GUINÉE-CONAKRY

Violences à N'Zérékoré : "C'est la même chose avant chaque élection"

Plusieurs habitations et commerces ont été incendiés. Toutes les images ont été prises dans le quartier de Nyen et transmises par notre Observateur Facely.
Plusieurs habitations et commerces ont été incendiés. Toutes les images ont été prises dans le quartier de Nyen et transmises par notre Observateur Facely.

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De violents affrontements ont opposé des militants de partis politiques rivaux les 2 et 3 octobre à N'Zérékoré, dans le sud-est de la Guinée, quelques jours avant la tenue de l’élection présidentielle. Notre Observateur nous raconte ces journées de violence.

L'équipe des Observateurs de France 24 va suivre l'élection présidentielle en Guinée. Si vous avez des informations ou des images à partager, vous pouvez nous contacter :

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Les violences ont opposé des partisans du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti du président de la République Alpha Condé, et ceux de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti d’opposition. Elles se sont produites alors qu’Alpha Condé était en déplacement dans la région, où il faisait campagne en vue de l’élection présidentielle du 11 octobre prochain.

Ces affrontements ont fait au moins  un mort et 29 blessés, selon le préfet de N’Zérékoré. De son côté, l’ONG Alima dénombre environ 80 blessés par balles ou jets de pierres.

Des militants blessés de l'UFDG. Photo floutée par France 24.

"Certains militants et commerçants avaient des fusils"

Facely est un habitant de N'Zérékoré, la deuxième ville du pays.

Les heurts ont débuté vendredi vers 18h, l’heure à laquelle le président de la République devait arriver à N’Zérékoré, pour tenir un meeting le lendemain matin. Les militants du parti au pouvoir, le RPG, sont sortis pour manifester leur joie et ont occupé les principaux carrefours de la ville. Au rond-point du marché central, le ton est monté et il y a eu quelques accrochages, car les gens devaient leur dire quel parti ils soutenaient pour pouvoir passer... Mais il n’y a eu aucune violence ce jour-là.

Samedi matin, des jeunes du parti au pouvoir se sont rendus au marché central, où ils ont demandé aux commerçants de fermer leurs boutiques. Comme c’était un jour de campagne, ils étaient tous vêtus en jaune – la couleur du RPG – donc facilement reconnaissables. Sans surprise, les commerçants – pour la plupart des partisans de l’UFDG – ont refusé d’obéir. Ils ont commencé à se lancer des pierres, même s’il est difficile de savoir qui a vraiment commencé.

Les violences se sont ensuite propagées dans d’autres quartiers, pendant que se tenait le meeting présidentiel. Des magasins et des habitations ont été incendiés et saccagés. Des voitures et des motos appartenant à des particuliers ont été brûlées. C’était vraiment grave car des militants et de simples commerçants portaient des armes, par exemple des fusils et des machettes.

Une boutique pillée à Nyen.

Ça a surtout été tendu à Nyen, un quartier essentiellement acquis à la cause du RPG, à Mohomou, plutôt du côté de l’UFDG, mais aussi à Gonia et Tiletoulou. [Dans ce dernier quartier, un autre Observateur a indiqué à France 24 avoir vu un commerçant tirer sur des jeunes, en blessant cinq, NDLR.] À Nyen, j’ai vu le domicile d’un peul, qui est le deuxième imam d’une mosquée, se faire incendier et saccager par des jeunes du RPG. Des coups de fusil ont été tirés sur place. C’est là que ça a été le plus violent.

Le quartier de Nyen, à la suite des affrontements entre militants politiques (ci-dessus et ci-dessous).

 

À la fin du meeting présidentiel, la gendarmerie et la police sont intervenues, ce qui a permis de calmer la situation dans la soirée… Mais ils étaient en nombre insuffisant, donc les militaires ont été déployés à leur tour dimanche matin.

"Ça n’avait rien à voir avec un conflit ethnique"

Lorsque des violences éclatent, on a vite tendance à dire qu’il s’agit de problèmes ethniques, car il y a beaucoup de peuls à l’UFDG et de Malinkés au RPG, mais ça n’avait rien à voir ce jour-là.

Ces événements étaient un peu prévisibles, car il y avait déjà eu des tensions ici le 22 septembre dernier, lors de la visite de Cellou Dalein Diallo [le principal adversaire d’Alpha Condé et président de l’UFDG, NDLR]. Ce jour-là, ses partisans ont scandé des slogans hostiles à Alpha Condé, ce que ses militants n’avaient pas apprécié, bien qu’il n’y ait pas eu de violences…

Et puis je me rappelle qu’en 2010, peu de temps avant la dernière élection présidentielle, ça avait déjà dégénéré entre les militants du RPG et de l’UFDG à N'Zérékoré. À l’époque, il n’y avait pas eu de mort, mais déjà des blessés, des habitations et des commerces brûlés. Les tensions entre ces partis politiques ne sont donc pas nouvelles…

Selon la gendarmerie, treize personnes en lien avec ces violences ont été arrêtées. Afin d’apaiser les tensions, le préfet de N’Zérékoré a également imposé un couvre-feu de 18h à 6h, en vigueur la nuit dernière.