GUINÉE

Manifestations à Conakry : quand la police guinéenne s'en prend à un enfant

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Après avoir été accusée d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants lors des mobilisations anti-gouvernementales, lundi 13 avril, la police guinéenne est pointée du doigt pour avoir violenté des enfants présents dans les rues de Conakry. Des accusations qu’une vidéo amateur tend à confirmer.

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Les images montrent nettement des gendarmes et policiers frapper un enfant. (Capture d'écran YouTube)

Après avoir été accusée d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants lors des mobilisations anti-gouvernementales, lundi 13 avril, la police guinéenne est pointée du doigt pour avoir violenté des enfants présents dans les rues de Conakry. Des accusations qu’une vidéo amateur tend à confirmer.

Tenu fermement par le col de son t-shirt, un enfant est violemment bousculé, recevant coups de pied et coups de poing de la part des membres des forces de l’ordre qui le cernent.

La vidéo de la scène a été publiée lundi 13 avril en fin de journée, sur la page Facebook "Originaire de Hamdalaye, Bambeto et Cosa", une petite communauté qui compte plus de 4 000 likes et traite de l’actualité de ces trois quartiers de la capitale guinéenne. La mise en ligne de ces images – ensuite relayées sur YouTube - a vivement fait réagir les internautes, certains s’indignant du traitement infligé au jeune garçon tandis que d’autres trouvent normal de "corriger un enfant qui se comporte mal".

Parmi les membres des forces de l’ordre qui frappent l’enfant, ceux portant des casques noirs appartiennent à la Brigade anticriminelle (ou Bac), qui dépend de la police guinéenne. Ceux qui sont équipés de casques blancs appartiennent à la gendarmerie. Policiers et gendarmes étaient largement déployés lundi notamment dans les quartiers de Taouyah, Hamdallaye, Gbessia et celui de l’aéroport pour disperser les manifestants.

Une agression reconnue à demi-mot par les autorités

L’équipe des Observateurs n’a pour l’heure pas été en mesure de contacter la personne qui a discrètement filmé ces images. Toutefois, les nombreux Observateurs que nous avons contactés sont formels : selon eux, ces images ont bien été tournées lundi dans la journée, à Conakry. Après vérification, nous n’en avons trouvé aucune trace en ligne avant la date du 13 avril. L’un de nos témoins dit même reconnaître l’axe T2, celui qui relie l’aéroport de la capitale guinéenne au quartier de Bambeto, un des bastions de l’opposition au président Alpha Condé. De plus, tous soulignent la présence massive d’enfants dans les rues de la ville lors des manifestations, comme le montrent par ailleurs les images du journaliste Nouhou Baldé, mises en ligne sur le site Guinée Matin.

À demi-mot, les autorités contactées par France 24 ont reconnu l'incident. Le porte-parole du gouvernement, Damantang Albert Camara, a affirmé : "Le ministre de la Sécurité est en train de rechercher les auteurs depuis que les images lui ont été données à partir des réseaux sociaux".

À l’origine, la marche du lundi 13 avril avait pour but de protester contre l’insécurité en Guinée, et d’exiger la tenue d’élections locales, reportées depuis dix ans. La mobilisation a dégénéré quand la police a décidé de réprimer les manifestants. Plusieurs d’entre eux ont été blessés par balles. Les heurts se sont poursuivis ce mardi autour de l'axe qui relie les quartiers d'Hamdallaye, de Bambeto et de Cosa. Les jets de pierre des manifestants répondent toujours aux gaz lacrymogène des gendarmes, et quelques boutiques ont été saccagées. La journaliste de France 24 présente sur place a cependant noté que la foule était moins dense que la veille.