La mère d’une lycéenne en Arabie saoudite est subitement décédée alors qu’elle protestait auprès des employés d’une université suite au refus de la candidature de sa fille à des études de médecine. Filmé par des badauds, l’incident a ému le royaume et relancé le débat sur les failles du système éducatif saoudien.

L’université de Tabouk (au nord-ouest de l’Arabie saoudite) n’a pas retenu la candidature de la lycéenne Nour Alamrani alors qu’elle a obtenu une moyenne de 99,85 % pendant ses études au lycée. Pourtant, une note supérieure à 85 % est censé garantir l’accès à des études de médecine.

Vendredi, la famille de la lycéenne s’est rendue au bureau des inscriptions de l’université de Tabouk pour protester. Une vidéo postée sur les réseaux sociaux montre la mère de la lycéenne se disputer avec un employé de l’université qui refuse de la laisser rencontrer un responsable.


Sur une autre vidéo, elle est effondrée par terre et ses proches tentent de lui porter secours. Elle est décédée pendant son transfert à l’hôpital.



Partagées de nombreuses fois sur les réseaux sociaux, les images de l’incident ont suscité une vive émotion, beaucoup d’internautes accusant les universités de clientélisme et de manque de transparence.

Le ministre de l’Enseignement supérieur a rapidement réagi et annoncé lundi l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les causes du refus de la candidature de la jeune fille.

En Arabie saoudite, les candidatures aux universités sont devenues totalement informatisées depuis quelques années. Les candidats aux études universitaires sont invités à se rendre sur Internet pour remplir une fiche de vœux comprenant 12 spécialités, et ce par ordre de préférence.

Sur le cas de Nour Alamrani, l’étudiante et les responsables de l’université donnent deux versions contradictoires.

Le porte-parole de l’Université a indiqué que la jeune fille a placé les études de médecine en 10e position sur sa fiche de vœux et que, par conséquent, elle a été admise pour des études d’informatique, qui constituaient selon lui son premier choix. Mais la jeune fille, elle, affirme avoir choisi la médecine en premier lieu et accuse l’université d’avoir  "manipulé" sa fiche de vœux. Néanmoins, l’étudiante ne peut pas prouver ses dires car le système informatisé des candidatures ne permet pas aux élèves de conserver une copie qu’ils pourraient produire en cas de recours.

La famille de la candidate ne cessait en tout cas de se plaindre cette "anomalie" ces derniers jours. Elle a déposé un recours auprès du doyen de l’université et même demandé une enquête au ministère de l’Enseignement.

La Commission mise sur pied par le ministère n’a pas terminé son enquête, mais a d’ores et déjà annoncé l’admission de la jeune fille à la faculté de médecine.

La nouvelle a néanmoins suscité des réactions mitigées sur les réseaux sociaux…

"Ce n’est pas suffisant. Il faut que l’enquête dévoile les raisons pour lesquelles elle n’a pas été admise au début, et si les étudiants qui ont été admis ont obtenu une moyenne supérieure [à la sienne]."

"Ce n’est pas une solution. Les étudiants qui ont obtenu la même moyenne [que la jeune fille] et qui n’ont pas été admis restent nombreux. Cette défaillance n’est donc pas réglée."

"Les candidats qui ont une moyenne élevée, que faut-il qu’ils fassent maintenant ? Faut-il que l’un de leurs proches meure pour qu’on les accepte ?"

Un professeur de l’université de Tabouk s’est même joint à ce concert de protestation. Il a demandé aux responsables d’afficher dans l’établissement – pour la première fois – la liste des admis aux études de médecine et les notes qu’ils ont obtenus.

"Cet incident pose le problème de la transparence dans l’université saoudienne"

Sadeq A. est conseiller d’orientation dans la province de Qatif, dans l’est du pays.

L’enquête n’a pas encore rendu ses conclusions et nous ne savons donc toujours pas si l’université est fautive ou si l’étudiante s’est trompée en remplissant la fiche des choix. Toutefois, le règlement prévoit des procédures de recours même pour les étudiants qui se trompent dans les fiches de vœux.

Cet incident pose en tout cas clairement le problème de la transparence dans l’université saoudienne. J’ai eu des témoignages de beaucoup de candidats qui n’ont pas été reçus dans les études de médecine et d’architecture alors qu’ils ont obtenu des notes excellentes. D’autres étudiants ont pu pourtant y accéder avec des moyennes moins élevées.

Le phénomène du piston est très répandu dans l’administration en Arabie saoudite. Ici, on l’appelle la "wasta". Il arrive que des étudiants réussissent à s’inscrire dans certaines spécialités même s’ils n’ont pas le niveau en faisant intervenir un proche qui connait un professeur ou un responsable à l’université. Leur admission se fait naturellement au détriment d’autres étudiants qui ont la moyenne, car les places sont limitées.

C’est justement pour limiter le phénomène de la "wasta "que les autorités ont annoncé l’introduction de la fiche de vœux électronique au milieu des années 2000. Malheureusement, si la mesure a limité le phénomène de la corruption, elle n’a pas permis de l’éradiquer.