GUINEE

"Touche pas à ma sœur", les Guinéens marchent contre les violences sexuelles

"Halte au viol" ou "Touche pas à ma soeur", tels étaient les slogans de la manifestation contre les violences sexuelles faites aux femmes mercredi 4 novembre à Conakry. Photo Alfa Diallo.
"Halte au viol" ou "Touche pas à ma soeur", tels étaient les slogans de la manifestation contre les violences sexuelles faites aux femmes mercredi 4 novembre à Conakry. Photo Alfa Diallo.

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Des centaines de personnes ont manifesté mercredi dans les rues de Conakry en réaction à une vidéo de violence sexuelle mettant en cause un célèbre rappeur.

Ils étaient une centaine de Guinéens à battre le pavé des rues de Conakry ce matin scandant "Touche pas à ma sœur "et "Halte au viol ". La manifestation avait pour objectif de dénoncer les violences sexuelles faites aux femmes qui, selon les organisateurs, se banalisent en Guinée Conakry, notamment via des publications sur Internet.

Des images de violence sexuelle publiées sur Internet comme électrochoc

La vidéo de 40 secondes à l’origine de la mobilisation a été publiée sur Facebook mercredi dernier. On y entend un rappeur guinéen, "Tamsir ", menacer une jeune femme avec un couteau et lui ordonner d’enlever ses sous-vêtements. La jeune fille apeurée lui demande d’arrêter avant d’obtempérer. Puis la vidéo s’arrête.

Capture d'écran floutée par France 24 de la vidéo diffusée par le rappeur guinéen Tamsir. Il montre un couteau à une jeune fille en lui ordonnant d'ôter ses sous-vêtements.

Quelques heures après sa publication, des internautes, choqués par les images, ont créé le hashtag #halteauviol à l'initiative de la plateforme @ablogui demandant des poursuites contre Tamsir. Le jeune rappeur a, quant à lui, confirmé à la presse guinéenne être l’auteur de cette vidéo filmée il y a deux mois. Il a tenté de se justifier en expliquant qu’il s’agissait d’un "jeu "entre lui et sa petite amie, niant l’avoir violée.

La victime présumée a porté plainte contre le rappeur pour tentative de viol en fin de semaine dernière, a expliqué la police de Conakry.

Les manifestants scandent des slogans devant le ministère de la Justice où ils ont d'abord trouvé porte close. Vidéo Alfa Diallo.

"On espère que cet épisode créera un exemple"

Alfa Diallo est journaliste et blogueur. Il a participé à la mobilisation mercredi.

Nous avons été surpris de voir que les autorités, notamment la ministre de l’Action sociale et de la Promotion féminine, Sanaba Kaba, ne prenne pas une position stricte et rapide concernant cette vidéo. Au lieu de cela, nous avons eu le sentiment que c’était notre marche qui posait problème [la manifestation initialement prévue dimanche a été repoussée à lundi, puis mercredi car les autorités rechignaient à délivrer une autorisation, NDLR]. Sanaba Kaba s’est d’ailleurs publiquement opposée à la mobilisation expliquant qu’organiser une marche en période post-électorale pouvait créer des troubles. Ce sont de très mauvais signaux envoyés sur une affaire aussi grave.

Ces derniers mois ont été marqués par énormément de faits divers impliquant des violences et des viols contre des femmes [notamment à Pita, en Moyenne-Guinée, où une jeune fille a été hospitalisée après un viol collectif lundi 26 octobre]. On espère simplement que cet épisode permettra de créer un exemple, et que les victimes n’auront plus peur de porter plainte. Les problématiques sexuelles sont encore largement taboues en Guinée en 2015, et les victimes ont trop peur d’être stigmatisées.

Un mandat d’arrêt a été émis lundi soir contre le rappeur Tamsir, en fuite à Abidjan. Si le viol ou la tentative de viol est avérée, il encourt jusqu’à 10 ans de prison.