TCHAD

Attentats au Tchad : "Les autorités avaient baissé la garde"

La capitale tchadienne a été frappée par un double attentat lundi 15 juin. Deux hauts lieux de la sécurité du pays ont été touchés en plein cœur de N'djamena, à proximité du palais présidentiel. Les attentats n’ont pas été revendiqués, mais tous les yeux se tournent vers Boko Haram, la secte qui a voué allégeance à l’organisation de l'État islamique et contre laquelle le Tchad est en guerre au Nigeria et au Cameroun voisins.

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Déploiement des forces de sécurité à proximité de l'école de police après l'attaque. Via @bobmoustach

 

La capitale tchadienne a été frappée par un double attentat lundi 15 juin. Deux hauts lieux de la sécurité du pays ont été touchés en plein cœur de N'djamena, à proximité du palais présidentiel. Les attentats n’ont pas été revendiqués, mais tous les yeux se tournent vers Boko Haram, la secte qui a voué allégeance à l’organisation de l'État islamique (EI) et contre laquelle le Tchad est en guerre au Nigeria et au Cameroun voisins. Notre Observateur nous décrit une ville sous le choc…

 

Le bilan provisoire de ces deux attaques, qui ont ciblé le commissariat central de la capitale et une école de police, est d'au moins une vingtaine de morts, dont quatre terroristes et d’une centaine de blessés. Sur RFI, le ministre tchadien a expliqué qu’il s’agissait d’une "opération kamikaze". À la mi-journée, le porte-parole du gouvernement tchadien et ministre de la Communication a, quant à lui, voulu rassurer la population affirmant que la situation était "entièrement sous contrôle total".

Devant le commissariat central après l'attaque. Photo postée ici.

 

Une première explosion avait retenti vers 9h30 le matin, explique un de nos Observateurs qui habite à proximité de l’école de police. Puis une seconde grosse explosion a été entendue une heure plus tard : "De chez moi, j’ai vu des gens courir dans tous les sens. Ils disaient que des gens de Boko Haram avaient réussi à entrer dans l’école de police en moto et s’étaient fait exploser."

 

Boko Haram se fait désormais appeler État islamique d’Afrique de l’Ouest depuis que la secte a fait allégeance à l’EI. Si l’attaque n’a pour l’heure pas été revendiquée par le groupe, il s’agit de son mode opératoire.

 

En première ligne contre le groupe islamiste armé, le Tchad a commencé à déployer, il y cinq mois, plusieurs milliers d'hommes au Cameroun, au Niger ainsi que sur le territoire nigérian, contraignant les combattants terroristes à reculer dans plusieurs zones.  Plus généralement, le Tchad est un partenaire de premier plan pour Paris dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel. N'Djamena accueille également l'état-major de l’opération française "Barkhane" de lutte contre le terrorisme.  

Dispositif de sécurité dans la zone de Diguel, à N'djamena, après l'attaque. Photo envoyée par un Observateur.

"Il y avait du laisser-aller"

Dans ce contexte à haut risque, les autorités tchadiennes avaient baissé la garde ces derniers temps, estime notre Observateur, qui a souhaité garder l’anonymat. Elle n’ont pas su évaluer les risques d’attaques sur le territoire.

Cette attaque est surprenante pour nous. On s’attendait davantage à ce genre de choses au moment où le Tchad a lancé son intervention au Cameroun [en janvier 2015]. Mais ces derniers temps, la sécurité s'était affaiblie et les différents contrôles avaient diminué en intensité. De sources sécuritaires, j’ai appris que les fouilles étaient moins strictes aux postes frontaliers entre le Tchad et le Cameroun notamment à N'gueli et Koutere. Les détecteurs d’armes ne sont plus systématiquement utilisés. Au commissariat central, pendant un temps, il était impossible de garer les voitures devant, mais il y avait un peu plus de laisser-aller. Et les patrouilles mixtes police-gendarmerie étaient moins fréquentes. Pour moi, les autorités ont minimisé le risque. On sait pourtant que des terroristes sont présents sur le territoire. À plusieurs reprises, j’ai entendu que des individus munis d’explosifs et d’armes avaient été interceptés à des postes frontière et dans la région du lac Tchad.

 

Équipe d'urgence à côté de l'école de police. Via @bobmoustach

 

Interviewé par le journal "Le Monde", une source sécuritaire a expliqué que la police tchadienne n’avait pas reçu de formation antiterroriste, reconnaissant des négligences.

L’attaque a eu lieu alors que le président Déby était en déplacement en Afrique du Sud pour un sommet de l’Union Africaine. Il était attendu en fin de journée à N'djamena, où le dispositif sécuritaire a été renforcé immédiatement après l’attaque, ont constaté nos Observateurs.

Le dispositif est très impressionnant. Toutes les institutions de l'État sont sous forte garde militaire. Les gendarmes sont partout. L'accès à la présidence est bloqué, même celui à la morgue est limité. Les bureaux, les banques et les écoles sont fermés et les représentations diplomatiques sont gardées par la police d’élite.

 

Renfort de sécurité à proximité de l'école de police.Via @bobmoustach

 

Billet écrit avec la collaboration de @segomalterre.