Capture d'écran d'une vidéo YouTube montrant des miliciens en train de faire exploser une maison.

Des milices chiites participent à l’offensive contre l’organisation de l’État islamique en Irak. Elles viennent notamment de reprendre la ville de Tikrit. Ces forces, soutenues par Téhéran, sont toutefois accusées de saccager et piller la ville, majoritairement sunnite. Hamed, un habitant de cette ville, nous explique qu’il a tout perdu.

Des milices chiites, notamment celle d’al-Hashdal-Shaabi (Mobilisation populaire), combattent aux côtés de l’armée irakienne. Elles sont accusées d’avoir incendié des bâtiments et pillé des maisons de sunnites. Des actes de représailles, selon les habitants, au massacre du camp militaire de Speicher, au cours duquel 1 700 soldats chiites ont été tués par des jihadistes à la périphérie de Tikrit, en juin 2014.

Les milices chiites soutiennent qu’elles n’incendient que les bâtiments où les combattants de l’EI avaient caché des mines.
Hamed Ibrahim a fui la ville de Tikrit à l’arrivée des jihadistes et travaille actuellement comme instituteur dans une ville du Kurdistan irakien.

J’ai quitté Tikrit avec ma famille le 16 juin 2014, quatre jours seulement après que la ville est tombée aux mains des combattants del’EI. J’ai laissé tous mes biens derrière moi : un immeuble de boutiques sur l’une des rues principales de Tikrit et une maison dans un quartier résidentiel.

Après mon départ, je demandais souvent des nouvelles à mes voisins restés à Tikrit. Ils m’envoyaient des photos notamment de ma maison qui est restée intacte tout au long de ces 10 mois.

"Un voisin a fimé cette courte vidéo et me l'a envoyée. Ma rue est un paysage désolé"

En revanche, j’ai appris que lorsque les milices d’al-Hashd al-Shaabi sont entrées dans la ville, ma maison et celle de mon frère ont été détruites. Un voisin m’a envoyé des images de ma rue, mais n’a pas pu prendre de photos de ma maison, car les milices surveillent.

"Ma maison est située derrière cette villa. Mon voisin ne pouvait pas s’approcher davantage."

Un des officiers de l’armée a dit que les jihadistes avaient posé des mines dans ma maison. Soit, mais dans ce cas pourquoi faire sauter tout le bâtiment ? L’État irakien travaille avec ces milices : ils ont quand même les moyens d’avoir du matériel de déminage. L’État est censé préserver les biens de ses citoyens, pas les détruire.


"Cette pharmacie appartient à mon neveu. Elle a été incendiée." Capture d'écran d'une vidéo postée sur Facebook.


Cette maison, c’est le travail de toute une vie parti en fumée. Elle m’a coûté 35 000 dollars. Les autorités ont dit qu’elles allaient nous dédommager. Mais franchement, je n’y crois pas. Il y a quelques années, je possédais une usine de parpaings à Tikrit. En 2007, elle a été partiellement détruite dans un attentat à l’explosif qui visait un commissariat mitoyen. Eh bien à ce jour, je n’ai pas été dédommagé, c’est donc 130 000 dollars volatilisés.

Je ne reviendrai pas à Tikrit tant que les milices chiites ne se seront pas retirées de la ville. Je ne suis pas rassuré car elles cherchent à tout prix à se venger du massacre de Speicher.
Le vice-président irakien, Oussam al-Najifi, a récemment reconnu que des miliciens avaient incendié des bâtiments de civils sunnites à Tikrit. "C’est un message négatif, qui déforme le vrai sens de cette victoire, parce ce sont des actes de vengeance contre des civils", a-t-il déclaré.

Il y a quelques jours, le chef du bureau de l’agence Reuters a Bagdad a reçu des menaces de mort et a dû quitter précipitamment l’Irak. Il venait de publier un article décrivant les exactions des miliciens chiites à Tikrit.