi régulièrement prises à partie par les opposants. Selon des témoignagnes, plusieurs policiers auraient trouvé la mort dans les affontements, ce que la police burundaise dément.

Un homme tué lors des violences hier dans le quartier de Matukura.

Depuis cet été, d’anciens manifestants, habitants de ce quartier, ont pris les armes et se confrontent sporadiquement à la police. Ce qui leur a valu les menaces du président Pierre Nkurunziza. Lors d’un discours lundi, il leur a lancé un "dernier appel", leur donnant jusqu’au samedi 7 novembre pour "renoncer [aux] crimes" dont ils seraient selon lui coupables. Sans pour autant leur promettre d’amnistie : "vous serez accueillis par les forces de l'ordre, on vous apprendra à aimer votre pays pendant deux semaines, puis vous serez renvoyés parmi les vôtres", a-t-il déclaré. Dimanche, le président du Sénat avait tenu, devant des employés de la mairie de Bujumbura des propos encore plus inquiétants, censés ne pas être enregistrés, mais captés par des smartphones : "les policiers se cachent actuellement pour se mettre à l’abri des grenades, mais vous allez voir la différence le jour où ils recevront le message pour ‘travailler’", a déclaré Reverien Ndirukiyo.

Entre violences et menaces, de nombreux habitants du quartier de Mutakura ont donc décidé ce matin de quitter leur domicile. C’est le premier mouvement de ce type qui se produit à Bujumbura depuis le début des troubles et il inquiète profondément nos Observateurs.

ALERTELa solution finale est proche...Et la population locale commence à prendre le chemin de l'exil. Ça se passe à...

Posted by Jean-Régis Nduwimana on Thursday, 5 November 2015

"Ils ne ciblaient pas des gens en particulier, ils étaient là pour nous terroriser"

Éric vit dans le quartier de Mutakura, et a assisté aux violences mercredi. Il avait participé aux manifestations contre le troisième mandant de Pierre Nkurunziza.

Les personnes qui ont attaqué étaient en tenue policière, mais peut-être étaient-ce des mercenaires employés par le pouvoir pour faire des exactions. En tout cas, ils étaient lourdement armés, avec des kalachnikovs, notamment, et se sont comportés sauvagement. Ils ne ciblaient pas des gens en particulier, ils étaient là pour nous terroriser. Ils sont entrés dans des magasins, les ont vidés de leurs biens, sont entrés dans des maisons en ont fait sortir les habitants. Un homme a ainsi été conduit à quelques centaines de mètres de chez lui et abattu à bout portant. Un peu plus tard, on a trouvé un homme décapité… On plonge dans l’horreur, c’est un drame total et nous sommes désœuvrés.

Depuis hier soir, le quartier est bouclé par la police. Des cadavres jonchent le sol, ils n’ont pas été enlevés… Nous n’avons pas le droit de les dégager, les patrouilles de police nous l’interdisent, et il nous est interdit aussi de parler aux officiers et de leurs poser des questions. C’est un avertissement très violent sur ce qui pourrait se passer à partir du 7 novembre. Et c’est pour cela que les gens ont commencé à fuir de chez eux. Depuis ce matin, on en voit partir avec leurs sacs, leurs valises, parfois leur matelas sur la tête. La plupart ont dit qu’ils se rendaient chez des proches, vivant dans des quartiers un peu plus sûrs, plus au sud.

"Nous sommes déjà en guerre civile"

Jacques D. (pseudonyme) vit à Bujumbura et suit l’évolution de la situation.

C’est la première grosse vague de déplacés quittant les quartiers opposés au troisième mandat. Jusque-là, il n’y avait eu que des départs isolés d’habitants. Si on continue comme ça, cela va créer une crise humanitaire. Les violences d’hier ont fait comprendre aux gens que les propos de Nkurunziza et du président du Sénat étaient sérieux et prêts à tuer les opposants armés.

Le but du gouvernement est selon moi de séparer les populations et les rebelles, il veut donc vider les quartiers de leurs habitants pour ne plus être confronté qu’à des personnes armées. Pour accélérer cela, il cherche à semer la terreur. On entend de plus en plus parler de la construction de "camps de regroupement "où le gouvernement parquerait les civils pendant qu’il combattrait les opposants armés. Ces opposants sont ceux qui manifestaient contre le troisième mandat. Ils ont réussi à s’organiser pour trouver des armes, se sont entraînés et défient les forces de l’ordre.

Le Burundi connaît des troubles depuis le début de l’année, après que le chef de l’État a fait modifier la Constitution pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle et briguer un troisième mandat. Après l’échec d’un coup d’État le 13 mai, Pierre Nkurunziza a finalement été réélu le 21 juillet avec 69,41 % des voix. Dans son discours lundi, il a voulu faire mine de satisfaire les demandes de la communauté internationale, en appelant ses concitoyens "à se préparer à un dialogue national ", mais qui devra "être organisé dans le pays " ; ce qui exclut de facto la plupart de ses opposants, qui ont fui le Burundi.