Ces militants britanniques se réjouissent d’avoir réussi à faire fermer l’entreprise Instro Precision, une filiale de la société israélienne Elbit Systems, à Broadstairs, le 6 juillet 2015. Toutes les photos ont été postées sur Twitter par @blockthefactory.

Il y a tout juste un an, Israël lançait une offensive militaire meurtrière dans la bande de Gaza. Le 6 juillet, des activistes britanniques ont décidé de rappeler à leur manière les horreurs commises pendant cette guerre. Ils sont parvenus à fermer provisoirement trois usines au Royaume-Uni appartenant à l’entreprise israélienne Elbit Systems.

Le 8 juillet 2014, le gouvernement de Benjamin Netanyahou déclenchait l'opération "Bordure Protectrice" dans la bande de Gaza pour riposter aux tirs de roquette du Hamas sur Israël. Opérations au sol, bombardements… En moins de deux mois, le conflit avait fait plus de 2 000 morts – pour la plupart des civils palestiniens –, dont quelque 500 enfants.

Elbit Systems, une grande société israélienne spécialisée dans la défense et en particulier dans l’électronique, possède de nombreuses filiales au Royaume-Uni. Depuis 2005, l’armée britannique utilise d’ailleurs un système fabriqué par cette entreprise dans le cadre de son programme de drones Watchkeeper.

Pour les activistes, certains composants fabriqués dans ces filiales seraient envoyés en Israël. Ils pensent qu’ils sont utilisés dans des armes sophistiquées, celles-là même utilisées lors de l’opération militaire à Gaza.

Afin de dénoncer ce qu’ils appellent la "complicité du Royaume-Uni" dans les crimes de guerre israéliens, une coalition d’activistes pro-palestiniens et luttant contre le commerce des armes a décidé de cibler les filiales d’Elbit Systems. Le 6 juillet, ils ont réussi à faire fermer trois usines au Royaume-Uni, ainsi qu’une autre à Melbourne, en Australie.

Des activistes, rassemblés à l’extérieur de l’usine Instro Precision, une filiale d’Elbit Systems. Certains d’entre eux se trouvent sur le toit de l’édifice, à l’arrière-plan.

"La filiale Instro Precision est spécialisée dans la fabrication d'équipements pour viser. Concrètement, à Gaza, ce sont les êtres humains qui sont visés…"

Emma milite au sein de l’organisation "Campagne contre le commerce des armes" (CAAT), dans le Kent, dans le sud-est du Royaume-Uni. France 24 l’a contactée alors qu’elle se trouvait sur le toit d’Instro Precision, une filiale d’Elbit Systems, à Broadstairs, avec trois autres activistes, le 6 juillet.

On s’est rendus à l’usine dès l’aube. À partir du toit, on pouvait voir les autres activistes et les rubans blancs qu’on avait accrochés à différents endroits. On avait écrit le nom et l’âge d’une victime de l’opération "Bordure Protectrice" sur chacun de ces rubans.

Les militants ont écrit le nom et l’âge des victimes palestiniennes mortes lors de l’opération militaire menée par Israël durant l’été 2014.

C’était très émouvant de faire ça. Par exemple, j’ai écrit les noms des membres d’une famille entière, du bébé de quatre mois aux grands-parents. Ils ont dû mourir lorsque l’immeuble dans lequel ils vivaient a été détruit dans les bombardements. [En 2014, les raids aériens israéliens ont détruit plusieurs immeubles résidentiels, NDLR]

Des activistes sur le toit de l’usine Instro Precision accrochent des rubans avec le nom des victimes palestiniennes.

"On croit en l'action directe"

On a décidé de s’impliquer dans la "Campagne contre le commerce des armes" peu de temps après l’attaque contre Gaza l’été dernier. Plutôt que de se rendre à Londres pour protester contre l’opération, on a décidé de changer de mode d’action et d’agir directement dans notre région, le Kent.

On a fait des recherches et on a découvert qu’il y avait quatre ou cinq filiales d’Elbit Systems dans la zone, ce qui m’a vraiment étonnée. C’est le cas d’Instro Precision, une usine spécialisée dans la fabrication "d’équipements pour viser". Concrètement, à Gaza, ce sont les êtres humains qui sont visés…

En février, on a occupé cette usine une première fois, avant de la prendre pour cible de nouveau le 6 juillet. Monter sur son toit, c’est une manière d’attirer l’attention des médias et d’affecter directement la compagnie, en la forçant à fermer, ce qui lui fait perdre de l’argent.

En février, la police ne nous avait posé aucune question, c’était étonnant. À la fin de la journée, ils nous avaient simplement laissés repartir. C’était pareil le 6 juillet. Aucun activiste n’a été arrêté, même celui qui s’était enchaîné à la porte d’entrée. Honnêtement, si l’usine avait voulu ouvrir, ils auraient pu briser ses chaînes. Mais ils ont préféré dire aux travailleurs de ne pas venir. À mon avis, ils ne voulaient pas que leurs employés voient tous nos slogans sur Gaza.

[Contactée par France 24, la police locale a déclaré que son "rôle était de faciliter cette manifestation pacifique, tout en protégeant l’usine". Elle a également laissé entendre que c’était Instro Precision qui avait décidé seule de fermer durant cette journée, NDLR]

D’ailleurs, Elbit Systems et Instro Precision ne comptent pas nous attaquer en justice. J’imagine qu’ils ne veulent pas donner davantage de couverture médiatique à notre campagne."

Le 6 juillet, les activistes ont quitté Instro Precision, à Broadstairs, vers 17 h 55 selon la police. L’usine a rouvert ses portes le lendemain. En revanche, 19 personnes ont été arrêtées à l’usine de Shenstone, près de Birmingham, selon la BBC.

Contactées par France 24, Instro Precision et Elbit Systems ont refusé de s’exprimer.



Cet article a été écrit en collaboration avec Brenna Daldorph, journaliste à France 24 (@brennad87).