IRAK

Les armes "made in Iran" du conflit irakien

Fusils de précision, véhicules blindés ou encore drones de surveillance, la République islamique, soumise à des sanctions, a dû fabriquer elle-même son matériel militaire. Des armes que Téhéran met aujourd’hui discrètement entre les mains de groupes qui combattent l’organisation de l’État islamique en Irak.

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Un tank iranien T-72S en opération en Irak contre les combattants du groupe EI.

Fusils de précision, véhicules blindés ou encore drones de surveillance, la République islamique, soumise à des sanctions, a dû fabriquer elle-même son matériel militaire. Des armes que Téhéran met aujourd’hui discrètement entre les mains de groupes qui combattent l’organisation de l’État islamique (EI) en Irak.

Si Téhéran soutient officiellement le régime alaouite de Bachar al-Assad et le gouvernement irakien, deux pouvoirs majoritairement chiites, contre l’avancée des jihadistes de l’EI, les autorités iraniennes ne divulguent qu’au compte-goutte les informations sur la forme que prend concrètement ce soutien.

Les formes de l’aide iranienne en Irak

C’est ainsi qu’à l’automne 2014 ont commencé à circuler sur Internet des photos du général Qassem Souleimani, chef de la Force Qods, force spéciale des Gardiens de la révolution chargée des opérations extérieures, aux côtés de combattants kurdes irakiens, de militaires de l'armée irakienne et de milices chiites. Il s’agissait alors pour l’Iran d’une première reconnaissance, semi-officielle, de son rôle de conseiller militaire sur le terrain irakien.

Si les autorités de la République islamique démentent avoir mené des frappes aériennes ou envoyé des troupes au sol, Téhéran a plusieurs fois reconnu armer les combattants peshmerga et apporter un soutien logistique et humanitaire aux Irakiens.

Dans les faits, l’Iran fournirait en armes la majorité des groupes opposés à l’EI, comme l‘expliquent à France 24 N.R. Jenzen-Jones et Galen Wright, deux chercheurs du service de recherche en armement (ARES) basés en Australie.

L’Iran a transféré des armes aux peshmerga, à l’armée irakienne et à plusieurs groupes de miliciens chiites. À l’exception de l’armée irakienne, ces forces sont constituées de plusieurs groupes indépendants les uns des autres. Par ailleurs, comme la chaîne de distribution [des équipements, NDLR] est floue, il est difficile de déterminer quel groupe est alimenté directement et quel groupe récupère ces armes iraniennes par des intermédiaires.

T-72S : customisé en Iran puis envoyé en Irak

Tank T-72S iranien en Irak.

Les spécialistes du site d’investigation Bellingcat.com ont récemment publié des photos de tanks iraniens en Irak. Le modèle qui apparaît sur les images est un tank de type T-72S, un véhicule de fabrication russe modifié par les Iraniens. Il se distingue des chars T-72M et T-72M1 utilisés par l’armée irakienne car il n’a pas de forme en V à l’avant. Cette partie est remplacée sur la version iranienne par un système permettant de fixer un blindage additionnel. 

D’après nos informations, la photo aurait été prise à proximité de la ville irakienne de Jaloulah à 40 km de la frontière avec l’Iran. Toutefois la photo ne permet pas de savoir qui est aux commandes de ce char, l’armée irakienne, des milices ou encore des militaires iraniens.

Safir : la jeep iranienne aux couleurs du Hezbollah irakien

Sur cette photo, des 4x4 de type Safir, véhicules fabriqués en Iran depuis 2006, portent les couleurs des bataillons Hezbollah ou Kataeb Hezbollah, une des milices chiites irakiennes les plus proches du guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei.

Les "Safir" aux couleurs du Hezbollah irakien.

 

Des fusils de précision iraniens

Il y a un an, des spécialistes remarquaient pour la première fois que des fusils de précision iraniens étaient utilisés par des soldats irakiens contre l'EI, preuves à l’appui.

Le site War is Boring avait alors diffusé la photo de ce militaire irakien tenant un Sayyad, fusil à lunettes de calibre 50, la réplique iranienne du Steyr HS.50 autrichien. Le Hezbollah libanais et l’armée syrienne sont déjà équipés de cette version "made in Iran".

D’autres fusils de précision fabriqués par la République islamique circulent actuellement en Irak, parmi lesquels le fusil "Shaher" ou encore le modèle "Siavash", plus léger.

Interrogés sur la qualité de ces armes, toutes fabriquées alors que le pays était sous embargo, les chercheurs Jenzen-Jones et Galen Wright notent que la tendance de l’Iran à enjoliver la réalité a conduit beaucoup de monde en Occident à sous-estimer ses capacités industrielles. Pour autant, précisent-ils, "en ce qui concerne les équipements de base et les armes légères, l’Iran a désormais une réelle capacité de production".

Sur la vidéo ci-dessus destinée à un usage militaire interne mais qui a filtré sur les réseaux, un commandant de la force iranienne Qods, en opération en Syrie, fait le point sur les qualités et les défauts de son fusil iranien de calibre 50 mm :

La vis n’est pas solide et il arrive qu’elle se casse. C’est un très bon fusil. Beaucoup ont été tués avec cette arme, mais elle est trop lourde. Et le cache-flamme pose problème, il est trop gros.

Des drones de surveillance pilotés par des miliciens chiites ?

Si la République islamique n’a jamais reconnu avoir mené des frappes aériennes en Irak, il a été prouvé en images que des avions iraniens camouflés opéraient dans le pays. Plusieurs experts ainsi que le Pentagone ont par ailleurs affirmé que l’aviation iranienne avait frappé à l’est du pays à la fin de l’année 2014, alors que les combattants de l’EI se rapprochaient de la frontière, dans la zone de Jaloulah.

Mais le soutien aérien iranien a aussi pris la forme de drones de surveillance. En novembre 2014, le site des Observateurs publiait les photos d’un engin iranien abattu par les combattants de l’EI en Irak. 

Récemment, les photos ci-dessus de miliciens de la brigade chiite irakienne Achoura ont été postées sur les réseaux sociaux. On y voit des hommes en tenue militaire devant des écrans. La scène est présentée comme une salle de visionnage pendant "une opération de reconnaissance [de drone] des positions de l’EI dans la zone de Ramadi". Difficile de dire, d’après ces seules images, si des drones iraniens ont effectivement été mis entre les mains de miliciens irakiens ou s’il s’agit d’une mise en scène visant à impressionner l’ennemi. Il est toutefois possible que des ingénieurs venus d’Iran forment des miliciens à l’utilisation de son matériel de surveillance.

 

S’armer en Iran … pour faire réagir les États-Unis ?

Si l’Iran tente de garder une certaine discrétion sur son soutien matériel, les autorités irakiennes ont un tout autre discours : le Premier ministre irakien a récemment reconnu que l’Iran était leur plus important fournisseur d’armes. Pour les spécialistes du service de recherche en armement Jenzen-Jones et Galen Wright, ces déclarations s’adressent aussi aux États-Unis : 

Le besoin en armement se fait très pressant en Irak et il est vrai que l’Iran apparaît comme le pays qui envoie du matériel le plus régulièrement. Pour autant, il est important de garder à l’esprit que les déclarations des autorités iraniennes peuvent aussi être un moyen de faire pression sur les États-Unis pour qu’ils tiennent leurs engagements en termes d’envoi d’équipements.

Des cargaisons de munitions iraniennes à proximité de la ville d'Amerli, en Irak.

Billet écrit par Ségolène Malterre @segoMalterre et Ershad Alijani @Ershadalijani