Israel/Palestine

Des colons israéliens disent non au mur de séparation, cher et pas écolo

Début des travaux pour la construction du mur à Beit Jala. Source Yaron Rosenthal.
Début des travaux pour la construction du mur à Beit Jala. Source Yaron Rosenthal.

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La construction du mur de séparation a repris à Beit Jala, un village palestinien situé au sud de Jérusalem. Des travaux auxquels les Palestiniens de la zone sont opposés, mais aussi certains colons israéliens qui avancent notamment des arguments écologiques. Pour notre Observateur, cette stratégie leur permet surtout d’ancrer leur présence dans les Territoires occupés.

La route du mur (en bleu) a été légèrement modifiée pour ne pas que le couvent et le monastère ne soient séparés par le mur. Source.

Les travaux de construction du mur à Beit Jala, village palestinien à majorité chrétienne, ont commencé lundi 17 août, au grand dam de plus de 70 propriétaires terriens palestiniens qui se battent depuis plus de dix ans pour ne pas être expropriés de leurs terres.

Manifestations contre la construction du mur à Beit Jala.

"Les Israéliens sont venus avec 10 gros bulldozers avec près de 70 soldats et ils ont arraché plus de 45 oliviers… ils veulent relier deux colonies. Ils veulent prendre notre vallée pour construire" dénonçait le maire du village palestinien de Beit Jala interrogé par RFI.

Manifestations contre la construction du mur à Beit Jala.

Messe de la communauté chrétienne de Beit Jala sur les lieux menacés par la construction du mur.

La "barrière de sécurité "selon l’acception israélienne, un mur qui serpente en Cisjordanie et autour de Jérusalem, a commencé à être construite en 2002 au moment de la deuxième Intifada. Déclaré illégal en 2004 par la Cour internationale de justice, le mur a déjà été construit aux 2/3 de sa longueur totale prévue (810 km). Ces travaux à Beit Jala marquent le début d’une nouvelle phase de constructions à laquelle s’opposent publiquement certains colons.

Carte du mur réalisé par l'OCHA, Nations-Unies. Source.

Parmi eux, Yaron Rosenthal, directeur d’un Institut dans la colonie de Kfar Etzion, qui organise des activités parascolaires pour découvrir la région autour de Beit Jala. Dans un post Facebook, il dénonce le coût d’une telle entreprise, soulignant le fait que le ministère de la Défense, qui subit des coupes dans son budget, gaspille selon ses estimations entre 100 et 200 millions de shekels pour construire une "barrière de séparation ". Le directeur met aussi en doute l’efficacité du mur, dont il explique qu’il comportera probablement des trous à travers lesquels les Palestiniens pourront entrer illégalement sur le territoire israélien.

Post Facebook de Yaron Rosenthal. Photos de la région de Beit Jala. Source.

Dans un autre post Facebook, Yaron Rosenthal regrettait par ailleurs que les travaux aient été précipités et que l’administration chargée des fouilles archéologiques et l’Autorité de protection de la nature n’aient pas été consultées comme prévu pour vérifier le tracé exact du mur. Benyamin Tropper, habitant dans une colonie à Jérusalem-Est, travaille lui aussi à l’institut de Kfar Etzion. Joint par téléphone par France 24, il rejoint Yaron Rosenthal sur ses inquiétudes environnementales.

Page facebook de l'Institut dirigé par Yaron Rosenthal à Kfar Etzion. Source.

"La barrière perturbe l’écosystème du milieu souterrain"

 

Le paysage de culture en terrasses y est unique et très ancien [les historiens locaux le font remonter aux Cananéens (IIIe millénaire avant notre ère), NDLR].

Culture des oliviers en terrasses. Région de Beit Jala. Source.

Cette région préservée offre un témoignage unique de notre passé. Et la population palestinienne qui vit sur ces terres a gardé des pratiques pour cultiver la terre qui sont ancestrales. Les parcelles de terre en terrasses sont alimentées par des sources souterraines, un système d’irrigation vieux de 2000 ans, qui nous rappelle notre histoire biblique. À Beit Jala, le paysage est composé de vignes, d’oliviers et d’agrumes. Et il accueille un monastère et un couvent.

Très vieux oliviers dans la région de Beit Jala. Source.

On n’en parle pas assez mais le mur cause de vrais dégâts écologiques. La barrière est enterrée profondément dans le sol, ce qui perturbe l’écosystème du milieu souterrain. Et dans d’autres endroits de cette région, elle a déjà détruit des cultures en terrasse. On sait que les animaux souffrent également, les gazelles en particulier, car elles sont bloquées dans leur course par la barrière.

Début des travaux pour construire le mur à Beit Jala. Source.

Aujourd’hui, nous n’avons plus de problèmes de sécurité. Nous avons de bonnes relations avec nos voisins palestiniens. Le mur n’a donc plus d’intérêt à ce stade. D’autant qu’il existe d’autres systèmes de sécurité pour contrôler la zone qui sont plus efficaces et moins coûteux à tous les plans. Je pense aux caméras et aux radars de l’armée par exemple.

"Ces arguments écologistes servent aussi à l’accaparement des terres"

Aviv Takarsky, activiste israélien et chercheur à Ir Amim, ONG israélienne "pour une paix juste et durable à Jérusalem", se montre sceptique quant à l’engagement de ces colons contre la construction du mur.

Nous ne devons pas oublier que les colons sont un des moteurs de l'occupation israélienne des Territoires palestiniens.

L’institut pour lequel Yaron et Benyamin travaillent à Kfeir Etzion organise des visites parascolaires dans la région, une façon de réaffirmer la présence israélienne dans ces territoires et d’inscrire dans l’esprit des jeunes le sentiment que ces territoires font partie de la nation israélienne.

Randonnées organisées dans la région par l'institut Kfeir Eztion. Source.

Leur opposition à la construction du mur n’est pas unique. Une majorité de colons s’y opposent, car il trace des frontières sur un territoire qu’ils voudraient voir inclus dans la nation israélienne. Eux sont peut-être plus indépendants dans leur façon de penser, mais leur approche ne diffère pas de celle du reste des colons. Ils participent au système d’occupation.

Je suis ces questions de près et j’ai pu constater qu’ils avancent des arguments écologiques pour protéger des sites, mais aussi pour justifier l’accaparement des terres palestiniennes. Comme les Palestiniens, l'Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigé par des colons, s’était opposé en 2014 à la construction du mur au niveau du site de Batir [qui présente le même type de paysage], au nom de la protection de l'environnement et du site. Il a depuis été inscrit au patrimoine de l’Unesco.

Mur construit près du village palestinien de Walaja. Source Engaged Dharma Israel activist group.

Mais c’est aussi cette même autorité - dont Yaron et Benjamin sont très proches du fait de leurs activités professionnelles – qui a soutenu la construction du mur près du village de Walaja, situé juste à côté de Beit Jala et de Batir, pour créer un parc national sur les terres palestiniennes confisquées. Par la suite, ils ont construit une route qui traverse le parc national ! S’ils se souciaient vraiment de l'environnement, ils laisseraient les agriculteurs cultiver leurs terres.

Route traversant le parc national créé sur les terres confisquées au village de Walaja. Engaged Dharma Israel activist group

Le gouvernement israélien voit le mur comme un moyen de contrôler les Territoires occupés. Certains colons veulent contrôler ces territoires sans le mur. Mais leurs motivations ne sont pas si différentes.

Un article écrit en collaboration avec Dorothée Myriam KELLOU, journaliste à France 24.