Accompagné de sa famille, le pianiste Ayham Ahmed a entamé un voyage périlleux de la Syrie en guerre vers l’Europe. Nous publions ici des extraits de son carnet de route.

Il s’est fait connaitre pour son courage : le musicien Ayham Ahmed, qui est né et a grandi dans le camp de réfugiés de Yarmouk, au sud de Damas, n’avait jamais cessé de jouer du piano malgré les bombardements du régime.

Sa vie bascule en juin 2015, lorsqu’un jihadiste de l’organisation de l'État islamique, une kalachnikov dans une main, et un briquet dans l’autre, brûle son instrument. Il sera ensuite détenu quelques heures.

C’est le point de rupture, Ayham prend alors une décision radicale : rejoindre l’Allemagne avant que la construction d’un mur anti-migrants à la frontière serbo-hongroise ne soit achevée. La course contre la montre commence le 2 août. Un mois plus tard, le musicien commence à raconter son périple dans un journal poignant dont nous publions ici des extraits, en apportant quelques éléments de contexte.

Mercredi 9 Septembre - À la frontière turque


"Sur le chemin de l’exil. À la frontière entre la Syrie et la Turquie. Priez pour moi."

C’est la première photo du carnet de route d’Ayham Ahmed. Elle est prise le 9 septembre, plus d’un mois après son départ de Yarmouk. En Syrie, alors qu’il faisait le trajet vers la Turquie en bus, il a dû faire face à deux arrestations. La première a eu lieu à Homs, où des soldats du régime syrien l'ont interpellé en raison de son statut de réfugié palestinien, qui ne l’autorise pas à se déplacer à l’intérieur du pays. Quelques jours plus tard, à Saraqeb, les brigades rebelles de Jund al-Aqsa l'ont à nouveau arrêté. Il a fait l’objet d’une enquête et a été relâché.


Vendredi 11 septembre - L'arrivée en Turquie

"À Antakia"

Ayhman a passé la frontière à pied, à travers la forêt. Il pose fièrement dans une rue d’ Antakia en Turquie. Le même jour, il publie une photo d’Izmir.


"Ma patrie est une valise. Ma patrie, c’est moi. La valise n’a pas de patrie, et moi je ne suis pas moi. La voix de Yarmouk à Izmir."


Dimanche 13 septembre


"Après avoir échappé au siège, à la souffrance, aux ravages [de la guerre] nous voici aujourd’hui à Izmir en Turquie. Nous voulons partir pour la Grèce, puis dans les autres pays d’Europe. Mais en sécurité. Les gens meurent de noyade, de faim, de fatigue."


Sur sa feuille, Ayhman a écrit : "Nous voulons voyager vers l’Europe en sécurité". Ce jour-là, sur sa page Facebook, il en dit plus sur son périple.

Lundi 13 septembre - Avant la traversée vers la Grèce

"Chers Méditerranéens, je suis Ayham et je voudrais voyager sur vos vagues en sécurité. Les gens ici veulent aller en Europe, et ils payent le prix fort pour ça. Ils voyagent sur des canots pneumatiques qui peuvent couler en quelques secondes… "

Ayham pose lundi 14 septembre avec son gilet de sauvetage. Le lendemain, il doit embarquer à bord d’un canot pneumatique à Izmir pour rejoindre la Grèce. Contacté par France 24 le 14 septembre, il explique :

Les réfugiés se bousculent pour prendre ces canots car la Hongrie est en train de construire un mur à sa frontière avec la Serbie pour les empêcher d’atteindre l’espace Schengen. Il n’y pas de temps à perdre. J’embarque demain [mardi 15 septembre] vers cinq heures du matin.


"Les Syriens ne sont pas les seuls à émigrer en Europe. Il y a aussi des Irakiens, des Égyptiens, des Serbes, des Albanais et des Afghans. L' afflux de réfugiés fait flamber les prix. La traversée coûtait 200 dollars, désormais, elle en coûte 1250".

" Beaucoup de personnes préfèrent prendre la route des forêts turco-grecques pour tenter de passer la frontière, parce que c’est plus facile que de prendre la mer agitée. Toutefois, la police turque empêche les gens de se rendre dans la ville d'Adarna, qui est le point le plus proche des frontières turco-grecques.

"La mer est très agitée depuis le mois d’août. Les gens ont commencé à se bagarrer pour se frayer une place dans le canot pneumatique. Ils dorment dans des ruelles et d’autres endroits sales. J’en ai vu beaucoup qui dormaient dans la rue."


Mercredi 16 Septembre - Arrivée sur l'île de Lesbos (Grèce)

"Les principaux points positifs de cette traversée éprouvante : mes amis que je remercie de m’avoir aidé durant le voyage (… ). Notamment Mohamed qui m’a offert cette chemise bleue".


Pour rassurer ses amis, Ayham a posté cette photo au lendemain de son arrivée en Grèce. Il est à Mytilène, sur l’île de Lesbos.


17 septembre, une chanson pour Yarmouk


يمهجرين كلمات الاستاذ الدكتور حسن الباش الكلمات قاسية لي وهي نطبق عل ماساتي هنا اليرموك من اليونان

Posted by Aeham Ahmad on Wednesday, September 16, 2015

À peine arrivé en Grèce, Ayham est déjà rattrapé par la nostalgie de Yarmouk. "Nous sommes les soldats de Yarmouk, jamais nous ne nous en détournerons. Ceux qui sont partis sont des infortunés, sur la mer ils se sont aventurés", chante le jeune homme sur une plage de l’île de Lesbos.

18 septembre, dans une gare en Macédoine


Arrivé en Macédoine, Ayham se rend à une gare ferroviaire avec un groupe de réfugiés qui tentent de se rendre à la frontière serbe en train.

19 septembre, un jardin en Serbie


Ayeham a pris cette photo dans un jardin public quelque part en Serbie, où des réfugiés ont planté une tente pour se reposer.

20 septembre, un long voyage en bus


"Traverser la en Serbie bus, c’est pénible. Le voyage dure huit heures", dit Ayeham.

21 septembre, l’Autriche enfin

Ayeham poste un court message sur sa page Facebook annonçant son arrivé en Autriche, dans l’Union européenne. Il compte poursuivre le voyage jusqu’en Allemagne.


Cet article sera actualisé régulièrement, lorsque nous aurons des nouvelles d’Ayham et de sa famille.