La mort de Farkundha, rejouée par des acteurs à Kaboul, le 27 avril. Photos publiées par des activistes sur Facebook.

Accusée à tort d’avoir brûlé un coran, Farkundha, une étudiante de 27 ans, avait été tuée par la foule à Kaboul, en pleine journée, il y a un peu plus d’un mois. Lundi 27 avril, elle a été assassinée de nouveau, au même endroit, mais de manière symbolique cette fois, puisque ce sont des acteurs qui ont reconstitué le drame.

Les vidéos de cette représentation donnent des frissons. Les acteurs jouent juste et la douleur de la femme dans le rôle de Farkundha a l’air réelle. À la fin, cette dernière est recouverte de cendres, au lieu d’être brûlée, comme ses assaillants l’avaient fait. Elle renaît ensuite de ses cendres, sous les applaudissements de la foule.

Vidéo fournie par Radio Free Europe/Radio Liberty.

Cette représentation faisait partie des commémorations organisées 40 jours après la mort de Farkundha, lors desquelles des manifestants ont appelé les autorités à poursuivre les responsables en justice. Quelques heures après la fin des commémorations, la justice a annoncé que 49 personnes ayant participé au meurtre de la jeune femme avaient été inculpées. Parmi elles, 19 sont des policiers accusés de n’avoir rien fait pour empêcher le crime. Des vidéos tournées au moment de l’attaque montrent en effet des policiers qui se tiennent à l’écart du lynchage, sans rien faire.

"J’ai vu beaucoup de gens pleurer, dont des policiers"

Leena Alam est la comédienne qui a joué le rôle de Farkundha.

Se mettre dans la peau de Farkundha a été difficile, mais c’était très important pour moi. Comme beaucoup de femmes à Kaboul, j’ai participé aux manifestations ayant suivi sa mort et je voulais absolument que les responsables soient traduits en justice.

On a eu l’idée de faire cette représentation à la dernière minute. On a décidé de montrer aux habitants de Kaboul ce qui s’était passé exactement, pour qu’ils n’oublient pas à quel point c’était horrible. On a eu seulement quelques jours pour répéter, mais on l’a fait de façon intensive. On voulait que ça soit le plus réaliste possible.

Parmi les spectateurs présents, j’ai vu beaucoup de gens pleurer, dont des policiers. J’ai aussi remarqué que beaucoup de personnes filmaient, comme ce qui s’était produit le jour où Farkundha avait été tuée. C’était assez étrange…

Renaître des cendres.

 
"Quelques extrémistes ont critiqué le fait que je ne portais pas le voile durant toute la représentation"

Les vidéos de notre représentation ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux par la suite et les gens ont globalement réagi de manière positive. Quelques extrémistes ont toutefois critiqué le fait que je ne portais pas le voile durant toute la représentation. Forcément, puisque le voile de Farkundha avait été arraché par ses assaillants !

Il y a une petite voix dans ma tête qui me dit que je devrais avoir peur désormais. Mais une autre voix, plus forte, me dit de continuer à dénoncer la violence. On vit dans une société dans laquelle il y a beaucoup d’extrémistes, qui n’ont pas d’éducation. C’est effrayant, mais ce n’est pas une excuse pour ne rien faire. Les sociétés évoluent lentement, donc on doit être patients et continuer à travailler.