Ayuba Gufwan, un Nigérian atteint de la poliomyélite, est l’ange gardien des victimes de Boko Haram dans la région de Jos. Privé de ses deux jambes, il a dédié sa vie à améliorer celle des personnes handicapées, notamment mutilées lors d’attaques du groupe jihadiste.

Ayuba Gufwan a contracté la polio alors qu’il était enfant et a perdu l’usage de ses deux jambes. Impossible pour lui de se déplacer sans aide, encore moins d’aller à l’école. Mais à 19 ans, son oncle lui offre un fauteuil roulant. Sa vie change. Le jeune nigérian parcourt chaque jour les 14 kilomètres qui séparent son domicile de l’école. À force de détermination, il obtient un diplôme de droit et devient une figure emblématique des campagnes de vaccination pour la poliomyélite dans son pays.

Cette expérience, Ayuba Gufwan a décidé de la mettre à profit pour aider les autres personnes handicapées. Il a fondé à Jos le Centre Beautiful Gate. Difficile d’évaluer l’ampleur de la tâche cependant : aucune statistique fiable n’existe sur le nombre de personnes handicapées au Nigeria, notamment depuis que le groupe Boko Haram multiplie les attaques faisant de nombreuses morts et de graves blessés.

"Nous aidons de plus en plus de victimes de Boko Haram"


Au départ, j’ai créé mon association en partant du constat que la plupart des fonds alloués pour combattre la polio étaient utilisés pour combattre la maladie, mais pas pour la réinsertion des malades. Lorsqu’un enfant est paralysé par la poliomyélite, il est simplement abandonné. Avec un fauteuil roulant, il retrouve sa liberté.

Nous avons créé des tricycles qui roulent même sur des terrains accidentés. Tout est fait à partir de matériaux recyclés. Nous avons aujourd’hui 49 employés dont 8 sont des survivants de la polio. En 15 ans, nous avons distribué 11 000 tricycles dans 28 des 36 États du Nigeria. La seule condition pour en avoir un est d’accepter d’aller à l’école ou d’apprendre un métier. Nous voulons que les personnes handicapées soient financièrement indépendantes, même si cela consiste à vendre des objets devant sa maison.


Un homme essaie un nouveau modèle de tricycle (Photo Wheelchairs for Nigeria).


Le centre affirme avoir distribué environ 11 000 tricycles depuis sa création (Photo Wheelchairs for Nigeria).
 
"Vingt-cinq personnes sont venues spécialement de la région de Maiduguri pour 'réparer' leurs jambes"

Notre objectif de base était d’aider les personnes atteintes de la polio. Mais en 2010, et surtout après l’attaque à la bombe à Jos le jour de Noël [qui a fait 86 morts, NDLR], d’autres personnes ont commencé à frapper à notre porte : les victimes de Boko Haram. Nous avons distribué entre 4 000 et 5 000 béquilles. Peu de temps après, courant 2011, nous avons commencé à faire nos propres prothèses, et ce sont des victimes de Boko Haram qui ont été les premières à en bénéficier.

Ces derniers mois, un groupe de 25 victimes du groupe jihadiste est venu de Mubi et Maiduguri pour réparer leurs jambes avec des prothèses [les deux villes sont des régions particulièrement visées par des attaques de Boko Haram, la seconde étant même la ville de naissance de la secte, NDLR].
 


Des employés du centre fabriquent des prothèses pour jambe (Capture d'écran d'une vidéo de "Wheelchairs for Nigeria").

"J’ai immédiatement su que je ne pourrais plus marcher"

Mamaki, 38 ans, est une des personnes qui doit beaucoup au projet de Ayuba Gufwan. Il était mécanicien avant de perdre ses deux jambes dans l’attentat de Jos en 2010. Aujourd’hui, il retrouve sa mobilité, grâce à deux prothèses.

Mamaki vient de se faire poser deux nouvelles prothèses, lui qui a perdu ses jambes en 2010. (Photo Ayuba Gufwan)

Ce jour là, je sortais du travail et j’allais faire un tour au marché pour le repas du soir. D’un coup, une explosion m’a jeté à terre, et les flammes ont ravagé le marché. J’ai vu des gens courir autour de moi. Mais j’ai de suite compris que moi, je ne pourrai pas me lever. Mes jambes n’étaient plus là, du sang coulait autour de moi.

Je suis resté à l’hôpital pendant 11 longues semaines. Lorsque je suis rentré chez moi, ça a été horriblement difficile. Ma femme m’a quitté après l’accident, me laissant seul avec mes deux fils de 8 et 11 ans. J’étais dépendant d’eux pour toutes mes tâches au quotidien.

Tout ça a changé lorsque j’ai reçu un fauteuil roulant de la part d’Ayuba. Je ne peux toujours pas redevenir mécanicien, mais j’ai repris une activité en vendant des céréales devant chez moi. Depuis peu, on vient de me poser deux prothèses, et j’ai bon espoir d’ouvrir prochainement un petit commerce.


Ce billet a été rédigé par Brenna Daldorph (@brennad87), journaliste à France 24.