Photo : Centre de Protection des animaux de Guangyuan.

À Yulin, dans la province de Guangxi, au sud de la Chine, le festival "de viande de chien" vient de donner son coup d'envoi. Des milliers d’animaux y sont consommés chaque année. Mais l'événement  fait scandale, et pas seulement à l’étranger.

Quinze jours avant la date prévue du festival, des dizaines de milliers de tweets avec le hashtag #StopYulin2015 avaient déjà été postés, la plupart venant du Royaume-Uni, des États-Unis et d’Australie. Et près de 100 000 signatures ont été récoltées sur une pétition adressée au président chinois Xi Jinping.


Des internautes chinois appellaient eux aussi à "sauver ces pauvres chiens" de ce festival "barbare" sur Weibo, le réseau social chinois. Des activistes locaux en faveur des droits des animaux sont également engagés dans ce combat.

Selon le site de l’Association de protection des animaux en Chine, le mois dernier, des dizaines de milliers de protestataires ont marché contre le festival dans une quinzaine de villes en Chine. À Dalian, dans le nord-est de la Chine, les bénévoles de l’organisation locale Vshine ont distribué des affiches appelant à "arrêter la commercialisation de la viande de chien", brandissant un banderole où était écrit "Punissons le vol des chiens domestiques".

A l'appel de la mairie de Dalian et l'Association Vshine, plus de 1 000 personnes se sont réunis à Dalian le 17 mai pour lutter contre la maltraitance des chiens, selon l'Association de protection des animaux en Chine. Photo de l'Association de protection des animaux Vshine à Dalian.

Selon les activistes, 10 000 chiens seraient consommés lors du festival de Yulin, la plupart provenant de provinces du sud de la Chine. Une étude récente de l’AAF (Animals Asia Foundation) montre pourtant qu’il n’existe pas d’élevage d’envergure de chiens dans le pays. Ce sont en général des chiens abandonnés ou des chiens domestiques volés qui sont consommés. Les bêtes sont anesthésiées ou empoisonnées avec du cyanure avant d’être vendues au marché noir. Une pratique qui pose des problèmes de santé publique.

Les chiens capturés à Yulin. Photo Weibo.

Chaque année, des organisations de défense des droits des animaux et des activistes chinois tentent de sauver des chiens qui vont être tués lors du festival. Ils demandent à la police d’intervenir pour libérer les animaux capturés par les marchands.

L’activiste Du Yufeng manifeste pour sensibiliser le public pendant le festival.
Photo de son association à Guangyuan.

"Il n’y pas de loi qui protège les droits des animaux en Chine"

Du Yufeng, fondatrice du Centre de Protection des animaux de Guangyuan, dans la province de Sichuan.

Nous avons eu notre premier chien en 1993. Il était devenu le seul compagnon de mon père lorsque que ma mère est morte et que je suis partie de la maison. En 2008, ma ville, Guangyuan, a été dévastée par un séisme. J’ai sauvé 70 chiens dans la rue et je les ai nourris. Depuis je me suis engagée dans la protection des animaux et notamment des chiens abandonnés.

J’ai fondé l’association en 2008, sans aucune aide financière du gouvernement. On a organisé des conférences sur le végétarisme, on a dénoncé des marchands illégaux de chiens, on a même déjà arrêté un festival de viande de chien dans la province de Zhejiang.

Il n’y pas de loi qui protège les droits des animaux en Chine, donc j’ai étudié en détail la loi sur la sécurité alimentaire pour pouvoir dénoncer les vendeurs qui ne vaccinent pas les chiens et qui n’ont pas de certificats d’origine. C’est toujours le cas, car un chien est vendu entre 3 et 4 euros, et ce ne serait pas rentable s’ils vaccinaient les animaux.

Pour la province du Guangxi, c’est encore plus compliqué. Car elle est principalement peuplée par des gens de l’ethnie Zhuang, minoritaire dans le pays. Pour eux, manger du chien est une tradition. Et c’est une région pauvre, or le chien est peu cher comparé au porc ou au bœuf. Le gouvernement central voudrait interdire le festival, mais il ne le souhaite pas car c’est une région autonome et cela créerait des troubles.

Aujourd’hui on garde 600 chiens sans abri dans le centre, et cela me coûte des milliers d’euros par an. J’ai peu de donations et aucun financement de l’État, j’ai donc dû vendre ma maison pour continuer, et cela devient de plus en plus difficile. Mais je n’arrêterai pas tant qu’une loi sur les droits des animaux n'aura pas été adoptée en Chine.

"Les réactions sont parfois extrêmes"

Pian Shankong est artiste, il sensibilise sur la question de la consommation de viande de chien à travers l’art. Il tient également un blog.



Pian Shankong, dans un cage, est transporté par des activistes devant un restaurant de viande de chien. Photo sur Youku (YouTube chinois).

J’ai été victime moi-même du trafic de chiens. Le mien a été empoisonné et enlevé dans la rue il y a quelques années et depuis je milite à ma manière pour une loi qui protège les animaux. Une fois, je me suis mis à genoux, en position de prière, devant des chiens. Je cherche à éveiller la conscience du public. Les réactions sont parfois extrêmes. Les jeunes sont sensibilisés, mais beaucoup de gens nous accusent encore de ne pas respecter leurs habitudes culturelles. Mais c’est loin d’être ça. C’est la manière dont on les mange et dont on les traite qui est grave.

Cet article a été rédigé par Weiyu Tsien (@WeiyuQ), journaliste à France24.