CONGO-BRAZZAVILLE

Référendum au Congo-Brazzaville : "Je n’ai pas pu voter car je n’ai pas de carte d’électeur"

Ces Congolais cherchent leurs noms sur les listes électorales, à l'extérieur d'un bureau de vote situé dans le quartier de Tchimbamba, à Pointe-Noire. Photo envoyée par un Observateur.
Ces Congolais cherchent leurs noms sur les listes électorales, à l'extérieur d'un bureau de vote situé dans le quartier de Tchimbamba, à Pointe-Noire. Photo envoyée par un Observateur.

Publicité

Les Congolais étaient appelés aux urnes ce dimanche, afin de se prononcer par référendum sur un projet de modification de la Constitution. Le scrutin n’a pas déplacé les foules, comme l’ont constaté nos Observateurs à Pointe-Noire et Brazzaville. En cause : l’appel au boycott lancé par l’opposition, mais également l’impossibilité d’aller voter pour de nombreux Congolais n’ayant pas reçu leur carte d’électeur.

L’opposition conteste la tenue de ce référendum, qualifié de "coup d'État constitutionnel", depuis des semaines. Si le "oui" l’emportait, le président Denis Sassou-Nguesso – à la tête du pays depuis 1997, après l’avoir dirigé de 1979 à 1992 – pourrait ainsi briguer un nouveau mandat en 2016, alors que la Constitution actuelle l'en empêche.

Ces derniers jours, des violences ont éclaté dans plusieurs villes du pays en marge de la campagne référendaire, faisant au moins quatre morts et de nombreux blessés à Brazzaville et à Pointe-Noire, selon le bilan des autorités, d'où la crainte de nouveaux débordements ce dimanche. Le vote s’est toutefois déroulé dans le calme, comme l’ont indiqué nos Observateurs.

L'Internet mobile, les SMS et le signal de la radio RFI ne sont toujours pas revenus sur place. Des Observateurs ont néanmoins réussi à nous faire parvenir quelques images, montrant des rues pratiquement désertes dans les deux principales villes du pays.

Boutiques fermées et rues désertes dans le quartier de Ngoyo, à Pointe-Noire. Photo d'un Observateur.

Très peu de personnes ont circulé dans les rues ce dimanche, dans le quartier de Tchimbamba, à Pointe-Noire. Photo d'un Observateur.

"Je n’ai vu personne dans les bureaux de vote, à l’exception des personnes chargées de l’organisation et des militaires"

Guy (pseudonyme) habite dans le quartier de Tiali, à Pointe-Noire.

Ce matin, quand j’ai fait un tour dans mon quartier, je n’ai croisé presque personne. Il n’y avait pas de circulation. Par contre, j’ai vu passer des militaires armés. Ils sont très présents dans la ville depuis la tenue du meeting de l’opposition, le 17 octobre.

Quand je suis passé à côté des deux bureaux de vote de mon quartier, vers 9h, je n’ai vu personne non plus. En fait, il y avait seulement les personnes chargées de superviser le vote ainsi que des militaires, présents pour assurer la sécurité du scrutin.

Je n’ai pas pu voter car je n’ai pas de carte d’électeur. Pour l’avoir, il faut avoir été recensé au préalable. Mais je n’ai jamais été recensé, alors que j’ai 33 ans. Du coup, je n’ai jamais pu voter… Comme moi, beaucoup de Congolais n’ont pas leur carte d’électeur et ne figurent pas sur les listes électorales. Ces dernières ne sont pas du tout à jour. Ce matin, j’ai d'ailleurs entendu plusieurs personnes se plaindre par rapport à ça, à côté des bureaux de vote.

Quelques personnes ont récemment reçu une carte d’électeur, mais très peu... Par ailleurs, il y a quelques jours, je suis passé devant un meeting du parti au pouvoir, dans le quartier de Mvoumvou, où j’ai vu que des cartes d’électeurs étaient distribuées aux passants avec des billets de 10 000 francs CFA [soit 15 euros environ], pour qu’ils aillent voter "oui" le jour du référendum… [Des scènes similaires nous ont été signalées par un autre Observateur, dans les quartiers de La Base et de Tiétié, NDLR.]

Un bureau de vote dans le quartier Texaco, à Brazzaville, en début d'après-midi. Photo d'un Observateur.

À Brazzaville, plusieurs Observateurs ont également signalé à France 24 une forte présence policière et militaire dans les rues. Ils affirment par ailleurs que les cartes d’électeur ont essentiellement été distribuées au centre et au nord de la ville par la préfecture et la mairie, et non dans les quartiers contestataires situés au sud. "À Bacongo [quartier sud], presque personne ne s'est rendu dans les bureaux de vote. Beaucoup d’habitants n’ont pas de carte d’électeur ou n’ont juste pas envie d’aller voter, puisqu’ils considèrent ce référendum comme illégitime", indique un habitant de ce quartier.

Les résultats du référendum ne devraient pas être connus avant plusieurs jours.