Capture décran d'un vidéo clip tourné par Volcano.

Achraf, alias Volcano, rape au milieu des décombres encore fumants. Alors que les balles sifflent autour de lui, il chante pour donner du courage aux jeunes qui se battent à Benghazi en Libye.

Volcano a choisi son camp. Il se bat avec les soldats du gouvernement de Tobruk, reconnu par la communauté internationale, qui tentent de reprendre Benghazi aux jihadistes d’Ansar al-Charia. Mais il ne combat pas seulement avec un fusil. Il tourne aussi ses clips de rap sur la ligne de front.

Un  clip de Volcano, tourné à Benghazi en mars dernier.


Traduction d’un extrait du clip :
"Mon peuple n’aie pas peur, l’opération dignité a triomphé (…),
Sous la conduite des habitants de Benghazi, des gens qui ignorent la lâcheté,
Tripoli, El Beïda, Tobrouk, toutes les villes se révoltent (…)
Libye, tes enfants se sont levés contre les déchets de l’humanité,
Marine, police militaire, police judicaire, les agents de la circulation,
Tous tes hommes ont fait des sacrifices
Ils ont tous donné des martyrs, et les blessés grâce à Dieu se relèveront
Et je n’oublie pas les militants de l’environnement, les électriciens (…)."

"J'ai fait un clip pour narguer les jihadistes"

Bien qu’il se soit lancé dans le rap dès la chute du colonel Mouammar Kadhafi fin 2011, C5 (un lance-missile très prisé par les milices en Libye) est le premier vrai clip que réalise Volcano.

Au lendemain de la révolution, j’ai commencé à commenter, à travers la musique, l’actualité politique et à parler de ce qui n’allait pas dans mon pays et dans le monde arabe en général. Mais je me suis par la suite porté volontaire pour me battre aux côtés de l’armée et bouter les terroristes d’Ansar al-Charia hors de Benghazi [considéré comme lié à Al-Qaïda et à l'Etat islamique, le groupe jihadiste a été classé organisation terroriste en 2014 ; notamment aux États-Unis et par le Conseil de sécurité de l’ONU, NDLR].

Je n’ai reçu aucune formation militaire. Mais quand l’opération "dignité "a commencé, je ne pouvais pas rester les bras croisés face à ce groupe qui sème la terreur et tue des civils au nom de l’islam.

J’ai donc tourné la plupart des séquences de ce clip en mars dernier, sur la ligne de front, surtout dans les quartiers de Lithi et celui de Bouatni. C’était pour moi une façon de soutenir les jeunes qui s’y battent, de remonter le moral des troupes.


Le tournage a été très compliqué sur cette place parce qu’il y avait un sniper pas loin. Je m’en suis aperçu trop tard alors que j’étais en plein tournage. Heureusement, la personne qui filmait n’était pas à sa portée. Elle a utilisé un zoom pour filmer de loin. Je n’étais pas à portée du sniper non plus, mais je ne pouvais pas bouger. Je suis resté coincé là pendant plusieurs heures. Le sniper m’a quand même tiré dessus. J’ai été légèrement touché aux doigts par des débris projetés par une balle. Mais ça ne m’a pas découragé, j’ai mis un pansement [visible sur la main droite] et j’ai continué à chanter. Au bout de 14 heures, un blindé de l’armée a pu arriver sur cette place et m’a évacué.


Un jour, un ami m’a téléphoné pour me dire qu’un bâtiment venait d’être touché par un obus. Je me suis rendu sur place pour filmer. Quand je suis arrivé, le feu avait baissé d’intensité. J’ai donc filmé un passage de mon clip et j’ai rajouté des effets avec des flammes pour donner un aspect plus spectaculaire. À travers cette séquence, je lançais un message à Ansar al-Charia. Je leur disais : "Vous avez bombardé cette zone ? Et bien je n’ai pas peur. Je m’y rends tout de suite et je chante."


Dans ce clip, je rends hommage à des civils morts dans un bombardement aveugle. La plupart d’entre eux étaient assis devant leurs maisons quand un obus s’est abattu sur eux. Parmi eux, il y avait des cousins et des amis. Ce jour là, j’ai ramassé leurs corps en morceaux.


Évidemment, je ne peux pas donner de concert en ces temps difficiles. Mais dans ce court passage, j’ai utilisé des camarades volontaires et des soldats comme figurants pour donner l’impression d’un public. J’entendais par là narguer les jihadistes et leur dire : "Vous les combattez mais les jeunes de Benghazi vont très bien, et ils font même la fête."
"Je suis plutôt fan de country music"

Ce film a été réalisé avec des moyens modestes. Nous sommes une petite équipe de trois personnes et nous avons vraiment tourné à la va-vite. En seulement deux semaines, nous avons filmé, monté, et mis la vidéo en ligne.
 
Cela peut paraître surprenant, mais en fait je ne m’intéresse pas au rap. Je ne suis pas l’actualité de cette musique et ne connais pas les chanteurs en vogue, exceptés peut-être 50 cent et Tupac que tout monde connaît. En fait, je suis plutôt fan de country music. C’était juste le moyen le plus efficace de transmettre mon message. Dans une chanson "classique", en général, vous ne pouvez pas placer plus d’une soixantaine de mots tandis que dans un morceaude  rap de 5 minutes, vous pouvez clamer jusqu’à 300 mots. C’est très pratique.