Un jeune téléchargeur attend le client aux halles de Bamako. Photo prise par notre Observateur Seydou Tangara.

On les croise un peu partout dans la capitale malienne : aux carrefours, dans les gares et les marchés. Armés d’ordinateurs portables, les "téléchargeurs" peuvent vous retrouver n’importe quelle chanson, même les moins connues. Puis ils les transfèrent sur un CD ou, plus fréquemment, directement sur votre téléphone portable. Pratique dans un pays où tout le monde n’a pas accès à Internet...

Mais ce n’est pas tout : ils donnent aussi des conseils, font découvrir des nouveautés – bref, ils sont les "disquaires" d’aujourd’hui. À un détail près : tous leurs titres sont téléchargés illégalement.

Un téléchargeur installé dans une rue de Bamako. Photo prise par notre Observateur Seydou Tangara.

"Une cliente leur a chanté trois notes, ils lui ont retrouvé la chanson"

Boubacar Alkouraichi est journaliste freelance à Bamako.

Je suis allé à la rencontre des téléchargeurs de la gare de Sogoniko. Ils ont bien voulu m’expliquer un peu leur business, mais ils ne voulaient pas être formellement interviewés, car ils savent que ce qu’ils font est illégal. Par le passé, ils ont été inquiétés par la police quand des artistes maliens ont essayé de mener une campagne contre eux. Cependant, cette campagne n’est pas allée bien loin. Aujourd’hui, certains se sont installés dans des kiosques. J’ai appris qu’en fait, il y a trois niveaux : les grossistes, qui téléchargent à tour de bras ; les demi-grossistes, qui sont ceux qui tiennent les kiosques, et les vendeurs ambulants.

Les kioskaires vendent des CD gravés avec tout ce qu’ils peuvent télécharger – films, musique – mais les CD ne sont plus à la mode aujourd’hui. La plupart des Maliens utilisent leurs téléphones portables pour écouter de la musique. Donc maintenant, ils leur mettent la musique sur des petites cartes SD, ou directement sur les téléphones.

Les téléchargeurs transfèrent les fichiers de leurs disques durs à des clés USB ou directement sur les téléphones de leurs clients. Photo prise par notre Observateur Seydou Tangara.

"En ce moment c’est le R’n’B nigérian qui cartonne"

Il y a deux types de clientèle. Il y a les jeune bamakois qui ont accès à Internet, mais qui n’ont pas forcément la maîtrise des logiciels "torrent" nécessaires pour télécharger de la musique. Eux, ils écoutent toute sorte d’artistes : en ce moment c’est le R’n’B nigérian qui cartonne, mais ils écoutent aussi beaucoup de musique ivoirienne et malienne, ainsi que des artistes américains. Puis il y a tous ceux qui n’ont pas Internet. Quand ils viennent en ville, les villageois font le plein de musique chez les téléchargeurs. Ils se font des collections entières notamment de musique malienne.

Les prix sont modiques. Pour un euro, on peut avoir le dernier album de Salif Keïta, par exemple. Et plus on achète de titres, moins c’est cher. S’ils n’ont pas la chanson que vous voulez dans leur ordinateur, ils peuvent la télécharger devant vous s’ils sont munis d’une clé internet, sinon ils prennent votre commande et vous repassez le lendemain.

Les téléchargeurs sont hyper branchés. Ils suivent de très près l’évolution de la musique. Ils connaissent tous les artistes, que ce soit les petits artistes locaux ou les stars montantes. Souvent, les clients leur parlent d’un musicien qu’ils aiment, et ils vont leur en conseiller plein d’autres qui lui ressemblent. J’ai vu une cliente chanter trois notes d’une chanson qu’elle avait entendu dans la rue, mais dont elle ne connaissait pas l’auteur. Le téléchargeur l’a tout de suite reconnue ! C’est un peu comme le logiciel Shazam en Europe... mais avec un être humain !

Certains téléchargeurs travaillent dans des cyber cafés. Photo prise par notre Observateur Seydou Tangara.