RD Congo

Lubumbashi : la brigade de protection des femmes soupçonnée de racket

Des Observateurs de Lubumbashi affirment avoir été arrêté par police de protection des femmes et des mineurs de Lubumbashi pour "atteinte aux moeurs", et gardé en détention dans ces locaux.
Des Observateurs de Lubumbashi affirment avoir été arrêté par police de protection des femmes et des mineurs de Lubumbashi pour "atteinte aux moeurs", et gardé en détention dans ces locaux.

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La brigade de protection des femmes et des enfants de Lubumbashi aurait-elle mal tournée ? Plusieurs de nos Observateurs affirment en effet avoir été victimes de policiers de cette section qui, selon eux, rançonnent en prétextant "l’atteinte aux mœurs".

Les brigades de protection des femmes et des mineurs a vu le jour en avril 2010 dans plusieurs villes de République démocratique du Congo. Inquiètes de la multiplication des agressions sexuelles envers les femmes par des milices au Nord-Kivu et dans le Katanga notamment, plusieurs ONG ont prôné la nécessité de monter une section spéciale au sein de la police pour protéger contre ce type de violences. La Monusco a participé à ce processus en aidant à la rédaction d’une nouvelle loi sur les violences sexuelles dès 2006.

À Lubumbashi, au sud du pays, cette brigade censée protéger les femmes procèderait cependant parfois à des arrestations ubuesques. Plusieurs Observateurs de la capitale du Katanga nous ont ainsi rapporté certaines interventions de cette police, qui visaient selon eux clairement à soutirer de l’argent.

"J’ai été arrêté pour ‘attentat à la pudeur’ alors que j’étais dans mon véhicule avec ma petite amie"

Anselme (pseudonyme), 40 ans, a été arrêté par la brigade fin septembre alors qu’il se trouvait dans un véhicule avec sa petite amie de 25 ans et son chauffeur.

Ce soir là, un policier s’est approché du véhicule et a commencé à me sermonner disant qu’à cette heure là ‘il n’était pas normal d’être avec une si jeune femme dans un véhicule’. Je lui ai rétorqué qu’aucune loi ne m’empêchait de faire cela. Le policier nous a alors signifié que nous étions arrêtés, mon amie et moi, pour 'attentat à la pudeur sur la voie publique' [une infraction régie par l’article 175 du code pénal congolais, NDLR]. Mon chauffeur a également été arrêté pour 'complicité d’attentat à la pudeur'. Il a protesté, s’est débattu, et a eu ses vêtements arrachés.

Nous avons passé une nuit en cellule. Les policiers ont confisqué nos téléphones, refusé qu’on appelle nos proches ou un avocat. Je ne pouvais pas me permettre de rester dans cette situation par rapport à mon travail, mais aussi par rapport à ma famille qui n’était pas au courant de cette relation avec une fille de quinze ans ma cadette. J’ai eu peur que les policiers saisissent la justice. Mes geôliers m’ont fait comprendre que pour 120 dollars [environ 100 euros NDLR], ils nous laisseraient tous sortir. J’ai cédé.

Quand j’y repense, je me sens révolté, car j’ai été naïf, mais aussi impuissant. C’est honteux que cette brigade, censée lutter contre les violences conjugales, puisse en arriver à de telles méthodes.

La brigade de protection des femmes et enfants de Lubumbashi, dont les locaux sont situés au quartier Bel-Air, a pour devise "Violences sexuelles, stop à l'impunité".

"Le profil qu’ils recherchent, c’est les hommes mariés "

La brigade ne s’arrête pas aux individus. Des gérants d’hôtels de Lubumbashi affirment régulièrement recevoir la visite de cette section spécialisée de la police. Marcel (son nom a été changé) est un gérant d’hôtel à la périphérie de Lubumbashi.

Le premier week-end d’octobre, des policiers de la brigade m’ont présenté un document prétendument signé des autorités lushoises demandant à vérifier les chambres d’hôtels. Ils m’ont précisé : ‘On vient voir si tu loges des mineurs dans les chambres’. Ils ont menacé de m’embarquer si je m’opposais. Je les ai laissé faire, mais ce jour-là, ils n’ont pas trouvé de pigeon.

Le profil qu’ils recherchent, c’est des hommes mariés accompagnés d’autres femmes que leurs épouses. Ils les arrêtent et leurs indiquent que s’ils veulent que leur épouse ne soit pas au courant, il vaut mieux passer à la caisse.

Interrogé sur de possibles pratiques abusives de la brigade de Lubumbashi, le général Galenga, en charge des polices du Katanga, affirme ne pas avoir eu vent d’incidents particuliers. Ce dernier rappelle que "cette brigade, dans son objectif de protection de la femme, doit aussi être une garante de la protection des bonnes mœurs, sans outrepasser sa fonction de police. Si des personnes se disent victimes d’actes abusifs, nous les invitons à porter plainte" a-t-il ajouté.

"Avec ces affaires, on perd de vue l’objectif initial de cette brigade : la protection des femmes"

Porter plainte, un choix que n’ont pas fait Anselme et Marcel, expliquant tous les deux préférer ne pas s’engager dans des procédures coûteuses et pouvant nuire à leur réputation. Gisèle Ngungua, avocate au barreau de Lubumbashi spécialisée dans les droits des femmes, est également au courant des pratiques abusives de cette brigade.

Il y a un sérieux problème de suivi au sein de cette brigade. J’ai pu constater que les rapports mensuels ne sont pas établis ou alors de façon très tardive. D’ailleurs, récupérer des statistiques auprès d’elle est très compliqué [France 24 n’est également pas parvenu à récupérer de chiffres d’interventions portant sur l’année 2014 et 2015 auprès de la brigade de Lubumbashi, Ndlr].

Je ne suis pas pour la suppression de cette brigade, car elle a une raison d’être en RD Congo. Mais avec ces affaires, on perd de vue son objectif initial, à savoir, traquer les responsables d’agressions sexuelles sur les femmes pour les porter devant les tribunaux [selon l’ONU, seulement 2% des auteurs de ces actes ont fait l’objet d'une condamnation dans le Katanga].

En 2014, 2 910 cas de violence sexuelles ont été enregistrés dans la province du Katanga, contre une moyenne de 3200 cas par an entre 2013 et 2011 selon les rapports des Nations Unies.