SYRIE

Témoignage exclusif de Kobané : "Les blessés affluent et l’hôpital va être débordé"

Les jihadistes de l’organisation État islamique (EI) ont lancé jeudi une attaque surprise sur la ville kurde de Kobané, au nord de la Syrie, cinq mois après en avoir été chassés. Témoignage exclusif de notre Observateur sur place, qui travaille à l’hôpital de la ville, où les blessés affluent.

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Une colonne de fumée noire s'élève derrière un bâtiment à Kobané, théâtre de violents combats, jeudi, entre les jihadistes de l'EI et les combattants kurdes. Photo Twitter.

Les jihadistes de l’organisation de l'État islamique (EI) ont lancé jeudi une attaque surprise sur la ville kurde de Kobané, au nord de la Syrie, cinq mois après en avoir été chassés. Témoignage exclusif de notre Observateur sur place, qui travaille à l’hôpital de la ville, où les blessés affluent.

Les combattants de l’EI ont mené trois attentats-suicides à quelques heures d'intervalle à Kobané, près du poste-frontière turc de Mursitpinar. Le premier vers 5 heures du matin, les deux autres entre midi et 13 h (heure locale).

A la mi-journée, les combats se sont étendus vers le centre-ville. Un infirmier sur place, cité par "Libération", affirme que plus de 100 personnes auraient été tuées, mais ce bilan n’a pas été confirmé.

Les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) indiquent avoir dépêché des renforts, mais que les combats se poursuivent.

Mohamed Arif est médecin à Kobané. Il intervient régulièrement sur les Observateurs de France 24.

Les blessés, en majorité des civils, ne cessent d’affluer à l’hôpital de Kobané depuis les premières lueurs du jour. La plupart ont été touchés par des balles ou par l’explosion de grenades.

Mohamed Arif et ses collègues au chevet des blessés.

Cet hôpital, situé au centre-ville, a été aménagé après la retraite de l’EI il y a cinq mois. Il est spacieux mais pas assez bien équipé pour traiter tous les cas. Nous manquons par exemple d’appareils de radiographie ou d’un IRM pour faire des diagnostics précis. Mais nous manquons surtout d’une banque de sang qui aurait été très utile dans cette situation d’urgence.

Quant au personnel soignant, il est suffisant en nombre mais nous manquons de médecins spécialisés.

Mohamed Arif affirme que la grande majorité des blessés reçus à l'hôpital sont des civils.

Jusqu’ici, nous avons reçu une cinquantaine de blessés et nous sommes parvenus à traiter la majorité des cas, malgré le manque de moyens. Ceux qui sont dans un état grave sont transférés vers la Turquie, où il y a des chirurgiens spécialisés. Nous avons eu quelques difficultés pour les évacuer ce matin car les autorités turques ont fermé le passage principal à la frontière, là où a eu lieu le premier attentat. Après des négociations avec les autorités kurdes, ils ont fini par ouvrir un petit passage à l’ouest pour permettre aux ambulances de passer.

La plupart des blessés ont été touchés par des balles et des grenades.

Il y a encore des accrochages sporadiques. Des combattants de l’EI sont notamment postés dans la polyclinique ouverte récemment par l’ONG Médecins sans frontières, à environ 600 mètres de l’hôpital. Les membres des YPG les encerclent. Heureusement, il n’y avait personne quand les jihadistes ont pris d’assaut ce bâtiment ce matin car il n’est pas encore entré en fonction.

Nous nous attendons à voir affluer les blessés une fois que les choses se seront un peu tassées, quand les YPG parviendront aux gens qui sont dans les zones de combats, pour l’instant bouclées. Et il y a encore des cadavres qui jonchent les rues.

L’offensive de l'EI sur Kobané intervient alors que l’organisation terroriste vient de connaitre des revers dans le nord de la Syrie. Le groupe a notamment perdu la ville de Tall Abyad, par laquelle elle pouvait acheminer des armes depuis la Turquie voisine vers Raqqa (nord), sa principale implantation.

Toutes les photos nous ont été transmises par Mohamed Arif.