C’était une des rares écoles de la province de Logar qui continuait d’enseigner aux jeunes filles. Mais le 28 octobre dans la nuit, l’intérieur de l’établissement Haji Golan a été réduit en cendres par les Taliban qui refusent que les filles aillent à l’école après l’âge de 8 ans.


L’école publique Haji Golan est située à Polalam, dans la province de Logar, une région à 65 km au sud de la capitale Kaboul, où règne l’insécurité. Abdullah Saljoqi, journaliste à Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan, a suivi l’attaque via des contacts sur place. Une attaque attribuée aux Taliban par les autorités.

Même les écoles qui respectent leurs règles sont attaquées"

 
Vers 3 h du matin, trois milices ont attaqué l’école de Haji Golan. Les combattants ont attaché le gardien de l’établissement, incendié les lieux et ont pris la fuite. Le bâtiment a brûlé trois heures durant, jusqu’à ce qu’au petit matin, le gardien parvienne à se libérer et arrive à contenir les flammes avec l’aide de ses voisins. Heureusement, il n’y a pas eu de blessés parce que personne ne se trouvait dans l’école à cette heure de la nuit.

Si parmi les 500 écolières [qui ont entre 7 et 11 ans] certaines retrouvent le courage d’aller à l’école, ça ne pourra pas se faire avant des mois, le temps que le bâtiment soit réhabilité. Il arrive qu’après ce genre d’attaques, les cours reprennent dans des tentes au pied de l’école, mais en ce moment, il fait beaucoup trop froid. Vous savez, ces attaques ne choquent plus les gens ici. C’est une question d’habitude. [Entre 2009 et 2012, 1000 attaques ont été recensées en Afghanistan contre des écoles, un chiffre en dessous de la réalité expliquent les ONG.]

Les Taliban laissent généralement les petites filles aller à l’école publique jusqu’au 4e niveau [l’équivalent du CM1, soit entre 8 et 10 ans. Les garçons ont le droit de suivre un cursus public normal, mais leurs écoles, jugées parfois trop occidentales, peuvent aussi être prises pour cible. Les Taliban privilégient leurs madrasas, ou écoles coraniques, où est principalement enseigné le Coran]. Laisser les filles aller au delà  du 4e niveau pour les Taliban est totalement interdit. Résultat, pas une seule école dans toute la province de Logar ne propose des classes de 5e niveau aux Afghanes. Il y a deux ou trois ans on en trouvait encore, dans le centre de la province, mais actuellement, même la capitale n’est plus assez sécurisée pour ça. Et les parents ne poussent pas tellement les écoles à prendre le risque. Ces derniers mois, les Taliban ont réussi à faire fermer 25 écoles pour filles dans tout le pays.


Même quand elles respectent leurs règles, les écoles peuvent être attaquées. Parfois l’issue est encore plus grave, je pense notamment aux attaques d’écolières à l’acide. [À plusieurs reprises des fillettes ont aussi été empoisonnées dans leurs établissements scolaires, NDLR] 

 
 "Ils rajoutent de la théologie et éliminent l’anglais"

Comme le Logar, plusieurs autres provinces afghanes échappent au gouvernement. Les autorités tiennent officiellement ces zones et occupent effectivement les bâtiments administratifs mais dans la rue, ce sont les Taliban qui font la loi. 

Dans certaines écoles, ils ont même réussi à faire changer les programmes, notamment en rajoutant des heures de théologie et en éliminant les cours d’anglais. Ils ont même placé des professeurs de théologie issus de leur groupe dans certaines écoles.


Contre de l’argent ou le placement d’un des leurs comme professeur, certains commandants locaux peuvent toutefois accepter de laisser l’école fonctionner.



Les "ennemis de l’éducation"

En 2012, les Taliban ont fait plusieurs déclarations publiques expliquant qu’ils ne s’opposaient pas à l’éducation, à moins que le programme ne tente de remplacer les valeurs islamiques et nationales par la culture occidentale. Dans ses communiqués, le groupe a aussi nié être à l’origine d’attaques contre des écoles. Mais les Nations unies affirment que ces exactions, tout comme les menaces, n’ont jamais cessé dans les zones contrôlées par les fondamentalistes religieux.

Akbar Ostanki, représentant du ministère de l’Éducation dans la province de Logar, reconnaît que l’éducation est très problématique dans cette zone : "Plus de 3 000 jeunes filles, qui devraient être dans une classe de 5e niveau ou plus, sont obligées de rester chez elle, ainsi qu’une trentaine d’enseignantes, soit toutes les femmes professeures de la province."

Interrogé sur la question de la sécurité, Sadigh Sadighi, porte-parole du ministère de l’Intérieur a expliqué : "Les Taliban sont les ennemis de l’éducation. C’est une de leur priorité d’éliminer tout système éducatif en Afghanistan. De notre côté, la priorité c’est de sécuriser les écoles mais nous ne pouvons déployer l’armée ou la police à chaque coin de rue."

Selon le ministère de  l’Éducation, 500 000 élèves sur 8 millions ont abandonné les études pour des questions de sécurité et 10 % des écoles ont fermé pour les mêmes raisons.