MACÉDOINE

Macédoine-Serbie, harassante étape des migrants en route vers l’UE

Plus de 50 000 migrants ont transité par la Macédoine depuis début 2015 et s’entassent à la frontière avec la Serbie, d’où ils espèrent rejoindre l’Union européenne par la Hongrie. En l’absence de prise en charge par des autorités dépassées, des bénévoles macédoniens se mobilisent pour apporter un minimum de soins et de sécurité à ces migrants en détresse. Lire la suite…

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Des migrants attendent de recevoir leur laissez-passer, dans les rues de Presevo, première ville serbe après la frontière macédonienne. Photo prise par notre Observatrice.

Plus de 50 000 migrants ont transité par la Macédoine depuis début 2015 et s’entassent à la frontière avec la Serbie, d’où ils espèrent rejoindre l’Union européenne par la Hongrie. En l’absence de prise en charge par des autorités dépassées par l’afflux, des bénévoles macédoniens se mobilisent pour apporter un minimum de soins et de sécurité à ces migrants en détresse.

Ils fuient les conflits en Syrie, en Irak, en Afghanistan, la pauvreté ou la violence de certains pays d’Afrique. Leur but : entrer dans un pays de l’Union européenne, pour ensuite bénéficier de la libre circulation des personnes et tenter de s’établir en Allemagne, en France ou à terme en Angleterre, pays non-membre de l’espace Schengen. Beaucoup de ces migrants, notamment ceux venus du Moyen-Orient, arrivent en bateau par la Grèce, d’où ils sont de plus en plus nombreux à opter pour le chemin Macédoine-Serbie-Hongrie.

Pour organiser ces nombreux passages sur son territoire, la Macédoine a voté le 18 juin une loi les autorisant à passer 72 heures dans le pays et à utiliser les transports en commun. Jusque-là, ils se déplaçaient à pied ou à vélo, raconte notre Observatrice. Désormais, ils peuvent rejoindre plus facilement Kumanovo, dernière ville macédonienne avant la frontière serbe, qu’ils traversent illégalement pour atteindre ensuite Presevo, première ville de Serbie.

"Ces gens ont marché pendant des mois, dormi sur le bord des routes, en s’occupant de leurs enfants et en angoissant pour leur avenir"

Aleksandra est designer et vit à Kumanovo, ville macédonienne à la frontière serbe. En tant que bénévole dans une association, Legis, elle aide les migrants depuis plusieurs mois.

Depuis plusieurs années des migrants passent par la Macédoine sans que l’on en parle, mais l’intensification du flux depuis quelques temps a contribué à médiatiser leur situation. Ça m’a donné envie de me mobiliser.

On a obtenu d’utiliser la mosquée de Kumanovo, qui est devenue un vrai centre de réfugiés. Jusqu’à ce qu’entre en vigueur la loi limitant le temps de séjour des migrants en Macédoine à 72 heures, nous en accueillions près de 600 par jour. Ces gens ont marché pendant des mois, dormi sur le bord des routes et s’occupaient de leurs enfants tout en angoissant pour leur avenir. Ils sont épuisés et marqués physiquement. L’exode est encore plus dur pour les femmes enceintes ou les personnes âgées. Nous leur donnons à manger et à boire et leur prodiguons les soins que nous pouvons. Beaucoup ont des ampoules qui se sont aggravées et sont devenues de vraies blessures, parfois très impressionnantes... Nous emmenons ceux qui en ont le plus besoin à l’hôpital, les médecins macédoniens rechignent d’abord puis finissent toujours par accepter les soigner.

Des migrants accueillis dans la mosquée de Kumanovo. Photos de notre Observatrice.

Des volontaires de l'association Legis soignent des migrants, qui souffrent notamment d'ampoules. Photo : Legis

"Il n’est pas rare que des migrants soient agressés et rackettés"

Avec la nouvelle loi, nous n’accueillons plus que quelques dizaines de réfugiés. Puisqu’ils ne peuvent plus séjourner plus de trois jours, ils passent directement la frontière. En empruntant désormais les transports en commun, ils sont un peu plus en sécurité.

Sur la route depuis la capitale macédonienne Skopje, il n’était pas rare que des migrants, à pied ou à vélo, se fassent agresser et racketter par des bandes organisées. Certains voyagent par groupe d’une centaine de personnes et ne craignent rien. Mais d’autres sont moins nombreux. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils ont souvent d’importantes sommes d’argent sur eux, ils ont emmené toutes leurs économies pour payer les passeurs et financer leur installation future. Un de ceux que j’ai aidés à Kumanovo s’était ainsi fait volé 2 000 euros. Il a dû passer plusieurs mois à la mosquée, il aidait les nouveaux arrivants, faisait de la traduction, quémandait un peu d’argent… Il a finalement pu repartir et récemment il est arrivé en Allemagne, j’étais vraiment contente.

"Ils campent parfois plusieurs jours devant le poste de police pour un laissez-passer"

Le passage de la frontière se fait systématiquement de manière illégale, la douane ne laissant passer personne... officiellement du moins, car en fait il n’est pas rare que les douaniers regardent les migrants avancer, sans bouger. Une fois en Serbie, ils reçoivent un laissez-passer similaire de 72 heures après avoir parfois campé devant le poste de police plusieurs jours dans des conditions déplorables. Ensuite, ils peuvent gagner un camp de réfugiés à Presevo, ville serbe la plus proche. Aménagé par la Croix-Rouge sur un terrain vague, avec deux tentes, les conditions y sont aussi déplorables : ils vivent au milieu des détritus, à proximité d’un énorme tas de déchets, ont à manger au mieux deux fois par jour et les toilettes sont bouchées…

Le camp de réfugiés très sommaire de Presevo en Serbie. Photos prises par notre Observatrice.

Des migrants dorment à même le sol dans les rues de Presevo. Photos prises par notre Observatrice.

Je suis extrêmement déçue de la politique menée envers les migrants, notamment par l’ONU, et du manque de soutien des autorités ici. Nous essayons donc de leur donner ce que nous pouvons avant qu’ils ne poursuivent leur difficile route : une fois entrés illégalement en Hongrie, il leur faudra trouver et payer un passeur pour tenter de rejoindre l’Autriche sans se faire repérer.

La situation des migrants en Macédoine et en Serbie pourrait se détériorer encore si la Hongrie concrétise son projet de dresser un grillage de 175 kilomètres le long de sa frontière avec la Serbie. Une initiative qui lui a valu les critiques du gouvernement serbe, qui craint de se retrouver avec un nombre incontrôlable de migrants sur son territoire. La solution envisagée par la Hongrie ne serait pas la première du genre en Europe : la Grèce et la Bulgarie ont toutes deux bâtis des murs le long d’une partie de leur frontière avec la Turquie, ce qui a considérablement diminué les flux.

Et sans doute contribué à les orienter vers la Macédoine.

En 2014, le monde comptait 60 millions de réfugiés. Cette situation est "la plus terrible depuis la Seconde Guerre mondiale" juge l’ONG Amnesty International. Il y a dix ans, ils étaient 37,5 millions. Fin juin, les dirigeants de l’Union européenne n’ont pas souhaité suivre la proposition de la Commission européenne, qui visait à répartir les migrants arrivés en Italie et en Grèce selon des quotas obligatoires dans chaque État membre.

Article écrit en collaboration avec Corentin Bainier (@cbainier), journaliste à France 24.