Liberland. Photo publiée sur la page Facebook du Liberland.

Le 13 avril dernier, un groupe de citoyens tchèques a eu cette idée folle de proclamerun nouvel État, la République libre du Liberland. Depuis, plusieurs milliers de personnes ont demandé la citoyenneté de cette micro-nation, située sur un bout de terre de 7 kilomètres carrés entre la Croatie et la Serbie. Un engouement qui s’explique par les valeurs de tolérance affichées par le Liberland, mais également par la perspective d’une taxation quasiment nulle.

Situé sur la rive ouest du Danube, le Liberland était jusqu’à présent une "terra nullius", c’est-à-dire un "territoire sans maître", ne relevant d’aucun État. Ce territoire résultait d’un différend frontalier ancien entre la Croatie et la Serbie, mais n’était réclamé par aucun des deux pays depuis la fin des guerres de Yougoslavie, dans les années 1990.

Liberland. Photo publiée sur la page Facebook du Liberland.

Le Liberland n’a pour l’instant été reconnu par aucun pays. Pour être reconnu comme "État" au niveau international, il doit remplir les critères suivants, établis par la Convention de Montevideo en 1933 : être doté d’un territoire précis, d’une population résidant sur ce territoire, d’une forme minimale de gouvernement, et être capable d’entrer en relation avec les autres États.

Quand il aura rempli ces conditions, le Liberland pourra alors ambitionner de devenir le troisième plus grand micro-État du monde, après le Vatican et Monaco. Une hypothèse plausible, selon son président Vít Jedlička, puisqu’il dispose déjà d’un territoire, de personnes désirant vivre sur place, d’un chef d’État élu – lui même – et d'une dizaine d'ambassadeurs.

Sur son site Internet, le Liberland se présente comme une "république constitutionnelle", comportant "des éléments de démocratie directe". Ses langues officielles sont le tchèque et l’anglais.

Sa devise ? "Vivre et laisser vivre". Le Liberland entend favoriser "la liberté personnelle et économique" de ses citoyens et "limiter le pouvoir des politiciens". L’objectif est plus précisément de "construire un pays où les gens honnêtes peuvent réussir sans être oppressés par des gouvernements rendant leurs vies désagréables à travers le poids de restrictions et de taxes non nécessaires".

Comme il est indiqué sur le site Internet du Liberland, les sources d’inspiration de ses fondateurs sont claires : "Monaco, le Liechtenstein ou encore Hong Kong." Soit trois paradis fiscaux. Son président, Vít Jedlička, est un homme politique tchèque de 31 ans, membre du Parti des citoyens libres, une formation libertarienne et eurosceptique.

Le drapeau du Liberland. Photo publiée sur la page Facebook du projet.

"Il existe un intérêt très fort des individus voulant échapper à une fiscalité qu’ils jugent excessive"

Le 20 avril, la branche tchèque de l’organisation étudiante libertarienne internationale "Students for Liberty" a invité Vít Jedlička lors d’une conférence à l’École supérieure d'économie de Prague, où il a étudié. Matej Pankovcin, Jan Skapa et Karel Kieslich, membres de "Students for Liberty", ont assisté à la rencontre.

On a invité le président du Liberland car ce nouveau pays attire beaucoup l’attention des médias depuis quelques jours. Par ailleurs, on partage les mêmes idées : on souhaite aller dans le sens d’une société plus libre, où les gouvernements jouent un rôle moins important.
 
Vít Jedlička, le président du Liberland, lors de sa conférence à l’École supérieure d'économie de Prague, le 20 avril. Photo publiée sur Facebook par "Students for Liberty CZ".

Lors de la conférence, Vít Jedlička a notamment présenté une ébauche de Constitution, inspirée par celles de la Suisse et des États-Unis. Elle limite au maximum le pouvoir du gouvernement, en lui interdisant par exemple de lever des taxes. Un des étudiants lui a demandé comment certains services de base pourront alors être fournis. Il a répondu que tous les projets seront financés par des taxes versées de façon volontaireet que le marché s’autorégulera. Il a dit que l’État n’aura aucun moyen de coercition.
 
Conférence de Vít Jedlička à l’École supérieure d'économie de Prague, le 20 avril. Photo publiée sur Facebook par "Students for Liberty CZ".

Les étudiants étaient très enthousiastes. Ils ont surtout posé des questions sur des détails techniques, sur la façon d’obtenir la citoyenneté… On a énormément d’amis qui ont postulé pour devenir citoyens du Liberland. Plus généralement, il existe un intérêt très fort des individus voulant échapper à une fiscalité qu’ils jugent excessive, quels que soient les pays d’où ils viennent.

Selon Vít Jedlička, plus de 5 000 personnes auraient déjà demandé la citoyenneté du Liberland et plus de 220 000 personnes se seraient inscrites sur le site officiel. Parmi elles, beaucoup plébiscitent les valeurs de tolérance et d’ouverture prônées par cette micro-nation, notamment sur le plan religieux.


Le site officiel indique en effet que le pays a besoin de gens "respectueux vis-à-vis des autres, des opinions d'autrui, quelles que soient leur race, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle ou leur religion".

Seuls les individus ayant un "passé communiste, nazi ou extrémiste" ou ayant été "condamnés pour des infractions pénales" n’ont pas le droit de devenir citoyens du Liberland. Vít Jedlička a indiqué à France 24 qu'ils pouvaient quand même postuler "s'ils avaient changé d'opinion au sujet de la liberté personnelle et économique et s'ils ne voulaient plus du communisme".

Liberland. Photo publiée sur la page Facebook du Liberland.

"J’aimerais aller au Liberland, car ma religion ne posera pas de problème là-bas"

Khalid Tahri (pseudonyme) est un Marocain chiite de 20 ans, qui s’est récemment inscrit sur le site Internet du Liberland.

J’ai entendu parler du Liberland dans les médias, et j’ai ensuite fait quelques recherches sur Internet pour en savoir davantage. J’aimerais devenir citoyen de ce nouveau pays, car c’est un symbole de liberté à mes yeux, où toutes les cultures, les civilisations et les religions seront mélangées. Il me semble que c’est quelque chose de rare actuellement.

Au Maroc, ce sont des valeurs que je ne retrouve pas. Ici, les chiiites ne bénéficient pas des mêmes droits que tout le monde, ils sont mal acceptés. Je suis obligé de me cacher pour pratiquer ma religion. [Le Maroc, à majorité sunnite, est néanmoins en train de s’ouvrir progressivement au chiisme. En février dernier, une fondation dédiée à cette branche minoritaire de l’islam a ainsi été ouverte à Tanger, une première dans le pays, NDLR.]

A priori, ma religion ne posera pas de problème au Liberland, je pourrai y vivre en paix. C'est pourquoi j'aimerais faire partie des gens qui construisent ce pays. Je suis même prêt à abandonner la citoyenneté marocaine pour avoir celle du Liberland, même si rien n’indique jusqu’à présent que l’on ne peut pas avoir les deux à la fois.


Liberland. Photo publiée sur la page Facebook du Liberland.

Lors de sa conférence du 20 avril, le président du Liberland a indiqué que les premiers citoyens seraient acceptés une fois que le pays aurait une Constitution et que le territoire serait sécurisé, sans toutefois préciser comment.


Cet article a été écrit en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.