PAKISTAN

Ces Pakistanaises qui prennent le thé chez les hommes

À Karachi, en juillet 2015, deux Pakistanaises boivent le thé au milieu des hommes.
À Karachi, en juillet 2015, deux Pakistanaises boivent le thé au milieu des hommes.

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Au Pakistan, des femmes cassent les frontières entre les sexes en allant boire le thé dans des endroits fréquentés presqu’exclusivement par des hommes. Et en publiant leurs photos sur les réseaux sociaux.

Elles sont jeunes et diplômées, vivent dans la mégalopole chaotique de Karachi, et considèrent que leur place n’est pas à la maison.

Sadia, Natasha, Rabeea et Najia ont l’habitude de se retrouver en terrasse pour boire un thé noir avec du lait et des épices (chaï) dans l’un des nombreux Dhabas de Karachi. Ces mêmes "Dhabas ", sortes d’échoppes situés aux bords des routes, qui sont surtout fréquentées par des hommes mais ne sont pas interdites aux femmes.

Cet été, Sadia a posté une photo de leur rendez vous entre copines sur Twitter, avec un hashtag assez ordinaire #girlsatdhabas (#lesfillesaudhabas).

Le gang de Karachi, le 05/08, Sadia Khatri, l’une des initiatrices, porte un pantalon vert.

La photo, une fois publiée, perd sa dimension anecdotique… et suscite le débat. Une internaute se demande : "Pourquoi les femmes sont-elles vues comme des anomalies dans les Dhabas ?".

Sadia et ses amies prennent alors conscience du potentiel de leur acte, et créent le site "Girls at Dhabas" pour que d’autres filles puissent partager leurs photos. Les témoignages abondent sur les réseaux sociaux comme ceux de ces deux jeunes femmes qui ont tenté l’expérience de prendre un thé dans un Dhaba de Lahore : "Il y avait une fille pour 25 hommes dans cette rue animée, des agents de sécurité nous dirigeaient vers les restaurants ouverts aux familles mais nous nous sommes assises au Dhaba".

"La ligne rouge se trouve dans l’esprit des femmes"

Quelques semaines après son lancement, la page Facebook  des quatre amies de Karachi compte près de 3 000 followers. Des filles leur envoient des selfies pris dans des dhabas en Inde, au Népal, et ailleurs.

darbar square, Kathmandu #nepal #girlsatdhabas #submission

Une photo publiée par @girlsatdhabas le

Certains médias s’emballent et décrivent l’initiative comme un acte de rébellion et de libération pour les femmes.

Dans un autre entretien, Sadia et ses amies tempèrent et précisent que les propriétaires de dhabas ne leur ont jamais fermé la porte. Un journaliste de "The Express Tribune" rapporte leurs propos :  "Elles pensent que la plupart du temps la ligne rouge se trouve dans l’esprit des femmes."

Toujours dans le but d'ouvrir le dialogue et de briser les barrières entre les sexes, les filles de Karachi ont porté une autre initiative ces dernières semaines en organisant deux matches de cricket en pleine rue. Elles ont ensuite posté leurs photos et une vidéo sur les réseaux sociaux.

We're well into our second match now! #HappeningNow #girlsplayingstreetcricket #Karachi

Une vidéo publiée par @girlsatdhabas le