7 août 2015 : La cour fédérale australienne a décidé de suspendre le projet de la compagnie indienne Adani, qui souhaitait construire une gigantesque mine de charbon dans le bassin de Galilée, ainsi qu’une voie ferrée pour la relier au port d’Abbot Point, dans le Queensland. Le gouvernement fédéral avait pourtant approuvé le projet en 2014, mais la justice a estimé que le ministre de l’environnement n’avait pas bien pris en compte les conseils reçus au sujet de deux espèces en danger (un serpent et un lézard), pouvant être affectées par les travaux. Cette décision ne signifie pas pour autant l’annulation du projet, d’autant plus que la compagnie indienne a déjà indiqué qu’elle n’abandonnerait pas la partie.


Dans le Queensland, dans le nord-est de l’Australie, des activistes s’opposent au développement de mines de charbon et à l’expansion du port d’Abbot Point, visant à augmenter les exportations de ce combustible fossile. Ils jugent ces projets nocifs pour l’environnement, notamment pour la Grande Barrière de corail, classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Ils demandent aux banques de ne pas les financer, pour tenter de les stopper.

Ces projets sont portés en grande partie par le géant minier indien Adani. En 2011, la compagnie a racheté le port d’Abbot Point – spécialisé dans l’exportation du charbon – pour deux milliards de dollars. Elle souhaite actuellement l’agrandir, afin d’en booster les exportations. Les travaux prévoient, entre autres, le creusement d’un chenal à travers la Grande Barrière de corail, impliquant le dragage de tonnes de sédiments. Abbot Point pourrait devenir le plus grand port au monde pour l’exportation de charbon d’ici quelques années.

Le port d'Abbot Point, vu du ciel. Image de Google Map.

Adani est également impliquée dans le développement de projets miniers pharaoniques dans le bassin de Galilée, une zone de 247 000 km2 où se trouvent d’immenses réserves de charbon, de pétrole et de gaz de schiste. La compagnie souhaite notamment construire une voie ferrée de 300 kilomètres pour transporter les matières premières vers le port d’Abbot Point.

Rassemblements, conférences, procès, pétitions… Afin d’exprimer leur opposition au développement du port et à l’exploitation du bassin de Galilée, les "défenseurs de la barrière" ont multiplié les actions ces derniers mois. Parmi ces activistes, se trouvent les Wangan et les Jagalingou, des descendants des premiers habitants d'Australie, ou encore des membres d’organisations de défense de l’environnement.


Rassemblement à proximité du port d'Abbot Point, le 21 juin 2015. Photo postée sur la page Facebook de 350.org Australia.

"Ces projets sont catastrophiques pour l’environnement"

Mitch Hart est un syndicaliste de 29 ans qui habite à Brisbane. Le 16 juillet dernier, il a participé à un rassemblement dans cette ville devant les bureaux d’Adani, aux côtés de descendants des premiers habitants d'Australie notamment.

Lors de ce rassemblement, notre message était le suivant : il faut stopper le financement de l’extension du port d’Abbot Point et le développement du bassin du Galilée, car ces projets sont catastrophiques pour l’environnement. Si on commence à exploiter les mines du Galilée, nos émissions de dioxyde de carbone vont fortement augmenter. [Si le projet aboutit, le bassin émettra alors 705 millions de tonnes de CO2 par an, soit presque autant que l’Allemagne, le sixième émetteur mondial de dioxyde de carbone, NDLR.] Ça sera désastreux du point de vue de la lutte contre le changement climatique.

L’extension du port d’Abbot Point constitue également une menace pour la Grande Barrière de corail, qui abrite de nombreuses espèces animales. De plus, des dizaines de milliers d’emplois – dans le tourisme ou encore la pêche – y sont liés. La Grande Barrière génère beaucoup plus d’emplois que ceux qui pourraient être créés par Adani, qui surestime clairement les retombées économiques de ses projets au niveau local. [La compagnie a indiqué que ses projets pourraient créer 10 000 emplois, tandis qu'un expert jucidiaire estime qu’ils pourraient en générer 1 400 environ, NDLR.]


"La foule, menée par des membres des ethnies aborigènes du Bassin de Galilée."


Depuis trente ans, la Grande Barrière de corail a déjà diminué de moitié

Chaque année, la Grande Barrière de corail attire deux millions de touristes – un secteur représentant plus de 60 000 emplois – et rapporte plus de quatre milliards d’euros à l’Australie.

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, elle a déjà diminué de moitié depuis 30 ans, principalement en raison de l’acidification de l’eau, liée au changement climatique, mais également en raison de la pollution générée par les ports industriels qui exportent les matières premières dont regorge le sol australien, principalement vers l’Asie.

Afin d'éviter que la Grande Barrière ne se retrouve sur la liste du "patrimoine en péril" de l’Unesco, les autorités ont récemment promis d’investir 1,8 million d’euros pour la préserver. Elles ont également interdit le déversement des déchets de dragage dans les eaux du récif corallien, l’un des aspects les plus controversés du projet d'extension du port d'Abbot Point.

En dépit de ces récentes prises de position, les autorités australiennes continuent néanmoins à soutenir les projets portuaires et miniers dans le pays. L'État du Queensland a ainsi annoncé le déblocage d’aides financières directes destinées au bassin du Galilée.

"CommBank, ne financez pas la destruction de la Barrière", "Sauvez le climat", "Pays = Barrière" : rassemblement au port d'Abbot Point, le 21 juin 2015. Photo postée sur la page Facebook de 350.org Australia.

"Pour les banques, financer les projets d’Adani est un mauvais investissement"

Outre l’impact environnemental des projets d’extraction et d’exportation du charbon dans le Queensland, Mitch Hart et les activistes doutent de leur rentabilité financière.

On appelle les banques internationales à ne pas financer l’extension du port d’Abbot Point et les activités minières du bassin du Galilée, car ces projets n’ont aucun sens d’un point de vue financier. Il est en effet risqué de financer des projets reposant sur l’exploitation des énergies fossiles, car elles sont polluantes et sans avenir. D’ailleurs, de plus en plus de banques refusent de mettre la main à la poche. Mieux vaut qu’elles placent leur argent dans le secteur des énergies renouvelables par exemple, dont le potentiel est immense en Australie.

Dans le cadre de la campagne des "défenseurs de la barrière", l’idée est aussi que chacun fasse pression sur sa propre banque. Moi-même, j’ai déjà retiré mon argent d’une banque qui finançait des projets liés aux énergies fossiles par exemple.


"Donner des fonds pour le climat ou pour détruire la barrière ?", interroge cette banderole, déployée sur la façade de la Commonwealth Bank à Melbourne. Photo postée sur la page Facebook de 350.org Australia.

Depuis cinq ans, le cours du charbon ne cesse de décliner, ce qui inquiète les investisseurs potentiels. En avril dernier, trois banques françaises – la Société Générale, BNB Paribas et le Crédit Agricole – ont fait savoir qu’elles ne soutiendraient aucun projet à Abbot Point ou dans le bassin de Galilée. Au total,11 banques internationales boudent les projets d’Abbot Point, confortant les activistes australiens dans leur lutte.


Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.