CHINE

Explosions à Tianjin : "On veut y retourner, malgré la présence de produits chimiques"

Vue depuis l'immeuble dans lequel vivait notre Observateur, jusqu'au 12 août dernier. Capture d'écran de la seconde vidéo.
Vue depuis l'immeuble dans lequel vivait notre Observateur, jusqu'au 12 août dernier. Capture d'écran de la seconde vidéo.

Publicité

Quelques jours après les gigantesques explosions dans un complexe industriel à Tianjin, dans le nord-est de la Chine, les autorités ont reconnu la présence de 700 tonnes de cyanure de sodium sur le site. Environ 150 personnes ont néanmoins manifesté lundi dans la ville pour exiger davantage de transparence sur les risques de contamination. Mais tous les habitants ne semblent pas s’alarmer pour autant de la présence de ce produit toxique, selon nos Observateurs.

Mercredi 12 août, plusieurs explosions se sont produites dans la soirée dans un entrepôt situé dans la zone portuaire de cette ville de 15 millions d’habitants environ, où étaient stockés de nombreux produits inflammables. Ressenties à plusieurs kilomètres à la ronde, elles ont dévasté des zones entières du port et causé d'importants dégâts. De nombreux internautes ont posté sur les réseaux sociaux des images montrant une gigantesque boule de feu s’élever dans le ciel, illuminé de toutes parts. Selon le dernier bilan établi lundi 17 août, 114 personnes ont péri, 70 sont portées disparues et plus de 700 ont été hospitalisées.

Notre Observateur Daniel Van Duren a filmé les explosions, avant de quitter son immeuble. Vidéo postée sur Youtube par Daniel Van Duren.

Dès le lendemain de la catastrophe, un article du journal "Les Nouvelles de Pékin" affirmait qu'au moins 700 tonnes de cyanure de sodium étaient entreposées sur le site – soit 30 fois plus que la quantité autorisée – avant d’être indisponible quelques heures plus tard. Cette information a néanmoins été confirmée lundi par le vice-maire de Tianjin. Le cyanure de sodium est un produit chimique très toxique en cas d'inhalation, d'ingestion ou de contact avec la peau.

Selon les autorités, des tests effectués dans les eaux près du lieu des explosions ont révélé des niveaux de cyanure 27,4 fois plus élevés que la normale. Une vaste opération de nettoyage est d’ailleurs en cours, pour limiter la propagation des produits chimiques.

Les autorités assurent toutefois que l’air et l’eau de la ville sont sans danger, ce dont doutent les quelque 150 personnes ayant manifesté lundi àTianjin. Fait rare, les médias chinois dénoncent également le manque de transparence des autorités locales.

"Quand on est sortis de notre immeuble, la rue était couverte de verre"

Daniel Van Duren est un Américain vivant avec sa compagne chinoise à Tianjin, dans un immeuble situé à 1300 mètres du lieu des explosions.

J’étais sur le toit de notre immeuble de 33 étages lorsque les explosions se sont produites. J’en ai entendu trois. C’était impressionnant et effrayant à la fois. Après la première explosion, j’ai vu des pompiers et des policiers se diriger vers le site… Et j’ai compris qu’ils étaient sûrement tous morts après la deuxième explosion. Lorsque la troisième détonation a retenti, notre immeuble a été complètement ébranlé. J’ai pris une bonne centaine de photos, ainsi que des vidéos, avant de partir avec ma compagne.

Quand on est sortis de notre immeuble, la rue était couverte de verre, car presque toutes les fenêtres avaient été soufflées par les déflagrations. Beaucoup de gens étaient descendus dans la rue et saignaient. Certains étaient encore en sous-vêtements. On se demandait même si notre immeuble n’allait pas s’écrouler. L’air était enfumé. Je suis ensuite retourné tout seul dans notre immeuble, pour voir s’il n’y avait pas de blessés que j’aurais pu aider. Mais c’était très calme, et je n’ai trouvé personne. On est ensuite allés se réfugier dans la famille de ma compagne, qui vit à une vingtaine de minutes en voiture de chez nous.

On est revenus sur place le lendemain. Notre immeuble était vraiment très abîmé. Les murs et certaines parties de l’édifice en béton étaient fissurés. Toutes les portes de l’ascenseur et presque toutes les fenêtres avaient été soufflées. La police avait bloqué les rues autour de notre immeuble, en raison de son mauvais état. Mais on pouvait tout de même circuler sans problème. Comme le complexe industriel était encore en feu, les gens avaient très peur qu’il y ait de nouvelles explosions. Beaucoup d’entre eux criaient. On a récupéré des habits et on est rapidement repartis. [Cinq jours après la catastrophe, les pompiers luttaient encore contre les flammes, NDLR.]

L’immeuble où vivait Daniel Van Duren a été fortement endommagé par les explosions. Vidéo postée sur Youtube par Daniel Van Duren.

Le surlendemain, on est allés à Shanghai, car on avait prévu de partir en vacances là-bas depuis un moment. Mais on va rentrer à Tianjin mardi. Je pense qu’on va essayer de trouver un nouvel appartement dans la ville, car on peut difficilement retourner vivre dans un immeuble à moitié détruit…

"Les autorités craignent qu’il ne pleuve, car les produits toxiques pourraient alors se disséminer"

À Tianjin, les gens sont inquiets, mais pas spécialement en raison des produits chimiques. Bien sûr, l’air est peut-être contaminé et les autorités craignent qu’il ne pleuve, car les produits toxiques pourraient alors se disséminer. [Au contact de l’eau, le cyanure de sodium forme des vapeurs inflammables. C’est d’ailleurs l’usage de canons à eau par les pompiers pour éteindre un premier incendie qui aurait pu provoquer de nouvelles déflagrations le 12 août dernier, NDLR.] Mais on pense que la plupart des produits chimiques ont été brûlés lorsque les explosions se sont produites…

"Beaucoup d'habitants ne pensent pas que les produits chimiques sont dangereux car ils sont inodores"

Ying est la compagne chinoise de Daniel Van Duren.

Beaucoup habitants de Tianjin ne pensent pas que les produits chimiques sont très dangereux, car ils ne sentent rien. Et le gouvernement dit qu’il ne faut pas trop s’inquiéter car la majorité des barils contenant du cyanure de sodium ont été évacués du site. Mais certains pensent également que les produits chimiques pourraient s’infiltrer dans le sol ou partir dans les airs…

À la suite des explosions, certains sont restés sur place, car ils ne savaient pas forcément où aller. D’autres ont quitté leur domicile, pour aller chez des amis ou de la famille, par crainte du danger, mais beaucoup pensent revenir rapidement, car ils veulent retourner chez eux. [De nombreuses personnes sont également allées dans les hôtels logeant gratuitement les sinistrés ou dorment dans les tentes installées par la ville, NDLR.]

Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.