Photo postée le 31 mars sur Twitter montrant des enfants en treillis non loin du port d’Aden.

La ville d’Aden au sud du Yémen est le théâtre d’une sanglante guérilla urbaine entre les rebelles houthis et les partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi. Depuis le début de ces combats mi-mars, de nombreuses vidéos amateurs montrent que des enfants sont utilisés au combat par les deux camps.

Sur ces images impressionnantes filmées de nuit et postées le 31 mars sur YouTube, on voit des adolescents qui combattent des rebelles houthis dans les rues d’Aden. L'un de nos Observateurs sur place confirme que des jeunes de 15 à 17 ans se battent dans les rangs des "comités populaires", un corps paramilitaire qui soutien le président Hadi.


Sur cette photo qui circule sur Twitter, des enfants sont en train de fabriquer des cocktails Molotov.


Les milices houthies comptent également de nombreux enfants soldats dans leurs rangs, comme leur montrent plusieurs photos postées récemment sur les réseaux sociaux.

Cette image postée le 31 mars montre des enfants en treillis en poste non loin du port d’Aden.


Les combattants des "comités populaires" ont d’ailleurs posté plusieurs photos montrant des miliciens houthis faits prisonniers, dont ils affirment que plusieurs sont mineurs.


"On fait croire aux enfants au sein des milices houthies qu’ils se battent contre Al-Qaïda"

Ahmed Yacine, membre de l’ONG "Parlement des enfants", milite contre l’enrôlement des enfants au Yémen.

Depuis le début des combats ici à Aden, j’ai vu plusieurs mineurs dont l’âge ne dépassait pas 16 ans prendre les armes aux côtés de leur père ou de leur grand frère au sein des comités populaires. Ils n’ont pas été recrutés et formés au combat, de plus leur nombre reste limité. Le fait qu’ils participent à ces affrontements ne fait pas polémique ici.

Les enfants soldats sont beaucoup plus nombreux du côté des Houthis parce que cette milice les enrôle depuis plusieurs années dans le gouvernorat de Saada, son bastion au nord du pays.

Leurs méthodes de recrutement sont simples. Les milices appâtent les familles avec de l’argent. Soit on leur verse un salaire, soit on leur propose de régler les dettes de leurs parents. Parfois, ces enfants sont même contraints par la force de s’enrôler.

Les Houthis disposent de plusieurs camps d’entrainement à Saada. Les enfants qui sont accueillis dans ces camps reçoivent d’abord une formation idéologique puis sont entraînés au maniement des armes, avant d’être envoyés au front.

Il y quelques jours, les "comités populaires" ont arrêté plus d’une dizaine de miliciens houthis dans le quartier de Crater. Ils avaient autour 16 ans. Quand ils leur ont demandé pourquoi ils se battaient, ils leur ont répondu que leur chef leur avait dit qu’ils allaient se battre contre les terroristes d’Al-Qaïda.

L’armée régulière yéménite utilise elle aussi des enfants soldats [Un rapport de l’Unicef réalisé en 2012 indique que l’armée régulière yéménite compte environ 40 000 soldats de moins de 18 ans, NDLR]. Elle a recours à peu près aux même méthodes et offre un salaire attrayant [Ils reçoivent une paie de 140 euros par mois selon une étude, NDLR] à ces enfants pour qu’ils rejoignent l’armée.

Avant cette période de guerre, il était rare de voir des enfants portant des armes dans les grandes villes comme Sanaa et Aden. En revanche, le phénomène est très répandu dans les campagnes. Au sein des tribus, porter une arme est un signe de maturité et de virilité. Du coup, les adultes encouragent leurs enfants à porter une arme dès la puberté. C’est un phénomène très ancré dans la culture locale et donc très difficile à combattre.

Le Yémen a signé plusieurs conventions internationales visant à mettre fin à l’enrôlement des enfants dans l’armée. Mais ces engagements n’ont pas été tenus.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement, près de la moitié des 21 millions d’habitants que compte le Yémen ont moins de 15 ans.