EUROPE - TURQUIE

Sur un vélo solaire, pour voyager de la France à la Turquie

François Mendez sur son vélo solaire. Image postée sur sa page Facebook.
François Mendez sur son vélo solaire. Image postée sur sa page Facebook.

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Deux mois après avoir quitté son village, François Mendez est – presque – de retour à la maison. Ce Français achève actuellement un voyage de 8 000 km à travers l’Europe et la Turquie, réalisé en vélo solaire. Un périple effectué dans le cadre du "Sun Trip", une course visant à promouvoir une nouvelle forme d’éco-mobilité.

Le Sun Trip rassemble une trentaine de participants équipés de vélos électro-solaires. Ces derniers doivent réaliser une boucle de 7 000 km au minimum, à travers l’Europe et la Turquie. L’itinéraire est libre, bien qu’il comprenne quelques points de passage obligés.

Le principe du vélo électro-solaire est simple. Il possède un moteur électrique – situé dans la roue ou le pédalier – alimenté par des batteries, reliées à des panneaux solaires. Les batteries sont donc rechargées grâce à l'énergie solaire, qu'elles stockent avant de la redistribuer.

Laghi del sole, en Italie. Vidéo postée sur la page Facebook "François Mendez : Suntriper 2015 Fr / Es".

"Un vélo solaire permet d’avancer plus vite qu’avec un vélo classique"

François Mendez est un paysagiste de 47 ans, vivant à Gattières, une commune des Alpes-Maritimes, dans le sud de la France. C’est la première fois qu’il participe au Sun Trip. Il devrait être rentré chez lui le 27 ou le 28 juillet au plus tard.

J’ai entendu parler du Sun Trip pour la première fois en 2013, lors de la première édition, et j’ai tout de suite trouvé ça génial. Pour moi, le fait de se déplacer grâce à l’énergie solaire était assez magique, donc j’ai voulu participer à la deuxième édition en 2015.

Escale en Grèce, au mois de juin. Photo publiée sur le blog de François Mendez .

Je suis allé voir un spécialiste du vélo électrique qui avait participé au Sun Trip 2013, Guillaume Devot, et on a monté mon vélo en un jour et demi ! On a récupéré le système solaire du vélo d’une personne qui n’avait pas pu prendre part à l’édition 2013, et on l’a installé sur un vélo Catrike Expedition, que j’avais acheté à Montpellier. C’est un vélo couché sans suspension, avec deux roues à l’avant et une roue à l’arrière. L’avantage d’un vélo couché, c’est qu’on peut l’utiliser 10 à 14 heures par jour, sans aucune douleur. On a aussi rajouté une remorque, pour transporter toutes mes affaires. On a placé les panneaux solaires sur la remorque et sur le "toit" du vélo. En tout, ils pèsent 5,5 kg, font deux mètres carrés environ et peuvent générer 300 watts.

"Je peux atteindre une vitesse maximale de 55 km/h"

Je suis parti le 25 mai dernier de Gattières. J’ai d’abord rejoint d’autres participants à Chambéry, le 30 mai. On a pu régler ensemble les derniers détails techniques, puis on s’est rendu à Milan, en Italie, où le départ officiel de la course a été donné le 6 juin. On avait une boucle à réaliser, dans le sens qu’on voulait.

Le parcours du Sun Trip 2015.

Je suis d’abord allé à Bari, une ville au sud de l’Italie, avant de prendre le ferry pour rejoindre l’Albanie. Puis j’ai traversé la Macédoine, la Grèce et je suis arrivé en Turquie. Là-bas, je suis allé à Antalya, qui était un point de passage obligatoire, puis dans la région de Cappadoce. J’ai ensuite fait le tour du Mont Erciyes, avant de faire le chemin du retour : Bulgarie, Serbie, Croatie, Slovénie, Italie… Là, je suis à 200 km de Milan. [L’interview a été réalisée le 23 juillet, NDLR.]

Escale à Thessalonique, en Grèce. Photo publiée sur le blog de François Mendez.

Depuis le début de mon voyage, je parcours 180 km par jour en moyenne. Je peux atteindre une vitesse maximale de 55 km/h sur du plat, mais j’avance à 20 km/h en moyenne.

"On peut décider de la puissance électrique qu’on envoie dans le moteur"

Les panneaux solaires rechargent des batteries, qui alimentent ensuite le moteur. Le mieux est d’avoir toujours des batteries rechargées, pour les jours où il ne fait pas beau par exemple. Quand elles sont bien rechargées, on peut décider de la puissance électrique qu’on envoie dans le moteur. Pour le même effort, on peut donc aller plus ou moins vite.

Si les batteries sont déchargées, on peut quand même pédaler, car ça reste un vélo. Mais on va alors moins vite, en particulier dans les montées ! Ça m’est arrivé une fois pendant le voyage : je me suis alors arrêté et je suis reparti le lendemain.

Il est possible d’avancer sans pédaler, mais les batteries se vident alors au bout de 2 km. Donc il faut toujours pédaler pour continuer à avancer. Mais c’est vraiment à la portée de tout le monde ! Moi-même, je ne suis pas du tout un cycliste à la base, même si j’avais déjà réalisé quelques voyages en vélo auparavant, notamment en Espagne et au Portugal.

Région de Cappadocce, en Turquie, début juillet. Photo publiée sur le blog de François Mendez.

"L’énergie solaire est devenu quelque chose de concret pour moi"

Avant ce voyage, l’énergie solaire était assez "théorique" pour moi. Là, c’est devenu concret, car c’est quelque chose que j’ai pu utiliser, sentir et toucher. Pour moi, l’énergie solaire est vraiment une énergie d’avenir, car elle est renouvelable et il y a de vrais progrès technologiques réalisés dans ce domaine. D’ici quelques années, on pourra apparemment générer une puissance de 5000 watts avec la même surface de panneaux solaires que celle de mon vélo.

Tous les participants au Sun Trip sont sensibles à l’utilisation de l’énergie solaire. Mais ce sont avant tout des techniciens et des aventuriers, et non pas des "baba cools écolos" comme ce qu’on pourrait penser.

Région de Cappadocce, en Turquie, début juillet. Photo publiée sur le blog de François Mendez.

Le vainqueur du Sun Trip 2015, le Français Bernard Cauquil, est arrivé à Milan début juillet, 25 jours après son départ. Il a parcouru 280 km par jour en moyenne.

Les premiers vélos électro-solaires ont été créés peu avant 2010. Mais il s'agit toujours d'une niche, selon Florent Bailly, qui a créé le Sun Trip. "On voit des vélos solaires un peu partout sur la planète, mais ils sont le résultat du travail de passionnés, même si on peut désormais s'en faire construire un", indique-t-il à France 24.

"Dans un premier temps, le manque de fiabilité des batteries et le poids de ces vélos ont pu constituer un frein à leur développement. Mais désormais les batteries sont fiables, le poids diminue et le rendement des panneaux solaire augmente", poursuit-il. Le prix reste le principal frein. "Il faut compter au moins 5000 euros pour fabriquer un vélo solaire actuellement, étant donné que ce processus n'est pas encore industriel", conclut-il.

Cette initiative a été relevée par notre équipe dans le cadre du projet des "Observateurs du climat" de France 24. Si vous aussi, vous connaissez une initiative près de chez vous permettant de lutter contre le réchauffement climatique ou pour la préservation de l’environnement, n’hésitez pas à nous contacter à obsduclimat@france24.com !

Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.