VENEZUELA

Vidéos : des détenus frappés par des gardiens dans une prison vénézuélienne

Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.
Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

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Des prisonniers molestés par des gardiens, dans la cour d'un pénitencier situé près de la capitale vénézuélienne : ces images ont commencé à circuler le 17 octobre, alors qu'une mutinerie était en cours dans cette prison. Les détenus souhaitaient notamment dénoncer les mauvais traitements subis et le manque de nourriture – des problèmes récurrents dans les prisons vénézuéliennes selon de nombreux organismes des droits de l'Homme.

Deux vidéos ont été relayées sur Internet à partir du 17 octobre, dans lesquelles on voit des détenus et des gardiens dans la cour de la prison El Rodeo II, dans l'État de Miranda. Dans la première, un prisonnier se fait violemment frapper par un gardien à l'aide d'un long bâton, sous le regard d'autres détenus. Dans la seconde, une vingtaine d'entre eux sont allongés sur le sol, entassés. Parmi eux, certains se font maltraiter par des gardiens.

Vidéo relayée sur YouTube par la journaliste vénézuélienne Doricer Alvarado.

 

Vidéo relayée sur Dailymotion par le quotidien vénézuélien El Nacional.

Ces deux vidéos ont été tournées depuis la fenêtre d'une cellule – ou de deux cellules distinctes – probablement par des prisonniers. Nombre d'entre eux disposent en effet de téléphones portables, bien que cela soit théoriquement interdit, leur permettant de communiquer avec leurs familles.

Ce sont précisément des proches de ces détenus qui ont transmis la première vidéo à plusieurs ONG et à la journaliste Doricer Avarado, le 17 octobre. Cette vidéo aurait été enregistrée récemment, bien qu'il soit impossible de déterminer la date exacte. La seconde vidéo serait en revanche plus ancienne. Le quotidien "El Nacional" affirme qu'elle aurait été prise en août, tandis qu'une source travaillant au sein de l'Observatoire vénézuélien des prisons indique qu'elle aurait été tournée "en début d'année". Ces deux vidéos ne semblent en tout cas pas avoir été tournées le même jour, puisqu'on y aperçoit des éléments différents dans la cour.

Ces images ont commencé à circuler au lendemain de l'éclatement d'une mutinerie dans la prison. Le 16 octobre, des détenus ont ainsi pris en otage huit personnes travaillant sur place. Cinq d'entre elles ont été libérées le jour même, tandis que les autres ont été relâchées les jours suivants. Deux prisonniers sont morts au cours de cette mutinerie – l'un par balle et l'autre par asphyxie, en raison du gaz lacrymogène lancé par les forces de l'ordre. La révolte a pris fin le 22 octobre.

"Ils lancent à nouveau des bombes lacrymogènes dans la prison El Rodéo II". Tweet @elimartiz86.

"Dans la prison, mon frère entend souvent des cris pendant la nuit"

Le frère d'Alejandra (pseudonyme) est détenu dans la prison El Rodeo II. Cette dernière revient sur les problèmes rencontrés par les prisonniers, à l'origine de leur mouvement de révolte.

Les prisonniers estiment qu'ils sont maltraités par les gardiens. Mon frère n'a jamais été battu, mais il entend souvent des cris durant la nuit. [Les détenus sont régulièrement frappés dans les prisons vénézuéliennes, voire torturés, comme le dénoncent les ONG locales, NDLR.] Par ailleurs, les gardiens les réveillent souvent en pleine nuit, pour inspecter leurs cellules et vérifier qu'il n'ont rien d'interdit à l'intérieur, comme des armes ou encore des téléphones portables.

L'autre problème majeur, c'est le manque de nourriture et d'eau potable, même si c'est quelque chose dont souffre également l'ensemble du pays. De la farine de mauvaise qualité constitue la base de leur alimentation. Parfois, ils reçoivent du riz et un tout petit peu de poulet, mais leur régime alimentaire est très pauvre en protéines. Et il y a un manque d'hygiène. Du coup, les prisonniers perdent souvent beaucoup de poids et tombent malades. Certains ont la diarrhée, il y a eu une épidémie d'hépatite A récemment.

"En donnant un peu d'argent aux gardiens, on arrive quand même à faire passer de la nourriture aux prisonniers"

On peut rendre visite aux détenus une fois par mois seulement. Mais les visites sont réservées aux femmes et la liste de ce qu'on peut leur apporter change tout le temps ! Parfois, on a le droit d'amener du gel hydroalcoolique, parfois non…

Actuellement, on peut leur donner deux paquets de gâteaux à chaque visite, ce qui est très peu. Mais en suppliant les gardiens ou en leur donnant de l'argent, on arrive quand même à leur faire passer de la nourriture supplémentaire, de l'eau, des téléphones portables, des habits… Par exemple, la dernière fois que j'ai vu mon frère, j'ai pu lui apporter une bouteille de jus de fruit de deux litres et trois plats, en disant qu'il y en avait un pour moi…

Ce n'est pas la première fois que les prisonniers se révoltent dans cette prison. En 2011, une mutinerie ayant duré une trentaine de jours avait  déjà fait 19 morts.

Les mutineries et les violences sont monnaie courante dans les prisons vénézuéliennes, considérées comme les "plus violentes" du continent par la Commission interaméricaine des droits de l'Homme. Entre 1999 et 2014, 6 313 personnes sont mortes et 16 318 ont été blessées dans les pénitenciers du pays, selon l'Observatoire vénézuélien des prisons qui y dénonce également le taux élevé de surpopulation carcérale (190 %, contre 120 % environ en France).