LIBAN

À Beyrouth, la police frappe des activistes du mouvement "Vous puez"

La police utilise des canons à eau contre un groupe de militants de "Tu pues"
La police utilise des canons à eau contre un groupe de militants de "Tu pues"

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Depuis un mois, des activistes du mouvement baptisé "Tala3t rihatkoum" ("Vous puez") descendent dans la rue pour protester contre la gestion catastrophique des déchets à Beyrouth et au Mont Liban, où de gigantesques tas de poubelles ne cessent de s’agrandir. Mercredi, alors que des activistes tentaient d'entrfer au Parlement dans l’espoir d’être entendus, la police les a violemment repoussés à l’aide de canons à eau. Quatre ont été arrêtés et plusieurs frappés.

Police beating protesters

PLEASE SHARE Police beating protesters. We are going back this Saturday at 6pm at Riad El Solh! https://www.facebook.com/events/1028809990465441/

Posted by ‎طلعت ريحتكم‎ on Wednesday, August 19, 2015
La police utilise des matraques contre les manifestants.Source.

Le 19 juillet dernier, la décharge de Naameh, au sud de la capitale, a été fermée. Ouverte en 1997, elle était censée être temporaire, mais a fini par accueillir tous les déchets de Beyrouth et du Mont Liban. Les riverains, exaspérés par l’amoncellement des ordures qui débordaient de la décharge, ont pris la décision d’agir en en bloquant l’accès. Un mois plus tard, le gouvernement n’a toujours pas trouvé de solution alternative et les déchets s’accumulent désormais partout dans les rues de la capitale. Le mouvement "Vous puez" appelle à trouver une solution définitive, mais ils ne reçoivent pour l’instant aucune réponse, mis à part des coups de matraque.

Activist injured by police brutalty

Activist Bilal Allaw was taken to the emergencies at AUBMC following a severe beating by the police. We are going back this Saturday at 6pm at Riad El Solh! https://www.facebook.com/events/1028809990465441/

Posted by ‎طلعت ريحتكم‎ on Wednesday, August 19, 2015

Le militant Billal Allaw est amené aux urgences après avoir reçu des coups. Source.

"Nous ne pouvions plus nous contenter de promesses"

Joey Ayoub, membre du mouvement "Vous puez", a participé à la dernière manifestation devant le Parlement.

Cela fait près d’un mois que l’on manifeste. Au début, on n’était qu’un petit nombre à descendre dans la rue, mais très vite, le mouvement a pris de l’ampleur et on a été rejoint par des milliers de personnes, elles aussi exaspérées par la mauvaise gestion des déchets à Beyrouth. Les week-ends, on est souvent autour de 5 000 manifestants. La plupart du temps, les manifestations se déroulent devant le Parlement. C’est un moyen d’exiger des parlementaires qu’ils légifèrent pour trouver des solutions. Nous ne nous contenterons pas de promesses, car les autorités ne les ont jusque-là jamais tenues. [L’an dernier, l’entrée de la décharge de Naameh avait déjà été bloquée par les riverains excédés. Le gouvernement leur avait promis qu’une nouvelle décharge serait crée avant le 17 juillet de cette année. Faute de résultat, ils ont recommencé leur blocage, NDLR]

رياض الصلح الان

Posted by ‎طلعت ريحتكم‎ on Wednesday, August 19, 2015

Les militants tentent d'enlever les barbelés qui les séparent du Parlement. Source.

Hier, on était très peu nombreux, une centaine environ. On avait appris la veille, à minuit, que le Parlement allait se réunir sur la question de la gestion des déchets. On s’est présenté le matin devant le Parlement, où la police était massée en très grand nombre. Il y avait bien deux policiers par manifestant. Nous avons essayé de couper les fils barbelés qui entourent le bâtiment pour y pénétrer. Nous n’espérions pas parler avec des parlementaires, ils ne nous auraient pas accordé de leur temps. Nous espérions seulement marquer notre présence à l’intérieur du Parlement pour faire pression.

La réponse de la police ne s’est pas faite attendre. Ils ont tenté de nous disperser en utilisant des canons à eaux. Ils ont même visé la presse qui était présente. La police s’est également montrée physiquement violente à notre égard. Plusieurs, dont une femme, ont reçu des coups de poing et de matraque. Quatre d’entre nous ont été arrêtés. Ils devaient avoir bien étudié notre mouvement, car ceux qu’ils ont arrêtés font partie des membres les plus actifs. Ils ont depuis été libérés mais certains ont subi des coups et des intimidations lors de leur détention.

رياض الصلح الان!!Via Nadine Moussa

Posted by ‎طلعت ريحتكم‎ on Wednesday, August 19, 2015

La police utilise des canons à eau contre les manifestants. Vidéo filmée depuis l'endroit où se trouvait la presse. Source.

"Les quartiers de Beyrouth les plus riches se contentent de ramasser les poubelles et les déverser dans les quartiers pauvres"

Pour l’instant, le gouvernement ne fait rien pour régler ce problème. Depuis que la décharge de Naameh a fermé, les autorités locales ont trouvé des solutions temporaires inacceptables. Les quartiers de Beyrouth les plus riches se contentent par exemple de ramasser les poubelles et de les déverser dans les quartiers pauvres. D’autres déversent leurs déchets là où ils peuvent, dans des parcs, des forêts, au bord de la route, etc…

Jusqu’ici, les déchets étaient gérés par une seule compagnie privée, Sukleen, qui était en situation de monopole et fonctionnait selon une logique de profit. Son contrat a pris fin et les autorités ont lancé un appel d’offre. Ils veulent que la compagnie qui remporte le contrat s’occupe de trouver un nouveau lieu pour établir une décharge. Mais pour l’instant, aucun candidat, même Sukleen – dont la compagnie parente est dirigée par un proche de l’ancien Premier ministre Saad Hariri – ne s’est pour l’heure manifesté. Nous, on demande que la gestion des déchets soit décentralisée et gérée par les municipalités, comme c’était le cas avant et pendant la guerre civile. Nous demandons également que les déchets soient triés à la source. Le gouvernement doit légiférer pour que les familles recyclent. On a conscience que tout ça sera difficile à obtenir, mais nous continuerons à nous battre pour que le slogan "Vous puez" ne puisse plus s’appliquer à Beyrouth.

Un article écrit en collaboration avec Dorothée Myriam KELLOU, journaliste à France 24.