ZIMBABWE

Au Zimbabwe, la méthode forte pour déloger les habitants d’un quartier endetté

La municipalité de Redcliff a fermé avec des cadenas les maisons de personnes endettées pour les empêcher de retourner dans leur maison. Photo Tendai Mbofana.
La municipalité de Redcliff a fermé avec des cadenas les maisons de personnes endettées pour les empêcher de retourner dans leur maison. Photo Tendai Mbofana.

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La mairie de Redcliff, ville du centre du Zimbabwe, a pris une décision radicale pour lutter contre les défauts de paiement. Six-cents locataires de la banlieue de Torwood ont trouvé leur maison fermée avec de gros cadenas et ne peuvent plus rentrer chez eux. Pour notre Observateur, la municipalité se trompe de cible en s’attaquant à une banlieue pauvre de la ville.

Torwood, banlieue pauvre de Redcliff, est un quartier résidentiel historiquement construit pour les ouvriers de l’entreprise sidérurgique Ziscosteel, poumon économique de la ville. Mais en 2009, la fermeture soudaine de l’usine laisse sans emploi de très nombreux habitants du quartier.

Jusqu’ici, les autorités, devenues propriétaires des habitations, permettaient aux ouvriers de rester sur place en échange d’un loyer très bas et du paiement des charges d’eau et d’électricité. Mais depuis le milieu du mois d’aout, la mairie de Redcliff a expulsé 600 personnes. Elle réclame près d’un million de dollars (soit près de 900 000 euros) aux locataires du quartier de Torwood. Elle leur reproche d’avoir des arriérés de loyer depuis juin 2013. Début septembre, le maire a décidé d’utiliser la manière forte en fermant avec des cadenas les maisons, jetant à la rue des centaines de personnes.

Tendai Mbofana

Des manifestants mi-septembre demandent à la municipalité d'arrêter d'expulser les résidents de Torwood.

Régulièrement depuis cette date, les habitants manifestent dans les rues de Redcliff. Ils accusent le maire, Freddy Kapuya, de n’avoir proposé aucune solution aux résidents. Le maire a de son côté annoncé vouloir vendre les maisons pour 13 millions d’euros à des prestataires de service pour éponger les dettes de la ville.

"La mairie de Redcliff veut faire un exemple avec ce quartier, sans apporter de solutions"

Tendai Mbofana est un consultant en communication qui vit à Redcliff

Ce qui est curieux, c’est que la municipalité a décidé de réclamer au minimum 60 dollars à chaque résident pour leur permettre d’enlever le cadenas et accéder à leur maison pendant un mois, peu importe leurs ressources. Certains ont pu se le permettre, mais la plupart ne gagne pas plus de 30 dollars par mois. Pour eux, cette somme est irréaliste.

Cette décision jette à la rue des femmes avec leurs bébés. La doyenne du quartier, 94 ans, est aujourd’hui sans toit. La solidarité s’organise, chacun accueille ses connaissances chez lui en attendant qu’une solution soit trouvée. Mais beaucoup dorment à la belle étoile depuis près d’ un mois.

"Le maire considère ce quartier comme un foyer de contestataires"

Les habitants du quartier sont en colère depuis plusieurs années à cause de la fermeture de l’entreprise Ziscosteel qui les faisait vivre. Ils accusent la municipalité de ne pas s’être suffisamment impliquée pour maintenir les emplois. Du coup, le maire traite le problème dans sa globalité, en considérant qu’il s’agit d’un foyer contestataire.

On a le sentiment que la mairie veut faire un exemple avec ce quartier. C’est vrai que beaucoup de Zimbabwéens abusent de la situation, se servant de la situation économique dans laquelle se trouve le pays, pour ne pas payer à temps leurs loyers. Mais il est anormal que ce quartier pauvre trinque à cause d’un comportement qui se généralise, même dans les quartiers plus riches.

Tendai Mbofana

Certains résidents ont réussi à sortir quelques meubles avant de ne plus pouvoir rentrer chez eux. Photo Tendai Mbofana.

Redcliff, comme d’autres villes de la province centrale des Midlands, symbolise les difficultés économiques du Zimbabwe. En novembre 2014, Tendai nous avait alertés sur des coupures d’eau intempestives qui touchaient Kwekwe, ville voisine de Redcliff, alors même que ses habitants payaient mensuellement des charges.

Le Zimbabwe fait face à une hyperinflation galopante depuis plusieurs années. Un dollar américain s'échange par exemple contre 175 mille milliards de dollars zimbabwéens. Une somme colossale et totalement virtuelle. Pour contenir la hausse des prix, le pays a décidé d’abandonner sa monnaie. La population a désormais jusqu’à fin septembre pour convertir ses devises en huit monnaies étrangères, parmi lesquelles le dollar américain, la roupie indienne ou le yuan chinois, qui circuleront au Zimbabwe.