Au Burundi, l’âge légal du mariage est de 18 ans pour les filles et 21 ans pour les garçons. Pourtant, de nombreux mariages précoces, souvent forcés, sont encore organisés dans le pays. Une jeune femme témoigne des souffrances – à la fois physiques et psychiques – qui y sont liées.

Bien qu’il n’existe pas de chiffres précis sur le nombre de mariages précoces et forcés au Burundi, ces derniers restent une "réalité" selon l’association Solidarité des femmes burundaises pour la lutte contre le sida et le paludisme (SFBLSP). Afin de sensibiliser la population, cette association a donc mené une campagne début octobre à Bujumbura : "Ma vie à 15 ans", du nom de l'opération internationale visant à mettre fin au mariage des enfants d’ici 2030.

"Ma mère m'aurait chassée de la maison si j'avais refusé de me marier"

Dévat Nshimirimana est une jeune fille de 17 ans, suivie par l’association SFBLSP. Elle a été mariée contre son gré à l’âge de 15 ans à un homme de 25 ans.

J’ai neuf frères et sœurs et on n’a pas beaucoup d’argent dans ma famille, en particulier depuis le décès de mon père. À la suite de ça, ma mère n’a plus eu les moyens de nous envoyer à l’école. J’ai donc cessé d’y aller à 12 ans. Ensuite, les tâches ménagères sont devenues ma seule activité. Ma mère s’est donc dit qu’il valait mieux me marier rapidement.

Elle voulait absolument que je me marie avec cet homme, car elle le trouvait poli. Mais moi, je n’en avais aucune envie. Je lui ai dit, mais elle m’a répondu qu’elle me chasserait de la maison si je refusais.

Nos deux familles se sont rencontrées pour organiser le mariage. Mais seule la moitié de la dot a été versée à ma famille, car mon mari avait remarqué que je ne l’aimais pas.

Je suis ensuite allée vivre dans sa famille et je suis tombée enceinte. Mais ça s’est mal passé. Quand mon mari était absent, ma belle-famille me maltraitait. Puis, elle lui disait du mal de moi quand il rentrait. Ça m’a rendue malade et j’ai commencé à maigrir.

Du coup, nos deux familles se sont rencontrées pour en discuter. Il a été décidé que je rentre chez moi. Ma mère l’a accepté, même si j’étais enceinte.

Actuellement, je vis toujours chez elle, avec mon bébé. Après ce que j’ai vécu, je n’envisage plus du tout de me marier. Je veux juste gagner ma vie et m’épanouir. Pour cela, je compte sur l’aide de l’association SFBLSP, qui dispense des formations aux femmes pour les aider à devenir autonomes financièrement.

Journée de clôture de la campagne "Ma vie à 15 ans", menée par l'association burundaise SFBLSP à Bujumbura. Photo de Ferdinand Sengi.

"Les familles ne sont jamais sanctionnées"

Joséphine Muhigirwa Ciza est assistante sociale au sein de l’association SFBLSP.

Au Burundi, les filles sont mariées jeunes en raison de la coutume essentiellement. On estime que leur rôle est de faire des enfants, de les élever et de s’occuper de leur foyer. Les envoyer à l’école n’est pas une priorité. C’est une mentalité qu’on retrouve dans toutes les classes sociales. Je pense toutefois que la situation des filles est meilleure dans la capitale, où les gens ont davantage compris l’importance de les scolariser.

Les mariages précoces et forcés peuvent également être organisés à la suite d’une grossesse non désirée. Lorsqu’une jeune fille tombe enceinte, ses parents lui demandent souvent de dire avec qui elle a eu des rapports sexuels. Ils vont ensuite voir la famille du garçon et font pression pour qu’ils se marient, car avoir une fille enceinte chez soi est très mal vu.

Enfin, ce type de mariage peut être lié à la pauvreté. Certains parents sont incapables de subvenir aux besoins de tous leurs enfants, donc ils cherchent à marier leurs filles, pour ne plus les avoir à leur charge. C’est ce qu'il s’est passé pour Dévat Nshimirimana…

"Certaines familles font changer l’âge de leurs enfants pour pouvoir les marier"

Les mariages précoces ne sont pas légaux, mais les familles les organisent quand même entre elles et elles ne sont jamais sanctionnées. Certaines familles – qui ont de l’argent ou des connaissances – s’arrangent également à la mairie pour changer l’âge de leur enfant, en lui faisant faire une nouvelle carte d’identité ou attestation de naissance, pour que le mariage soit "légal".

Ces mariages concernent essentiellement les filles. Ensuite, il leur est difficile de se séparer de leur mari, car elles ne sont généralement pas indépendantes financièrement. Et même si elles décident de partir, elles sont alors perçues comme des prostituées si elles vivent seules, avec ou sans enfants…

Cet article a été écrit grâce à l’aide de Ferdinand Sengi, qui nous a mis en contact avec l’association SFBLSP et les femmes qu’elle soutient.

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone