BENIN

Au Bénin, une application pour limiter les fraudes électorales

Alors que des élections législatives étaient organisées dimanche, un groupe de jeunes Béninois a mis au point le site securisetonvote.org, sur lequel chaque électeur était invité à poster une photo des résultats de son bureau de vote. Un moyen de contrôler que les résultats officiels, attendus dans les prochains jours, correspondent à la réalité des urnes.

Publicité

Détail de l'une des photos envoyées par un électeur. 

Alors que des élections législatives étaient organisées dimanche 26 avril, un groupe de jeunes Béninois a mis au point le site securisetonvote.org, sur lequel chaque électeur était invité à poster une photo des résultats de son bureau de vote. Un moyen de contrôler que les résultats officiels, attendus dans les prochains jours, correspondent à la réalité des urnes.

Le principe est simple : une fois le dépouillement achevé, chaque électeur est invité à photographier avec son téléphone les résultats définitifs de son bureau de vote. Il faut ensuite poster la photo sur le site dédié, en suivant les instructions du tutoriel vidéo réalisé par Luc Kpenou, initiateur du projet "Sécurise ton vote".

Le site a toutefois été bloqué par les autorités dès dimanche matin, affirme son concepteur. Il a néanmoins pu récolter les résultats de quelques centaines de dépouillements. Un début encourageant, explique Luc Kpénou.

"Permettre à tout citoyen d’assurer à son échelle la sécurité et la transparence des élections"

L’idée est de permettre à tout citoyen d’assurer, à son échelle, la sécurité et la transparence des élections en prenant en photo les résultats dans son bureau de vote, une fois ceux-ci proclamés. En fait, au Bénin, les risques de fraudes électorales interviennent plutôt après le dépouillement que pendant le vote. Les dépouillements se font toujours en public et les gens y viennent en grand nombre pour vérifier que le processus se fait de manière honnête. Par contre, les résultats officiels tombent souvent trois ou quatre jours après le vote, ce qui laisse du temps pour certains de les modifier et de faire en sorte qu’ils ne correspondent pas à ce qui est sorti des urnes.

C’est en voyant le projet "securevote "au Nigeria que je me suis dit qu’on pourrait l’adapter ici, au Bénin, pour ces élections. J’ai pris sur mon temps et sur mes fonds propres pour développer le site : j’ai investi près de 2 000 euros pour élaborer la plateforme, avec un système qui permet de traiter automatiquement les résultats donnés par chaque photo, en les assignant à l'un des 13 000 bureaux de vote. J’ai communiqué sur l’existence de "Sécurise ton vote "une semaine avant, notamment via Facebook.

Malheureusement, en milieu de matinée dimanche, le site n’était plus accessible sur les principaux navigateurs, il avait été bloqué par les autorités. Néanmoins, il restait possible de poster ses photos via le navigateur Opera, ce qui nous a quand même permis de glaner 1 200 photos. Si on enlève les doublons, cela correspond environ à 700 bureaux de vote. C’est moins que je n’aurais espéré, mais le fait que les autorités aient bloqué mon site est pour moi déjà une victoire. Ça prouve que notre initiative peut être utile au respect de la démocratie. J’espère récupérer la plateforme pour les prochaines élections municipales, prévues dans un mois.

Lors de la présidentielle de mars 2011, le président Thomas Boni Yayi avait été réélu avec 53 % des voix. Son adversaire avait dénoncé des fraudes massives. Au total, 14 formations ont concouru aux élections législatives béninoises de dimanche pour renouveler les 83 députés du Parlement.

Le scrutin s’est déroulé dans un climat de défiance vis-à-vis du pouvoir. La campagne a essentiellement tourné autour d’une possible réforme de la Constitution à laquelle le parti au pouvoir, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), envisage de procéder. L’opposition y voit une tentative de faire passer le nombre maximum de mandats présidentiels de deux à trois, alors que le président Thomas Boni Yayi achèvera en 2016 son second quinquennat. Le chef de l’État a néanmoins assuré dimanche qu’il ne serait "plus candidat à rien ".