CONGO-BRAZZAVILLE

Climat de peur à Pointe-Noire : "Les forces de l'ordre veulent intimider la population"

Quartier du KM4 à Pointe-Noire, mardi 20 octobre. Photo envoyée par notre Observateur.
Quartier du KM4 à Pointe-Noire, mardi 20 octobre. Photo envoyée par notre Observateur.

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Un de nos Observateurs témoigne de la journée de mobilisation, mardi à Pointe-Noire, qui s’est terminée dans la violence. Il décrit également la situation sur le terrain ce mercredi et évoque un climat de peur dans la capitale économique congolaise.

La journée de mardi, qui a commencé par des manifestations contre le référendum constitutionnel, s’est terminée dans la violence à Brazzaville et Pointe-Noire. Aujourd’hui encore, quelques contestataires sont sortis dans la rue de la capitale, malgré l’important dispositif sécuritaire déployé. Le ministre de l’Intérieur, Raymond Mboulou, a qualifié ces troubles "d’insurrection organisée et coordonnée".

Bien qu’Internet reste largement bloqué et que le réseau téléphonique fonctionne mal dans le pays, des Observateurs ont réussi à nous faire parvenir leurs témoignages et leurs images.

Pointe-Noire, mardi 20 octobre. Vidéo transmise par un habitant.

"Depuis ce matin, il y a des policiers et des militaires partout dans mon quartier"

Notre Observateur, Max (pseudonyme), vit dans le quartier du KM4, à Pointe-Noire. Il revient sur les événements des dernières 48 heures.

Hier matin, je suis sorti dans mon quartier, où un rassemblement était prévu. Il y avait déjà énormément de monde. Des policiers et des bérets rouges [des militaires] – sont arrivés sur place vers midi, alors qu’on venait à peine de commencer à manifester. On se trouvait sur l’avenue de Pemba. Les bérets rouges ont tiré en l’air. Les policiers ont également utilisé du gaz lacrymogène. Du coup, les gens se sont dispersés en courant et se sont réfugiés chez des riverains. Mais je n’ai pas vu de personnes blessées ou mortes. Un peu plus tard, des manifestants ont brûlé des pneus pour bloquer la circulation.

Dans l’après-midi, les militaires et les policiers ont quadrillé une bonne partie de la ville. Dans mon quartier, il n’était donc plus possible de manifester. En revanche, il y a eu des manifestations dans les quartiers de Mpaka, Fond-Tiétié, Nkouikou, La base ou encore Mvoumvou.

À Mpaka, des amis m’ont dit qu’ils ont vu sept morts. Il y aurait également eu des blessés dans le quartier de La base. [Un autre habitant indique avoir vu deux cadavres et une dizaine de blessés à Fond-Tiété. Mardi soir, le bilan officiel provisoire était d’un mort à Pointe-Noire et de trois à Brazzaville. L’opposition évoque quant à elle huit personnes tuées à Pointe-Noire. L’hôpital Général Aldophe Sice de la ville reste toutefois injoignable pour confirmer ces informations, NDLR.]

Affrontement entre les forces de l'ordre et la population de Mpaka (Quartier de Pointe-Noire Congo)

Posted by Ych Stachys on Tuesday, October 20, 2015

Dans la soirée, on a entendu quelques tirs, puis ça s’est calmé… A priori, il y a eu des affrontements entre des jeunes et les forces de l’ordre dans le quartier Mpita, car je me suis rendu sur place après, où j’ai vu des pierres, des pneus et des bouteilles cassées.

Depuis ce matin, dans mon quartier, il y a des policiers et des militaires partout. Ces derniers sont lourdement armés. Le but est clairement d’intimider la population pour empêcher les manifestations. Et ça marche, car les gens ont peur de sortir dans la rue. Toutes les boutiques sont d’ailleurs fermées. Près de chez moi, j’ai également vu quatre jeunes être emmenés par la police, alors qu’ils étaient simplement en train de parler. Ils ont été embarqués dans des bus, mais je ne sais pas où… Apparemment, il y aurait eu d’autres arrestations hier soir.

Il est très compliqué de prendre des images dans la rue, à l’hôpital ou encore à la morgue, où des militaires sont présent pour éviter que les gens ne viennent prendre des photos. Par ailleurs, Internet n’est toujours pas revenu et il n’est pas possible non plus de capter RFI. [À Brazzaville, Internet aurait été partiellement rétabli mercredi, NDLR.]