Ils ont créé des coopératives, des entreprises et multiplient les initiatives individuelles dans un seul but : investir dans les énergies renouvelables. En se concertant et en agissant ensemble, les habitants de Samsø ont fait de cette petite île danoise un des lieux les plus avancés du monde dans la transition écologique. Une émulation collective qui s’avère en plus rentable.

La transformation de Samsø a commencé en 1997 : le gouvernement danois lance un concours entre cinq îles qui doivent remettre une feuille de route pour devenir autosuffisantes avec 100 % d’énergies renouvelables en dix ans. C’est la petite île de 3 700 habitants, située au sud-est du Danemark, qui l’emporte et bénéficie de soutiens publics pour mettre en place son programme.

De quoi déclencher une vraie effervescence parmi les habitants, qui au fur et à mesure, se sont regroupés pour cofinancer divers projets : Samsø compte aujourd’hui dix éoliennes en mer, onze moulins à vents sur terre, dont plusieurs sont gérés en coopératives par les habitants. Les panneaux solaires ont fleuri partout sur l’île, les déchets sont recyclés pour créer de l’énergie et d’autres projets sont à l’étude. L’île a rapidement atteint l’autosuffisance propre, et même plus : elle est désormais un territoire à énergie positive et revend 60 % du courant généré par les éoliennes, renvoyé vers le continent. Pour coordonner les discussions et les décisions relatives à ces multiples initiatives, une "Académie de l’énergie" a été créée, dont le président, Søren Hermansen, se félicite de voir les habitants s’être collectivement et pleinement saisis de l’enjeu de la transition écologique.

Éoliennes au large de Samsø. Photo : Jorgen Bundgaard.

Enclos électrique, tournant à l'énergie solaire.

"Chacun peut participer et chacun est responsable de ce que nous développons"

Les habitants de Samsø ont aujourd’hui complètement intégré le fait que c’était à eux d’impulser et de décider des projets renouvelables, et de le faire ensemble. En général, il y a une réunion et nous regardons la politique du Danemark sur le soutien aux énergies renouvelables pour essayer de nous y adapter. Par exemple, en 2025, l’objectif est d’avoir dans le pays 50 % d’énergie d’origine éolienne et le gouvernement a prévu des mesures incitatives dans le domaine.

Réunion d'habitants à l'Académie de l'Énergie. Photo : Jorgen Bundgaard.

Nous avons créé une dizaine de coopératives, pour des projets de chauffage central, des éoliennes, le développement de voitures électriques, etc. Mais il y a aussi des formes d’entreprises plus classiques : des agriculteurs ont ainsi commencé à réaliser leur propre biocarburant, avec leur biomasse [matières organiques d'origine végétale ou animale qui peuvent devenir source d’énergie par combustion] qu’ils vendent aux habitants de l’île. Par ailleurs, l’émulation qui règne à Samsø a facilité les initiatives individuelles : beaucoup ont installé des panneaux solaires sur leur toit et la moitié des habitants se chauffe désormais avec un poêle à bois.

Bien sûr, la rentabilité financière joue un rôle très important dans le fait de choisir d’investir dans un projet, de créer ou non une coopérative. Mais il y a aussi, chez de nombreuses personnes, une satisfaction à tout simplement participer à la marche du monde, à contribuer à préserver l’environnement.

"Nous sommes sur le bon chemin pour utiliser zéro énergie fossile en 2030"

Au début, les habitants étaient divisés sur les bienfaits de prendre en main eux-mêmes leur production d’énergie. Les débats ont été âpres : certains poussaient pour lancer des projets de coopératives, d’autres préféraient continuer à acheter l’énergie auprès d’une entreprise extérieure à Samsø, jugeant cette option plus sûre.

Finalement, je suis sûr que la très large majorité des habitants est aujourd’hui satisfaite des choix que nous avons faits. Que ça soit en coopérative ou sous d’autre forme, tous ressentent des effets positifs. Notre démarche est bénéfique. Non seulement elle est durable mais en plus elle est financièrement rentable : tous ceux qui ont investi, quelle que soit la forme, ont gagné de l’argent. Et le système permet à tout le monde de faire des économies. Ça nous incite à continuer.

Je trouve que les termes de "démocratie verte" ou de "démocratie énergétique" conviennent bien à Samsø : chacun peut participer, et chacun est responsable de ce que nous développons. C’est une bonne chose de ne pas être seulement un client d’une société avec un numéro, mais de prendre en main sa propre production et consommation d’énergie.

Nouveaux chantiers


Au total depuis 1997, 15 000 euros ont été investis dans les projets écologiques de Samsø . Aujourd’hui, 450 habitants ont des parts dans des coopératives, les fermiers et la municipalité détenant le reste. La municipalité a le plus haut taux d’utilisation d’énergies renouvelables du Danemark, et le plus haut taux d’utilisation de voitures électriques, un des nouveaux chantiers :


Nous développons désormais la voiture électrique : il y a quelques véhicules que les habitants louent et se partagent et quatre stations de rechargement ont été installées. Par ailleurs, le ferry qui relie Samsø au continent fonctionnait avant au pétrole. Grâce aux investissements de la municipalité et de certains citoyens, on va le faire tourner au biogaz, qui sera réalisé à partir de nos déchets agricoles et ménagers. Ça sera bénéfique pour tous, puisqu’en plus on diminue notre taux de déchets. Nous sommes sur le bon chemin pour utiliser zéro énergie fossile en 2030, notre prochain objectif.

Voiture électrique en charge, à Samsø. Photo:  Erik Paasch Jensen.

Le Danemark vise les 100 % d’énergies renouvelables en 2050. Il veut également couvrir l’ensemble de la demande en électricité et en chauffage avec des énergies renouvelables d’ici 2035. Il ambitionne également de rayer le charbon de ses sources d’énergie d’ici 2030. L’Union européenne doit, dans son ensemble, atteindre 20 % d’énergies renouvelables en 2020.


Cette initiative a été relevée par notre équipe dans le cadre du projet des "Observateurs du climat" de France 24. Si vous aussi, vous connaissez une initiative permettant de lutter contre le réchauffement climatique près de chez vous, n’hésitez pas à nous contacter à obsduclimat@france24.com !

Article écrit en collaboration avec Corentin Bainier (@cbainier) journaliste à France 24