GRECE

La fin du petit commerce familial, une autre facette de la crise grecque

Grillages baissés, portes closes, vitrines vides et poussiéreuses : la crise en Grèce se manifeste aussi par la fermeture de milliers de magasins, notamment des petits commerces familiaux, très nombreux dans le pays. Faute de revenus ou incapables de payer des impôts en hausse constante, ces familles sont contraintes de baisser le rideau. Un phénomène qui a frappé le photographe Georgios Makkas et qu’il a choisi de documenter.

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Grillages baissés, portes closes, vitrines vides et poussiéreuses : la crise en Grèce se manifeste aussi par la fermeture de milliers de magasins, notamment des petits commerces familiaux, très nombreux dans le pays. Faute de revenus ou incapables de payer des impôts en hausse constante, ces familles sont contraintes de baisser le rideau. Un phénomène qui a frappé le photographe Georgios Makkas et qu’il a choisi de documenter.

Depuis 2009, la Grèce subit de plein fouet une crise économique sans précédent. Quelques indicateurs suffisent à comprendre l’ampleur du phénomène : son PIB a chuté de 25 %, la dette du pays représente près de 180 % du PIB, 25 % des Grecs sont au chômage, dont plus de la moitié des jeunes. Fin juin, la Grèce a pour la première fois fait défaut sur le remboursement de sa dette, avant de finalement trouver un accord avec ses créanciers (Union européenne, FMI et Banque centrale européenne) après qu’un premier accord a été rejeté par référendum.

Conséquence de la crise, "la consommation a baissé de 70 %", assure Vassilis Korkidis, président de la Confédération nationale du commerce hellène. Cet ensemble de facteurs a provoqué la fermeture de plus en plus de commerces familiaux, de petits magasins très répandus en Grèce qui vendaient de tout et s’étaient transmis de génération en génération. Le photographe Georgios Makkas a choisi de prendre systématiquement en photo toutes les devantures closes qu’il voyait, à Athènes, Thessalonique, Ioannina, dans le nord du pays particulièrement touché par la crise… et d’en faire le thème de son dernier projet, "L’archéologie d’aujourd’hui" ("The Archeology of now"). Publiées sur son site et son compte Instagram, ces photos sont un autre témoignage de la violence de la crise grecque.

Devantures de commerces familiaux, en Grèce, victimes de la crise. Photos : Georgios Makkas.

"Ces magasins deviennent le symbole d’une époque passée, car ils ne rouvriront pas"

En septembre dernier, j’ai dû me résoudre à quitter la Grèce pour m’installer à Londres, car la crise ne me permettait plus de vivre de mon travail de photographe. J’ai alors décidé de me lancer dans cette série de photos comme une mémoire de mon pays au moment où je le quittais.

En Grèce, il y a avait énormément de petits commerces familiaux : des épiceries, des magasins de vêtements, d’équipements, d’autres qui vendaient un peu de tout. Ils se sont beaucoup développés après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de Grecs ont acheté un petit commerce souvent au pied de leur immeuble pour s’assurer un moyen de survie. Posséder son commerce, c’était un peu l’aboutissement d’un "rêve grec ". Ces magasins se sont transmis sur trois générations, mais depuis cinq ans, ils ferment les uns après les autres. Si vous marchez dans les rues d’Athènes ou Thessalonique, tous les quatre ou cinq commerces, vous trouverez porte close.

J’ai choisi d’appeler cette série "L’archéologie d’aujourd’hui" car la Grèce est connue pour ses très nombreuses ruines, témoins d’une époque révolue. Pour moi, ces magasins deviennent eux aussi un symbole du passé, car ils ne rouvriront pas. Au mieux ils seront remplacés par des enseignes internationales ou des restaurants bon marché.

"Avoir un employé est aujourd’hui ruineux"

Je n’ai pas pu rencontrer les propriétaires de ces commerces puisqu’ils sont fermés. Mais on sait dans quelles conditions ils travaillaient depuis le début de la crise : les impôts ont explosé, la contribution demandée à chaque Grec aux plans d’aides sociales est toujours plus importante. Avoir un employé est aujourd’hui ruineux, il faut payer 70 % de charges en plus de son salaire.

C’est difficile pour ces gens de se reconvertir, le taux de chômage est tellement élevé dans le pays qu’il y a peu d’options. Un des rares secteurs où l’on peut encore trouver du travail reste le tourisme. Si vous êtes prêts à partir sur une île, à travailler beaucoup tout l’été, il y a une chance encore de trouver de quoi gagner un peu sa vie.

Pour ma part, j’estime que l’accord signé en juillet entre la Grèce et ses créanciers ne résout rien. On continue dans l’austérité, donc l’histoire se répètera, la Grèce finira à nouveau par être en défaut de paiement. Quant à sortir de l’euro, cela nous affaiblirait plus encore. Je ne comprends pas pourquoi on n’annule pas - au moins en partie - la dette du pays.

Article écrit en collaboration avec Corentin Bainier (@cbainier) journaliste à France 24.