ACTUALISATION VENDREDI 2 OCTOBRE:

Le camp a été entièrement évacué vendredi matin, selon les activistes qui soutiennent les réfugiés. Ils auraient été pris en charge par la ville de Paris pour être relogés.



Article publié jeudi 1er octobre:

Des policiers ont enlevé une partie des tentes du camp de la porte de Saint-Ouen, au nord de Paris, où vivent des dizaines de réfugiés syriens, mardi 29 septembre. Une intervention insensée pour nos Observateurs, qui dénoncent l’absence de solution d’hébergement proposée à ces personnes, en dépit des conditions sanitaires déplorables dans lesquelles ils vivent actuellement.

Le camp de Saint-Ouen est apparu pour la première fois en mars 2014. Il a ensuite été démantelé, à la suite d’une opération de régularisation exceptionnelle des Syriens présents sur place. De nouvelles tentes ont néanmoins été installées au même endroit début 2015. Depuis le début de l’année, des dizaines de Syriens vivent sur place, des familles pour l’essentiel.

>> À lire sur France 24 : Camp de migrants syriens de la porte de Saint-Ouen : où en est-on ?

Les réfugiés vivent dans des tentes installées dans une zone de stationnement utilisée par les bus de la RATP, le long d’un périphérique, sans eau courante.

Photo de Patrick Bouffard.

"Couches, lait, habits, papiers administratifs… Tout a été jeté !"

Guillaume Deshoulières, 35 ans, fait partie du "Collectif des réfugiés syriens – Porte de Saint-Ouen", qui compte une quinzaine de membres. Lancé il y a un mois environ, ce collectif diffuse des informations sur la situation dans le camp, soutient les réfugiés sur le plan administratif et sanitaire, et cherche à faire pression sur les autorités afin qu’une solution leur soit apportée, notamment en terme d’hébergement.

Vers 8 h 30 environ, des policiers, des employés de la voirie et des travailleurs sociaux sont arrivés au camp et ont enlevé une dizaine de tentes qui étaient vides. Comme il n’y a avait personne à l’intérieur, ils ont dit que leurs occupants étaient partis et qu’il fallait donc jeter ces tentes. Pourtant, des gens y vivaient toujours, mais ils étaient absents à ce moment-là. Certains étaient partis se laver, d’autres avaient un rendez-vous à la Cimade [une association aidant les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile, NDLR]... D’ailleurs, il y avait des couches, du lait, des habits, des papiers administratifs ou encore des ordonnances dans ces tentes. Mais tout a été jeté.

Un membre de notre collectif a vu que les policiers se sont adressés au seul homme parlant français sur place à ce moment-là, un Tunisien. Il s’est présenté comme le "chef de camp" et leur a indiqué les tentes vides. Mais en réalité, cet homme sous-loue des chambres d’hôtel aux réfugiés à un prix élevé, donc il a tout intérêt à ce que leurs tentes soient jetées.

Des employés de la mairie à l’œuvre après le démantèlement d'une partie du camp mardi matin. Photo du "Collectif des réfugiés syriens – Porte de Saint-Ouen".

Il y a environ quatre réfugiés par tente, donc une quarantaine de personnes ont été directement affectées par cette opération. Avec le collectif, on s’est donc mobilisés pour leur trouver de nouvelles tentes, en l’absence de solution apportée par les autorités pour remédier au problème.

Mais vers 19 h 30, une vingtaine de policiers sont revenus. Ils ont refusé que ces tentes soient installées. Ils étaient assez agressifs et ont menacé d’appeler les CRS si les réfugiés n’obéissaient pas. Mais ils ont finalement accepté que les familles ayant perdu leurs tentes le matin puissent se réinstaller quelques mètres plus loin, après trois heures de négociations environ…

"Chaque jour, on tente de trouver des places à l’hôtel pour les plus vulnérables"

Au cours des derniers mois, des agents de la RATP sont déjà intervenus pour pousser un peu les tentes… Mais là, c’est la première fois que des tentes dans lesquelles vivent encore des gens sont enlevées. Pourtant, ce n’est pas ça qui va régler les choses ! En les chassant, on risque uniquement de déplacer le problème. Donc en attendant qu’une solution soit trouvée, notre collectif tente de trouver chaque jour des places à l’hôtel pour les plus vulnérables, en particulier les femmes enceintes… Je crois qu’il y en a une actuellement dans le camp.

Des femmes venues aider les réfugiés du camp. Photo de Patrick Bouffard.

 
"Les tentes sont installées dans la boue, au milieu des rats"

Sur le plan sanitaire, ce camp est l’un des pires en Île-de-France. Les tentes sont installées dans la boue, au milieu des rats. Il y a de la nourriture qui pourrit sur le sol, car les réfugiés en reçoivent beaucoup trop, comme les vêtements. Il n’y a ni douches, ni WC, donc ils se rendent aux bains-douches municipaux ou chez des bénévoles pour se laver, et utilisent les toilettes des stations-service.

Photo de Patrick Bouffard.

Cet environnement est propice au développement de maladies. D’ailleurs, aucun réfugié n’était malade avant d’arriver ici ! Depuis une dizaine de jours, il y a quelques cas de gale. Certains ont des abcès, de l’herpès, des rages de dent, de la fièvre… Des bénévoles de notre collectif les accompagnent donc régulièrement à l’hôpital, notamment pour servir d’interprètes… Par ailleurs, les réfugiés sont quasiment tous atteints de troubles de stress post-traumatiques, étant donné qu’ils ont connu la guerre. Ils dorment tous mal et ont souvent du mal à se concentrer quand on leur parle…

"Il est urgent de leur fournir un hébergement"

Patrick Bouffard, cardiologue, vit à côté du camp de Saint-Ouen. Depuis trois semaines, il s’y rend tous les jours, une fois sa journée de travail terminée, afin d’aider les réfugiés.

C’est la première fois que je travaille dans ce type de camp. Je ne pouvais pas rester indifférent en voyant ça en bas de chez moi. Des enfants en bas âge jouent à côté du périphérique, ils mangent dans la boue… Ces réfugiés sont en train de devenir des SDF.

"Il n’y a pas besoin d’être médecin pour se rendre compte que ça ne peut pas durer sur le plan sanitaire"

Il n’y a pas besoin d’être médecin pour se rendre compte que ça ne peut pas durer sur le plan sanitaire, bien qu’il n’y ait aucune maladie grave pour l’instant. La gale se soigne par exemple. Mais la situation pourrait rapidement devenir catastrophique s’il y avait une épidémie de diarrhée ou encore de bronchiolite. [La diarrhée peut être mortelle pour les nourrissons. La bronchiolite, une infection aiguë des voies aériennes inférieures qui touche essentiellement les bébés et les jeunes enfants, peut entraîner des complications, NDLR.]

Photo de Patrick Bouffard, floutée par France 24.

Avec un jeune infirmier et une équipe de Médecins du Monde, qui se rend sur place trois fois par semaine, on tente donc de réaliser un travail de veille sanitaire et d’orienter les réfugiés vers les hôpitaux où ils peuvent être soignés. J’ai également signalé la situation auprès de l’agence régionale de santé et du conseil national de l’Ordre des médecins. Par contre, on ne peut pas soigner ces gens dans la boue…

C’est pourquoi il est urgent de leur proposer un hébergement en dur. Sinon, la situation sanitaire ne pourra qu’empirer. Je me demande si la mairie a conscience de la situation. Et si oui, ce qu’elle attend pour réagir…

Contactée par France 24, la mairie de Paris indique avoir recensé les personnes nécessitant un abri dans ce camp et transmis les chiffres à l'État, en charge de l'hébergement des demandeurs d’asile. Elle ajoute que les services de l'État sont actuellement en train de rechercher des places disponibles dans les centres d'hébergement pour ces réfugiés, et que des places devraient leur être proposées dans les prochains jours, ainsi que des soins.

Concernant l'opération de mardi matin, la mairie reconnaît qu'au moins l'une des tentes enlevées appartenait à une famille, qui avait été hébergée la nuit précédente par des riverains. Elle indique toutefois que certaines tentes étaient bel et bien inhabitées. "De nombreux Syriens sont venus au camp le jour de l'Aïd al-Adha, le 24 septembre, et ont ensuite laissé des tentes vides quand ils sont repartis", indique le responsable des relations presse de la mairie.


Photo de Patrick Bouffard.

Pour ceux qui souhaitent aider les réfugiés du camp de Saint-Ouen, le "Collectif des réfugiés syriens – Porte de Saint-Ouen" a mis en ligne une liste répertoriant leurs besoins.



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