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FRANCE-ROYAUME-UNI

Dans la "jungle" de Calais, les migrants ont du talent

6 mn

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Les migrants arrivés en Europe sont souvent perçus comme peu qualifiés et destinés à des petits boulots. Pourtant, nombre d’entre eux sont diplômés, formés et ont même pour certains un talent artistique. C’est eux qu’est allée chercher notre Observatrice.

Vanessa Lucas-Smith est violoncelliste professionnelle à Londres. Fin septembre, avec plusieurs collègues musiciens, elle traverse la Manche pour se rendre dans la "jungle", ce camp de fortune installé à Calais, dans le nord de la France, d’où les migrants tentent quotidiennement de rejoindre le Royaume-Uni. Son objectif : dénicher des musiciens et les enregistrer sur place.

Extrait d’un documentaire à venir sur "The Calais Session". On y voit Mohealdeen, un chanteur ayant fui la Syrie.

Depuis plus de dix ans maintenant, des migrants fuyant la guerre, les persécutions ou la pauvreté, passent par cette ville. Ils viennent principalement d’Erythrée, du Soudan, d'Afghanistan et de Syrie.

C’est à eux que Vanessa et ses amis a proposé, pendant 48 heures, d’improviser et de se laisser enregistrer. Les morceaux sont actuellement en cours de mixage et se retrouveront sur un album intitulé "The Calais Session" qui sera disponible sur iTunes et dont les bénéfices reviendront aux associations caritatives venant en aide aux migrants.

“We figured that in a camp of 4,000 people, our chances of finding musicians were pretty good!”

Au Royaume-Uni, nous avons rassemblé un groupe de musiciens - syriens, roumains, kurdes, nigérians, britanniques - qui jouent du ney, du oud, de la darbouka, du djembé, de l’accordéon, du violon, du violoncelle et toutes sortes d’autres instruments à percussions. On a amené tout ce qu’on pouvait en termes d’instruments africains et orientaux car nous tenions à intégrer dans les ateliers des gens qui n’avaient aucune formation musicale. On n’avait d’ailleurs aucune certitude de trouver des musiciens,  mais on s’est dit que dans un camp de 4 000 personnes on avait de bonnes chances !

Des résidents s’essayent aux instruments. Photos : "The Calais Sessions"

 

Quand on est arrivé, on a d’abord dit bonjour à tout le monde, puis on leur a montré les instruments. Peu importe s’ils étaient novices ou professionnels – on voulait surtout que le plus de monde possible participe. Et ça a marché.  On a commencé en battant le rythme avec la batterie, puis on a chanté, tapé des mains et on a dansé. On avait le sentiment que les gens avaient un profond besoin de s’exprimer, de jouer, de participer.

Les percussions

Quand on a expliqué qu’on voulait enregistrer des chansons, des migrants se sont empressés de nous diriger vers des gens qui avaient l’habitude de chanter pour eux. Comme Mohealdeen, un Syrien avec une voix incroyable. Il n’a pas décidé d’en faire son métier, mais indéniablement il pourrait.  Un autre Syrien jouait magnifiquement de la darbouka. Il a chanté une de ses propres chansons et les musiciens ont improvisé pour l’accompagner. On s’est dit qu’on l’enregistrerait. Le texte parlait des victimes de la guerre en Syrie, qu’il les gardait dans son cœur. La chanson était notamment dédiée à son frère décédé. [vidéo ci-dessous].

Dimanche, on a monté un studio de toutes pièces grâce à notre ingénieur du son venu avec tout un tas d’équipements. Il n’y a pas d’électricité dans le camp donc on a utilisé un générateur. Au fil de la journée, plein de gens sont venus jouer, des Éthiopiens,  des Soudanais, des Érythréens, des Afghans, des Somaliens. On a enregistré des heures de percussions que l’on va monter ensemble dans un morceau dansant.

 

"Cette musique est la plus belle à laquelle il m’ait été donné de participer"

 

Le soir, en pleine obscurité, nous avons formé un grand cercle. Il y avait plus de cent personnes. Au début ça nous a inquiétés mais tout le monde a été respectueux. Ils se disaient "chut" les uns aux autres quand nos musiciens prenaient la parole.

Alpha, un résident et musicien (à droite) joue avec Sola (gauche) qui vit au Royaume-Uni et travaille comme percussionniste pour Jamiroquai.

Leurs conditions de vie sont terribles, ils n’ont pas beaucoup de distractions. Ils vivent dans des tentes sur une ancienne décharge. Quand il pleut, les couches, la pourriture et les déchets industriels affleurent au sol. Et ça ne va pas s’arranger avec l’hiver.

On a l’intention d’y retourner prochainement, mais d’abord on veut sortir 4 ou 5 morceaux. C’est beaucoup de travail de faire le mixage audio et les petites vidéos documentaires que l’on compte vendre. Cette musique est la plus belle à laquelle il m’ait été donné de participer.

Pour suivre le projet et la sortie des premiers albums, allez sur cette page Facebook.

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